Système
dinformation sur la santé des
Premières nations et des Inuits :
Sommes-nous
prêts pour le virage
Technologique?par
Heidi J. Kuran

« Les gens doivent savoir que leur
santé est entre leurs mains »
(St. Johns) (1).
Les dépenses en soins de santé augmentent chaque
année au Canada.
Aussi leur mode de gestion doit être modernisé afin
den accroître
lefficacité et den diminuer les coûts.
Alors, comment y parvenir?
La gestion informatisée des soins de santé à
léchelle communautaire
pourrait être la solution. Linformatique ne pourra
jamais remplacer
les connaissances et la compassion dun soignant ou dun
RSC,
mais elle peut améliorer et élargir la prestation
des services. Elle
pourrait même offrir une solution moins coûteuse à
plus long terme.
Le secteur des soins de santé est complexe et requiert
beaucoup de main-duvre. Comme chaque visite chez le
médecin
implique la production de nouveaux documents, les médecins,
les infirmières et les RSC passent souvent autant de temps
à
remplir des papiers quà soccuper des patients.
Il existe
maintenant de nombreux programmes dordinateur à lintention
des soignants. En région isolée, linformatique
permet daccéder
à dimportants renseignements en matière de
santé. LInternet
est désormais un autre outil daccès à
la connaissance. De
nouveaux outils technologiques permettent par exemple aux
médecins locaux de communiquer avec des spécialistes
du
monde entier à toute heure du jour ou de la nuit pour partager
des connaissances et examiner des patients à distance.
Ces
outils vont grandement contribuer à améliorer les
chances de
rétablissement des patients.
La tenue des dossiers médicaux est lun des aspects
les plus
chronophages et les plus coûteux du secteur de la santé.
Linformatique peut simplifier efficacement notre manière
de
faire les choses. Nous recourons souvent à des solutions
faisant
appel à lusage du papier car nous écrivons
beaucoup. La tenue
de dossiers informatisée permet de transporter le dossier
médical
complet dun patient dans un ordinateur et de le sauvegarder
dans
un lieu commun appelé base de données. Le regroupement
de
linformation en un endroit unique diminue les risques derreurs
et de pertes de données. De nos jours, les gens en qui
nous avons
confiance comme les médecins, les infirmières et
les RSC ont plus
facilement accès à linformation. Les ordinateurs
sont munis
dun dispositif qui garantit la sécurité et
la confidentialité de
linformation relative aux patients.
La relation soignant-soigné évolue. Les gens
perçoivent de moins
en moins le médecin comme leur unique source
dinformation sur la santé. Les équipes de
soins disposent
maintenant de plusieurs façons déchanger linformation.
Dans
lavenir, linformatique permettra doffrir des
soins spécialisés
jusque dans les régions les plus reculées et les
plus isolées du
monde. Les patients pourront interagir avec leur médecin
ou leurs
soignants quel que soit le lieu ou le moment. Les gens
contrôleront de plus près leur dossier médical
et
pourront y accéder plus facilement (2).
LA TECHNOLOGIE ET LES
COMMUNAUTÉS DES PREMIÈRES
NATIONS
La technologie a-t-elle un impact sur les soins de santé
offerts dans les
communautés des Premières nations? La réponse
est oui et ce, grâce en
partie au Système dinformation sur la santé
des Premières nations et
des Inuits (SISPNI). Le SISPNI est un système informatique
communautaire facile à apprendre. Il constitue pour les
RSC et
les autres professionnels de la santé un outil précieux
pour accéder
aux données sur la santé des clients.
Le SISPNI intègre douze systèmes permettant de recueillir
de
linformation sur la santé comme linformation
de base sur les patients :
leur nom, leur adresse et leur numéro de téléphone.
Ils permettent aussi
de recueillir de linformation sur le statut immunitaire,
les maladies à
déclaration obligatoire et les maladies chroniques. Ces
systèmes
génèrent un ensemble de données qui aideront
à trouver des façons
daméliorer la santé des communautés
des Premières nations partout
au Canada. Ils constituent également un outil précieux
pour suivre
lévolution de maladies spécifiques aux communautés
des Premières
nations et des Inuits.
