Des RSC branchées :
l’avenir de la santé communautaire
chezles Premières nations

par Heidi J. Kuran

De nombreuses villes et communautés des réserves des Premières nations
se trouvent en terrain montagneux, où les conditions météorologiques sont
difficiles et les conditions routières, mauvaises. Certaines communautés ne
sont encore accessibles que par voie aérienne ou navigable. On trouve
dans certaines régions très peu de médecins et d’infirmières. Les
communautés des Premières nations comptent sur les représentants en
santé communautaire (RSC) pour la majeure partie des soins de tous les
jours. Les RSC sont surtout des femmes et certaines d’entre elles sont
peu scolarisées. Elles acquièrent leur formation et leur expérience de
diverses façons, par exemple en aidant des aînées qui sont guérisseuses
traditionnelles ou sages femmes. Elles sont aussi formées en milieu de
travail par des infirmières de passage ou par des médecins et il leur arrive
de suivre en dehors du milieu de travail une formation
spécialisée menant ou non à un certificat.

Lorsque la formation se donne à l’extérieur de la communauté, les
RSC n’ont pas toujours le choix du mode d’apprentissage. Le niveau
d’instruction, le mode d’apprentissage, le degré de compréhension des
valeurs culturelles et l’expérience varient considérablement d’une RSC
à l’autre. L’éducation ne doit pas suivre un rythme trop rapide et doit
rester simple. La plupart des RSC apprécient l’apprentissage visuel et
pratique avec support et la possibilité de poser des questions.
De nombreux cours de formation offerts aux RSC ne sont pas
reconnus par les collèges et universités. Cela signifie que les RSC
intéressées par une carrière dans le domaine médical ont peu de
chance de pouvoir poursuivre leurs études.

De nos jours, l’Internet renferme une quantité considérable de
données sur la santé. Une RSC bien formée peut trouver
l’information recherchée et la transmettre ensuite aux membres
de sa communauté. Les RSC doivent recevoir une formation adaptée
à leurs besoins et à leur rôle afin qu’un système comme le Système
d’information sur la santé des Premières nations et des Inuits
(SISPNI) leur soit utile. Le Portage College de Lac La Biche,
en Alberta, offre un programme qui vise à former les RSC à
l’utilisation de l’ordinateur et d’outils technologiques. Le programme
pilote intitulé Community Health Representatives On-Line
(Représentants en santé communautaire en ligne) aide les RSC à
conserver et à améliorer leurs compétences techniques. Il s’agit d’un
défi de taille pour les RSC des communautés éloignées ou isolées.
L’objectif principal du programme est « d’accroître l’efficacité des RSC ».
Il est conçu pour améliorer le statut et accroître l’autorité des RSC en tant
que professionnelles de la santé. La pénurie d’infirmières qui frappe
actuellement le Canada implique une surcharge permanente de travail
pour le personnel infirmier et oblige les RSC à assumer de plus en plus
d’aspects des soins de santé. Elles agissent comme agents d’information
en santé dans leur communauté respective et jouent un rôle majeur en
tant qu’éducatrices. Elles encouragent la bonne santé et travaillent à la
prévention des blessures et des maladies. Les RSC sont responsables
des plus grands changements à survenir dans le domaine des soins de
santé dans leur communauté respective. En tant qu’Autochtones, les
RSC aident à combler tous les écarts culturels entre les professionnels
de la santé et les membres de leur communauté.


Le programme Community Health Representatives On-Line utilise les
technologies de l’information et de communications dans le but d’aider
les RSC à communiquer entre elles. Le programme pilote du projet,
qui a connu un grand succès, englobait 30 bureaux pilotes différents
répartis sur le territoire de l’Alberta. Cinquante-trois RSC de première
ligne, qui n’avaient que peu d’expérience informatique, voire aucune,
ont pu ainsi acquérir des compétences de base dans l’utilisation de
l’ordinateur et de l’Internet. La plupart d’entre elles peuvent maintenant
naviguer sur l’Internet et sont en mesure d’y trouver des données sur
la santé fiables et pertinentes sur le plan culturel. Elles peuvent également
communiquer avec leurs collègues d’autres communautés par courriel.
Tous ces progrès ont aidé les RSC à améliorer leur statut au sein de la
communauté. Les diplômées du programme ont prouvé aux membres
de leur communauté qu’elles sont des travailleuses de la santé désireuses
d’utiliser tous les outils placés à leur disposition – y compris les
outils technologiques – afin d’aider les leurs.


La formation de base des RSC a évolué avec le temps. Des RSC qui
ont suivi leur formation il y plusieurs années n’ont pas eu la chance de
perfectionner leurs compétences. Les professeurs du programme CHR
On-Line sont expérimentés auprès des utilisateurs qui ont peu d’expérience
informatique, voire aucune. Ils ont élaboré ce programme à leur intention.
Au départ, les RSC acquièrent les compétences de base en informatique
pour se familiariser avec les outils technologiques. Celles qui ont une
certaine expérience informatique ont l’occasion de rafraîchir leurs
connaissances et de mettre ainsi leurs compétences à jour. Les nouvelles
compétences en informatique acquises dans le cadre du programme
CHR On-Line sont précieuses et peuvent être enseignées par la suite
aux autres membres de la communauté. Mais plus important encore,
c’est que les RSC sont alors en mesure de démontrer à leurs leaders
l’importance des outils technologiques pour leur travail et la façon dont
ils peuvent leur être utiles. De plus, les RSC n’ont pas à aller très loin
pour recevoir leur formation car les cours sont offerts en ligne sur
l’Internet. Elles peuvent apprendre à partir de la maison ou du bureau.
http://www.portagec.ab.ca/departments/chr/chronline.htm
Le programme CHR On-Line est maintenant connu sur la scène
nationale. De nombreuses communautés du Canada, y compris des
Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, ont voulu savoir comment
elles pourraient y participer. Voici les commentaires de RSC qui ont
participé au programme :« C’est un très beau projet. Lorsque les
RSC seront branchées, ce sera merveilleux. J’espère vraiment
que nous aurons toutes accès à un ordinateur et que la
distance deviendra ainsi une chose du passé. Il suffit pour
se connecter d’appuyer sur une touche et nous voilà prêtes à
échanger de l’information. C’est la voie de l’avenir pour les
RSC autochtones.
 » Rachel Ermineskine, sud de l’Alberta,
conseillère auprès des RSC, Siksika.

« Je trouve très utile de pouvoir me connecter en ligne. Le
simple fait de lire les commentaires de quelqu’un d’autre me
permet de me rendre compte que je ne suis pas la seule à faire
ce travail. »
Lorraine Cardinal, RSC, Saddle Lake, Alberta
« Je sais que c’est utile lorsque j’ai besoin de l’information la plus
récente ou d’une information que l’on ne trouve pas ici.
 »
Dans l’ensemble, les commentaires recueillis dans le cadre de
l’enquête menée auprès des RSC qui ont participé au programme CHR
On-Line sont très positifs. Le programme est particulièrement utile aux RSC
des communautés isolées. Environ 38 % des répondantes fréquentent
maintenant le site Web du CHR On-line. Pas moins de 20 % d’entre
elles visitent le site au moins une fois par semaine. Bon nombre des
participantes au CHR On-Line ont maintenant un ordinateur au
bureau, leur employeur ayant enfin compris l’utilité d’un tel outil pour
leur travail. Ces RSC n’auront aucune difficulté à faire la transition au
SISPNI car elles auront déjà acquis les compétences de base
nécessaires à l’utilisation du système (15).