Lutilisation dun système comme le SISPNI
se heurte toutefois à
plusieurs obstacles dans les communautés. Ce sont :
| les mauvaises infrastructures de communication; |
|
la crainte suscitée par lutilisation de linformatique
chez les travailleurs de la santé de première ligne; |
|
la formation inadéquate aux nouvelles technologies ou le manque de temps à consacrer cette formation; |
| lappropriation et la confidentialité des données; |
|
la méfiance à lendroit du gouvernement
et des agences susceptibles de faire une utilisation abusive des données sur la santé; |
| le manque de leadership en ce qui a trait à la mise en uvre du SISPNI; |
|
le coût élevé et les avantages imprécis du SISPNI; la complexité dintégration du SISPNI aux modalités actuelles des soins de santé. |

MAUVAISES INFRASTRUCTURES
DE COMMUNICATION
Les communautés des Premières nations sont présentes
partout au
Canada, tant en milieu rural ou urbain que dans les régions
isolées
ou du nord. Laccès à la technologie moderne
varie selon les endroits.
Les infrastructures de communication comprennent notamment le
téléphone, la fibre optique, pour les technologies
Internet, et lusage
quotidien ou non de lordinateur au travail. Laccès
à la technologie
moderne est plus difficile dans les communautés des régions
éloignées
ou isolées, tout particulièrement dans le nord.
Dans le cas des communautés isolées, pareille difficulté
sexplique souvent par le fait quelles ne jouissent
pas des mêmes
avantages que les grandes villes sur le plan technologique. Il
est donc
probable quelles naient pas autant de chances dobtenir
de
linformation à jour. Il arrive même quon
ny ait pas accès à
lordinateur et encore moins à lInternet. En
1995-1996, Santé
Canada a recueilli des renseignements sur la santé auprès
des
Canadiens dans le cadre dune initiative appelée le
Forum national sur la santé Rapport sur le dialogue
avec les
Canadiens et les Canadiennes. Santé Canada voulait connaître
les problèmes qui empêchaient les communautés
éloignées ou isolées
daccéder à linformation sur la santé.
Le ministère a recueilli de
nombreux commentaires révélateurs auprès
des personnes interviewées.
Dans lensemble, les gens désirent avoir un accès
égal à des
renseignements pertinents sur les soins de santé
le même
accès que celui offert aux citadins. Voici des exemples
de
commentaires recueillis lors du forum :« La vie de
toute personne
dune communauté isolée vaut tout autant que
celle dune personne
du sud » (Iqaluit).
« Lhôpital [dIqaluit] noffre
pas la même qualité de service en inuktitut
quen français. Nous devrions tout au moins recevoir
linformation sur
les vitamines et les prescriptions dans notre propre langue. Il
existe au
Nunavut un centre dinformation médicale offrant des
solutions
traditionnelles et de linformation sur les effets indésirables
des
médicaments » (Iqaluit) (3).
De plus, le gouvernement du Canada a mené en mai 1998 ce
quil a appelé une Session de dialogue rural à
Hay River, dans
les Territoires du Nord-Ouest. Deux groupes étaient présents,
lun du Nunavut et lautre des Territoires du Nord-Ouest.
Ils
ont discuté des défis auxquels faisaient face les
communautés
nordiques et isolées. Lune des principales préoccupations
communes
aux deux groupes est le manque daccès à linformation
et les moyens
technologiques dont ils ont besoin pour se sentir sur un pied
dégalité avec les villes. On a souvent limpression
que le
gouvernement ne répond pas aux besoins des communautés
nordiques, rurales et isolées. Dans les communautés
isolées,
on est davis que le gouvernement a besoin de mieux se
renseigner sur le Nord. Les communautés rurales, éloignées
et isolées ont besoin de la reconnaissance dOttawa.
Ottawa
doit maintenir son intérêt pour les questions dinformation
sur la
santé qui préoccupent les communautés éloignées
(4).
La question suivante a été posée aux membres
des deux
groupes : quels sont les plus grands défis que votre
communauté, votre famille et vous-même devrez relever
dans
lavenir? Le groupe des Territoires du Nord-Ouest a mentionné
le manque daccès aux outils technologiques et la
très lente
introduction de lInternet dans les communautés éloignées
et
isolées. Il a aussi précisé quil faut
trop de temps pour trouver
de linformation utile sur lInternet. Cela empêche
les gens de
chercher des solutions qui aideraient leurs leaders. Le groupe
du Nunavut souligne que, dans leur cas, laccès à
lInternet
nest pas fiable. De manière générale,
les communautés ont
pour objectif daméliorer radicalement tout ce qui
touche aux
questions de communication dans les régions isolées
(5).
Pour répondre aux besoins des communautés rurales
et isolées,
Industrie Canada travaille à améliorer laccès
à lInternet. Le
Programme daccès communautaire (PAC) vise à
fournir aux membres
des communautés rurales, éloignées et urbaines
un accès à lInternet à
prix abordable. Ce programme offre en outre de nouveaux modes
de
communication et permet de se renseigner sur léconomie
daujourdhui
axée sur les technologies. Le Programme daccès
communautaire doit
permettre de brancher à lInternet jusquà
5 000 communautés rurales
et éloignées du Canada. Il y a de nombreuses communautés
où le
simple accès physique au service téléphonique
de base demeure un
obstacle. Ces communautés doivent faire face à des
problèmes de
connexion Internet peu fiable et aux coûts élevés
du matériel de
communication car elles ne se trouvent pas à proximité
de grandes
villes où ce matériel serait accessible à
un prix plus abordable.
En travaillant en collaboration avec les responsables des
gouvernements provinciaux et des territoires, avec les éducateurs
et avec les responsables des bibliothèques, des écoles
et du
secteur privé, le PAC vise à créer jusquà
10 000 sites daccès
public à lInternet au Canada dici le 31 mars
2001 (6).
Selon les responsables dIndustrie Canada, plusieurs raisons
justifient lamélioration de la technologie en milieu
rural :
| aider les entreprises à accéder à linformation, aux clients et aux marchés; |
| offrir aux résidants un accès rapide aux programmes et services; |
|
promouvoir léducation, les possibilités
de formation et lamélioration des compétences; |
|
offrir de nouvelles applications dans des domaines comme les soins de santé. |
Laccès à linformation et à lInternet
est une condition essentielle à la
participation et à la contribution efficaces des citoyens
à la société.
Il est très important pour les peuples des Premières
nations daccéder
à leur propre information sur la santé (7).
Selon les responsables du Bureau de la santé et linforoute
Santé
Canada, « il est primordial doffrir un accès
universel, équitable et à
prix abordable à lInforoute santé dans lensemble
de la société
canadienne. À cette fin, le gouvernement fédéral
doit continuer,
maintenant et dans lavenir, à assurer un accès
universel, équitable
et à prix abordable aux infrastructures de télécommunications
de
base. Santé Canada doit aussi jouer un rôle de premier
plan pour
sassurer que les applications relatives aux systèmes
dinformation sur la santé et aux soins de santé
destinées au
public soient élaborées de manière à
être accessibles à tous les
citoyens, quels que soient leur lieu de résidence, leur
revenu,
leur langue, leurs handicaps, leur sexe, leur âge, leurs
antécédents
culturels, leur degré de connaissances traditionnelles
ou leur bagage
informatique » (8).

CRAINTE SUSCITÉE PAR
LUTILISATION DE
LINFORMATIQUE
Selon les peuples autochtones traditionnels, lhomme
blanc se
retrouve à la croisée de deux chemins, le chemin
de la technologie
et celui de la spiritualité. Nous croyons que le chemin
de la
technologie [...] a poussé la société moderne
à meurtrir et à
appauvrir la terre. Se pourrait-il que ce chemin soit celui de
la destruction et que le chemin de la spiritualité soit
celui,
plus lent, que les peuples autochtones traditionnels ont suivi
et quils recherchent de nouveau maintenant? Sur ce chemin,
la terre nest pas desséchée. Lherbe
verte y pousse encore
(Commanda 1991) (9).
« Linexpérience des travailleurs
de la santé autochtones
dans le domaine de linformatique et les craintes quils
entretiennent à cet égard font obstacle à
lacquisition
des compétences de base qui leur permettraient de mieux
connaître cet outil et de lutiliser avec plus daisance. »
Assemblée des Premières nations, novembre 1998 (10).
De nombreuses communautés des Premières nations
ont accès
à lordinateur et à lInternet. La crainte
souvent éprouvée à
légard des outils technologiques fait obstacle à
lutilisation
plus efficace de vieux ordinateurs. Lutilisation quotidienne
de
lordinateur nest guère répandue chez
les RSC, certains dentre
eux nayant même jamais utilisé un ordinateur
de leur vie. Parfois,
les gens qui craignent dutiliser lordinateur nosent
pas avouer aux
autres quils ne savent pas sen servir.
Beaucoup de gens de plus de 50 ans ne sont pas à laise
avec
les ordinateurs et ont peur de commettre des erreurs. Cest
toutefois
un mythe assez répandu de croire que seuls les gens âgés
ressentent
un malaise vis-à-vis de la technologie. En réalité,
la « technophobie »
ou peur de la technologie ne dépend pas de
lâge; elle est
habituellement associée à lexpérience
de vie dune personne et à
la façon dont on lui a présenté lutilisation
de lordinateur (11).
Les utilisateurs et pas seulement les gens âgés
et les nouveaux
utilisateurs ont raison de se méfier de linformatique.
Bien des
logiciels effraient les nouveaux utilisateurs. Les systèmes
informatiques
envoient à lutilisateur des messages difficiles à
comprendre. Les
messages comme « erreur fatale » ou « opération
non valide » font peur,
surtout aux aînés, chez qui des termes comme « fatal »
ou « non valide »
peuvent parfois susciter des craintes. À mesure que nous
avançons dans
le monde de la technologie, les attitudes et les craintes se modifient.
Lutilisation de lordinateur ou de lInternet
suscite encore beaucoup
de nervosité (12).
Si les gens ont peur dutiliser lordinateur, comment
sattendre à les
voir utiliser un système complexe de données confidentielles
comme
le SISPNI? Cest là un défi quil nous
faut relever pour implanter avec
succès le SISPNI à léchelle communautaire.
Le SISPNI a
lavantage dêtre très convivial et comporte
un dispositif de protection
intégré permettant de rectifier les erreurs. Une
formation adéquate
suffit pour être en mesure de lutiliser efficacement.
Bien des peurs
entourant lutilisation du SISPNI ou dautres systèmes
informatiques
pourraient être éliminées en finançant
la formation et léducation
technologiques. En outre, il est important pour les utilisateurs
de savoir
quun soutien leur est offert en cas derreur.
FORMATION INADÉQUATE
AUX
NOUVELLES TECHNOLOGIES OU
MANQUE DE TEMPS À
CONSACRER À CETTE FORMATION
« Il sagit en fait dun dilemme. En raison
de leur charge de travail
considérable, les travailleurs de la santé autochtones
ne disposent pas
des ressources ou du temps nécessaires à consacrer
à la formation
qui leur permettrait dutiliser leur temps de façon
plus efficace au travail.
Leur inexpérience en ce qui a trait aux nouvelles technologies
de
linformation et les craintes quils entretiennent à
cet égard font obstacle
à lacquisition des compétences de base qui
leur permettraient de mieux
connaître ces outils et de les utiliser avec plus daisance »
(13).
Les communautés rurales et isolées doivent pouvoir
prendre part aux
décisions en matière de santé prises aux
niveaux national et international.
Pour sen assurer, il faut leur donner accès aux technologies
modernes
de linformation et à lordinateur. Le courriel
et lInternet les aideront à
abolir les distances. Les gens ont toutefois besoin de formation
pour
apprendre à bien utiliser ces nouveaux outils. Pour être
utile au plus grand
nombre de gens possible, un outil comme le SISPNI doit être
utilisé par
différentes personnes dans divers secteurs de la santé.
Des groupes de communautés rurales ou plus isolées
du Nunavut et des
Territoires du Nord-Ouest affirment quil est très
difficile de trouver de
linformation sur lInternet. Cela est dû à
la prolifération de linformation
disponible. Cest pourquoi la formation technologique est
très importante
si lon veut utiliser les immenses possibilités offertes
par lInternet (14).
APPROPRIATION ET
CONFIDENTIALITÉ
DES DONNÉES
Les communautés autochtones détiennent un droit
historique et juridique
à lautonomie gouvernementale. En ce qui concerne
le SISPNI, cela
impliquerait lappropriation des données du système.
LAPN est
davis que la gestion des données et de la santé
est essentielle pour les
communautés autochtones (16).
Le SISPNI présente de nombreux avantages pour les communautés,
notamment le regroupement des données en un seul endroit.
Les peuples
des Premières nations sont très préoccupés
par la confidentialité et la
sécurité des données. La confidentialité
est le droit des individus de fournir
ou non de linformation sur eux-mêmes ou sur les autres
et de décider de la
nature de cette information. Les Autochtones du Canada sinquiètent
du
respect de la confidentialité des données stockées
sur support informatique.
Voici quelques-unes des préoccupations relatives au SISPNI
en ce qui a
trait à la confidentialité des données
:
| Quelle information devrait-on stocker dans le SISPNI? |
| Qui devrait avoir accès aux données du SISPNI? Quelle information du SISPNI devrait-on partager avec dautres prestataires de soins de santé et dans quelles circonstances? Comment un patient pourra-t-il accéder aux données le concernant dans le SISPNI? |
| Comment linformation du SISPNI peut-elle être utilisée à des fins secondaires (p. ex., pour la recherche, la gestion, etc.)? Dans quels cas le consentement du patient sera-t-il requis? |
Selon les responsables de Santé Canada, il est très
important de prévenir
lutilisation abusive de linformation sur la santé
: « Les données sur la
santé doivent être générées,
utilisées, transmises, regroupées et résumées
dune manière et dans des environnements qui en assurent
la sécurité et
la précision, qui empêchent toute divulgation accidentelle
ou par mégarde,
qui empêchent ou dissuadent laccès par tout
utilisateur non autorisé,
qui découragent, détectent et réprimandent
lutilisation abusive de
données sur la santé par des utilisateurs non autorisés »
(17).
La plupart des provinces et des territoires tentent de
régler la question de la confidentialité de linformation
sur la santé.
Quelques provinces ont adopté des lois à cette fin.
Cest le cas du
gouvernement fédéral, avec ladoption récente
de la Loi sur la
protection des renseignements personnels et documents
électroniques (anciennement connue sous le nom de projet
de loi
C-6). Cette Loi aura une incidence sur la confidentialité
des
données des Canadiens dans les quelques années à
venir :
La Loi sapplique à la cueillette, à lutilisation
et à la divulgation
de renseignements personnels par les organisations dans le cadre
dactivités commerciales. Les renseignements personnels
englobent
toute information relative à un individu identifiable,
quelle soit
ou non archivée. Les organisations concernées comprennent
les associations, les partenariats, les personnes et les syndicats.
La Loi sapplique aux entreprises traditionnelles comme aux
entreprises de commerce électronique. Le terme « activité
commerciale » englobe la vente, léchange
ou la location de
listes de donneurs ou de membres ou de listes de collecte
de fonds (18).
Cependant, la Loi sur la protection des renseignements personnels
ne
sappliquera pas aux données sur la santé avant
le 1er janvier 2002.
En outre, on ne sait pas encore clairement quelles seront les
organisations
concernées. Les responsables de nombreuses organisations
du
secteur de la santé argumenteront que lutilisation
quils font des
données sur la santé ne leur rapporte pas dargent.
Ils sont davis
que la Loi ne devrait pas sappliquer en pareil cas puisque
ces
données ne font lobjet daucune transaction
monétaire. Les
détracteurs de la Loi sur la protection des renseignements
personnels prétendent quelle nest pas suffisamment
rigoureuse
et quelle nempêchera pas les organisations de
faire preuve
dastuce pour la contourner. Leurs responsables prétendront
simplement que les données quils recueillent et quils
partagent
ne peuvent servir à identifier qui que ce soit. Les spécialistes
ne
partagent pas le point de vue selon lequel la confidentialité
de ce
type de données sera respectée et quelles
ne serviront pas à
identifier des individus. Linformation sur la santé
est précieuse
parce quon peut lassocier à certains groupes
ou à certains
individus. Les données recueillies dans le respect
scrupuleux de lanonymat ont beaucoup moins de valeur (19).
Pareilles questions sont cruciales car il existe de nombreux exemples
dutilisation abusive de données sur la santé
recueillies auprès des
peuples autochtones dans lensemble du pays.
Pour garantir le succès de la mise en uvre du SISPNI
,
il est essentiel de répondre adéquatement aux questions
dappropriation, de contrôle, daccès et
de possession (ACAP)
relatives aux données sur la santé des Premières
nations. Selon
Larry Sault, grand chef, Association of Iroquois and Allied Indians,
le SISPNI ne donnera son plein potentiel que si ces questions
sont
résolues avec les Premières nations (20).
MÉFIANCE À LENDROIT
DU
GOUVERNEMENT ET DES
AGENCES SUSCEPTIBLES
DE FAIRE UNE
UTILISATION ABUSIVE
DES DONNÉES SUR LA SANTÉ
« La recherche sur les problèmes de santé
des autochtones et
linterprétation des résultats par des organismes
extérieurs comme les
universités, les ministères gouvernementaux et les
médias ont suscité
une inquiétude croissante au cours des dernières
décennies.
Cest pourquoi toute tentative délaboration
de systèmes dinformation
sur la santé qui exclut la participation entière
des communautés
autochtones est vouée à léchec »
(24). Lhistoire qui suit se
rapporte aux Nuu-chah-nulth de lîle de Vancouver.
Nous soulignons
au passage que les Autochtones du Canada sont trop souvent victimes
de lutilisation abusive des données sur la santé
les concernant.
Un chercheur utilise le sang des Nuu-chah-nulth pour mener
des
études non autorisées en génétique
appliquée à lanthropologie
« Lorsquil sagit des Premières nations,
il ny a plus de code de
déontologie. Ils ne nous respectent pas et ils profitent
de nous,
affirme Cosmos. Ça me dérange lorsque les miens
sont utilisés comme
cela. Il ne nous a pas tout dit. Nous ne lavons pas autorisé
à utiliser le
sang pour autre chose que dessayer de trouver un remède
à larthrite,
et sil ne lutilise pas pour cela, alors il doit le
détruire ou nous le redonner. »
« Il na fait quabuser de nous. Cest limpression
que jen ai maintenant,
explique Arlene Paul. Ses recherches nauraient pas pu aider
les nôtres
à vivre plus longtemps et plus heureux. Le fait quil
garde cette information
et quil ne nous en dit rien nest vraiment pas bien
du tout. »
Le chercheur, Richard Ward, prétend navoir rien
fait de mal ou de
contraire à léthique puisque ses recherches
en anthropologie ont un
lien avec la recherche sur les rhumatismes dans la mesure où
tout se
ramène à ces minuscules brins dADN. Selon
Ward, que vous
cherchiez des marqueurs génétiques montrant une
prédisposition aux
rhumatismes ou un gène permettant de retracer lhistoire
dun peuple,
toutes les découvertes de la recherche en génétique
sont
inextricablement liées.
À la UBC, lancien superviseur de Ward, Rick Spratley,
nest pas
content de ce qui sest passé avec le sang des Nuu-chah-nulth
et
explique que ce qui est arrivé pose un problème
tant pour lui que
pour son département. « Jaimerais discuter
de tout cela avec les
Nuu-chah-nulth », a-t-il précisé. «
Ce quil y a de si dommageable
avec une étude comme celle-là cest quelle
érode le lien de
confiance entre les communautés et les chercheurs. Sans
ce lien, nous
sommes incapables deffectuer des travaux dimportance.
Ce lien de
confiance est trop important pour être rompu par un chercheur
donné,
et il est évident que nous devons rectifier la situation »
(25).
La confiance est un facteur clé en ce qui a trait aux prises
de décision
en matière de soins de santé. Certains peuples autochtones
expriment
des doutes et font preuve de méfiance à légard
de tous les aspects du
système de soins de santé. Les Autochtones du Canada
ont vraiment
limpression de navoir aucun rôle à jouer
dans les décisions relatives
à la santé qui les concernent. Les politiciens prennent
souvent des
décisions en matière de santé. Minoritaires
sur le plan de la population, les
communautés autochtones se sentent largement laissées
pour compte.
Il arrive même parfois quon leur présente des
programmes de santé
non adaptés à leurs besoins. Les participants au
Forum national sur la
santé Rapport sur le dialogue avec les Canadiens
et les Canadiennes
-- sont davis que les besoins en matière de santé
devraient être
déterminés au niveau local, par la communauté
concernée :
« [Nous] devons agir en fonction des recommandations
de la
communauté; la communauté connaît les priorités »
(Regina).
« Les services doivent être décentralisés
et totalement déterminés
par la communauté » (Quatsino/Coal Harbour)
(26).
Le SISPNI doit être géré au niveau de la communauté.
Les peuples
autochtones ont besoin de savoir que leurs données confidentielles
sur la santé ne seront pas utilisées de manière
abusive. Ils désirent
sentir que lon répond aux besoins réels de
leur communauté. Sans
pareille garantie, le SISPNI risque de ne pas donner son plein
potentiel.
LE MANQUE DE LEADERSHIP
EN CE QUI A TRAIT À LA MISE
EN UVRE DU SISPNI
Un leadership fort sera nécessaire pour faire adopter
le SISPNI
par les communautés de tout le Canada. Ce leadership implique
un
certain financement. Les leaders des communautés des Premières
nations
doivent se renseigner sur le SISPNI et sur les avantages quil
peut
apporter à leur communauté respective. Nombre dentre
eux restent
peu convaincus des avantages de linformatique en général.
Ils sont
pourtant lélément clé pouvant garantir
le succès de limplantation
du SISPNI dans les communautés. Les membres des communautés
se fient à leur leader pour les guider dans les décisions
qui concernent
leur santé et leur bien-être. Si les leaders acceptent
le SISPNI, les
membres des communautés auront par le fait même plus
de chances
de constater à quel point ce système peut améliorer
leur vie.
Des activités sont déjà en cours pour
inciter les communautés à utiliser
le SISPNI. Santé Canada finance lembauche dun
préposé à la saisie
des données dans les communautés qui utilisent le
système. Il a pour
tâche dentrer dans le système les données
relatives à la santé de la
communauté. Le succès du SISPNI repose sur la capacité
des leaders
délaborer une vision commune et de transmettre leur
enthousiasme.
Lorsque la responsabilité du SISPNI passera de Santé
Canada aux
Premières nations, lengagement profond de la communauté
facilitera
grandement la transition.
Certaines personnes demeurent peu convaincues de lutilité
du
SISPNI. Leurs préoccupations concernent généralement
lappropriation
et la confidentialité des données sur la santé
et le degré de participation
de Santé Canada. Les communautés des Premières
nations
désirent contrôler elles-mêmes les données
sur la santé qui les
concernent. Le transfert du SISPNI aux Premières nations
est
en cours. Actuellement, la gestion du système relève
entièrement
de Santé Canada. Pour que la démarche de transfert
réussisse, les
communautés des Premières nations doivent tout apprendre
du
système. Avec lacquisition de compétences,
la responsabilité de
la gestion pourra passer de Santé Canada aux Premières
nations.
La démarche de transfert aux Premières nations a
débuté en janvier 2000 avec la présentation
dun plan de transition au
Comité directeur national du SISPNI. Voici la vision proposée
:
« Les Premières nations assumeront une autorité,
un contrôle et
une responsabilité accrus en matière de systèmes
de recherche et
de cueillette de données et ce, afin de favoriser leur
autonomie
gouvernementale et de mettre sur pied une infostructure distincte
et autonome qui sera interconnectée de manière stratégique
à linforoute
de Santé Canada. »
La démarche de transfert a reçu lapprobation
du comité des chefs
sur la santé de lAssemblée des Premières
nations et du comité
exécutif des PSPNI. Un Groupe de travail a été
créé en vue de superviser
lensemble de la démarche de transfert, présentée
en janvier
2001 au Comité directeur national.
LE COÛT ÉLEVÉ ET LES AVANTAGES
IMPRÉCIS DU SISPNI; LA COMPLEXITÉ DINTÉGRATION
DU SISPNI AUX MODALITÉS ACTUELLES
DES SOINS DE SANTÉ
Le SISPNI exige la coopération des responsables du
gouvernement et
des leaders des communautés des Premières nations,
qui doivent travailler
ensemble à la mise en uvre du système. Ce
besoin de coopération
en décourage plus dun, qui croient quil sera
beaucoup trop difficile
damener les deux groupes à sentendre. Les coûts
relatifs à la mise
sur pied et à lentretien du SISPNI sont élevés,
et certains leaders
communautaires ne voient pas les avantages dun système
aussi coûteux.
En ce sens, voici quelques réflexions suscitées
par le SISPNI :
| Pourquoi adopter un système informatisé |
| coûteux pour faire ce que nous faisons déjà sur papier? |
| Pourquoi investir notre temps et trouver les ressources alors que nous navons pas encore en main le SISPNI et ses données? |
| Pourquoi devrions-nous croire que nos données sur la santé ne seront pas utilisées abusivement comme cela a souvent été le cas dans le passé? |
| Comment conserver les ressources humaines dont nous avons besoin pour faire fonctionner un tel système dans nos communautés? |
Il reste encore des points faibles et des obstacles dont il
faudra tenir
compte avant de mettre en uvre un système informatisé
comme le
SISPNI. Dans un premier temps, les communautés doivent
avoir accès
à lordinateur et à la technologie. Elles ont
besoin dun accès facile et
fiable à lInternet. Le succès du SISPNI dépend
de la disponibilité et
de lutilisation des outils technologiques. Certaines communautés
rurales
ou très isolées ont encore de la difficulté
à obtenir le service téléphonique
de base, ce qui peut rendre la connexion à lInternet
très coûteuse.
On doit utiliser davantage lordinateur en milieu de travail,
et avec une
formation accrue les RSC se sentiront plus à laise
dutiliser le SISPNI .
Il est probable que les travailleurs de la santé et les
RSC qui utilisent
un nouveau système informatique renfermant des données
confidentielles sur la santé craignent de commettre des
erreurs.
De nombreux RSC nont que rarement, voire jamais, utilisé
un
ordinateur au cours de leur carrière. On doit prévoir
des périodes
de formation à lintérieur même de leur
horaire de travail afin de
leur permettre dacquérir une expérience de
valeur avec les systèmes
informatiques actuels.
La propriété et la confidentialité des
données sur la santé demeurent
un enjeu pour les peuples des Premières nations. Il y a
eu de
nombreux cas bien connus dutilisation abusive de données
sur la
santé des Premières nations. Les questions dappropriation,
de contrôle,
daccès et de possession (ACAP) des données
sur la santé demeureront
à lordre du jour tant que la démarche de transfert
du SISPNI ne sera
pas complétée.
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