Système d’information sur la santé des
Premières nations et des Inuits :
Sommes-nous
prêts pour le virage
Technologique?
par Heidi J. Kuran


« Les gens doivent savoir que leur
santé est entre leurs mains »
(St. John’s) (1).

 

 

 

Les dépenses en soins de santé augmentent chaque année au Canada.
Aussi leur mode de gestion doit être modernisé afin d’en accroître
l’efficacité et d’en diminuer les coûts. Alors, comment y parvenir?
La gestion informatisée des soins de santé à l’échelle communautaire
pourrait être la solution. L’informatique ne pourra jamais remplacer
les connaissances et la compassion d’un soignant ou d’un RSC,
mais elle peut améliorer et élargir la prestation des services. Elle
pourrait même offrir une solution moins coûteuse à plus long terme.
Le secteur des soins de santé est complexe et requiert
beaucoup de main-d’œuvre. Comme chaque visite chez le médecin
implique la production de nouveaux documents, les médecins,
les infirmières et les RSC passent souvent autant de temps à
remplir des papiers qu’à s’occuper des patients. Il existe
maintenant de nombreux programmes d’ordinateur à l’intention
des soignants. En région isolée, l’informatique permet d’accéder
à d’importants renseignements en matière de santé. L’Internet
est désormais un autre outil d’accès à la connaissance. De
nouveaux outils technologiques permettent par exemple aux
médecins locaux de communiquer avec des spécialistes du
monde entier à toute heure du jour ou de la nuit pour partager
des connaissances et examiner des patients à distance. Ces
outils vont grandement contribuer à améliorer les chances de
rétablissement des patients.

La tenue des dossiers médicaux est l’un des aspects les plus
chronophages et les plus coûteux du secteur de la santé.
L’informatique peut simplifier efficacement notre manière de
faire les choses. Nous recourons souvent à des solutions faisant
appel à l’usage du papier car nous écrivons beaucoup. La tenue
de dossiers informatisée permet de transporter le dossier médical
complet d’un patient dans un ordinateur et de le sauvegarder dans
un lieu commun appelé base de données. Le regroupement de
l’information en un endroit unique diminue les risques d’erreurs
et de pertes de données. De nos jours, les gens en qui nous avons
confiance comme les médecins, les infirmières et les RSC ont plus
facilement accès à l’information. Les ordinateurs sont munis
d’un dispositif qui garantit la sécurité et la confidentialité de
l’information relative aux patients.

La relation soignant-soigné évolue. Les gens perçoivent de moins
en moins le médecin comme leur unique source
d’information sur la santé. Les équipes de soins disposent
maintenant de plusieurs façons d’échanger l’information. Dans
l’avenir, l’informatique permettra d’offrir des soins spécialisés
jusque dans les régions les plus reculées et les plus isolées du
monde. Les patients pourront interagir avec leur médecin ou leurs
soignants quel que soit le lieu ou le moment. Les gens
contrôleront de plus près leur dossier médical et
pourront y accéder plus facilement (2).

 

LA TECHNOLOGIE ET LES
COMMUNAUTÉS DES PREMIÈRES
NATIONS

 

 

 

 

 

La technologie a-t-elle un impact sur les soins de santé offerts dans les
communautés des Premières nations? La réponse est oui et ce, grâce en
partie au Système d’information sur la santé des Premières nations et
des Inuits (SISPNI). Le SISPNI est un système informatique
communautaire facile à apprendre. Il constitue pour les RSC et
les autres professionnels de la santé un outil précieux pour accéder
aux données sur la santé des clients.


Le SISPNI intègre douze systèmes permettant de recueillir de
l’information sur la santé comme l’information de base sur les patients :
leur nom, leur adresse et leur numéro de téléphone. Ils permettent aussi
de recueillir de l’information sur le statut immunitaire, les maladies à
déclaration obligatoire et les maladies chroniques. Ces systèmes
génèrent un ensemble de données qui aideront à trouver des façons
d’améliorer la santé des communautés des Premières nations partout
au Canada. Ils constituent également un outil précieux pour suivre
l’évolution de maladies spécifiques aux communautés des Premières
nations et des Inuits.

L’utilisation d’un système comme le SISPNI se heurte toutefois à
plusieurs obstacles dans les communautés. Ce sont :

 les mauvaises infrastructures de communication;
 la crainte suscitée par l’utilisation de l’informatique chez les
travailleurs de la santé de première ligne;
 la formation inadéquate aux nouvelles
technologies ou le manque de temps à consacrer cette formation;
 l’appropriation et la confidentialité des données;
 la méfiance à l’endroit du gouvernement et des agences
susceptibles de faire une utilisation abusive des données sur la santé;
 le manque de leadership en ce qui a trait à la mise en œuvre du SISPNI;
 le coût élevé et les
avantages imprécis du SISPNI; la
complexité d’intégration du SISPNI aux modalités actuelles des soins de santé.


MAUVAISES INFRASTRUCTURES
DE COMMUNICATION

 

 

 

Les communautés des Premières nations sont présentes partout au
Canada, tant en milieu rural ou urbain que dans les régions isolées
ou du nord. L’accès à la technologie moderne varie selon les endroits.
Les infrastructures de communication comprennent notamment le
téléphone, la fibre optique, pour les technologies Internet, et l’usage
quotidien ou non de l’ordinateur au travail. L’accès à la technologie
moderne est plus difficile dans les communautés des régions éloignées
ou isolées, tout particulièrement dans le nord.
Dans le cas des communautés isolées, pareille difficulté
s’explique souvent par le fait qu’elles ne jouissent pas des mêmes
avantages que les grandes villes sur le plan technologique. Il est donc
probable qu’elles n’aient pas autant de chances d’obtenir de
l’information à jour. Il arrive même qu’on n’y ait pas accès à
l’ordinateur et encore moins à l’Internet. En 1995-1996, Santé
Canada a recueilli des renseignements sur la santé auprès des
Canadiens dans le cadre d’une initiative appelée le
Forum national sur la santé – Rapport sur le dialogue avec les
Canadiens et les Canadiennes. Santé Canada voulait connaître
les problèmes qui empêchaient les communautés éloignées ou isolées
d’accéder à l’information sur la santé. Le ministère a recueilli de
nombreux commentaires révélateurs auprès des personnes interviewées.
Dans l’ensemble, les gens désirent avoir un accès égal à des
renseignements pertinents sur les soins de santé – le même
accès que celui offert aux citadins. Voici des exemples de
commentaires recueillis lors du forum :« La vie de toute personne
d’une communauté isolée vaut tout autant que celle d’une personne
du sud » (Iqaluit).

 

« L’hôpital [d’Iqaluit] n’offre pas la même qualité de service en inuktitut
qu’en français. Nous devrions tout au moins recevoir l’information sur
les vitamines et les prescriptions dans notre propre langue. Il existe au
Nunavut un centre d’information médicale offrant des solutions
traditionnelles et de l’information sur les effets indésirables des
médicaments » (Iqaluit) (3).


De plus, le gouvernement du Canada a mené en mai 1998 ce
qu’il a appelé une Session de dialogue rural à Hay River, dans
les Territoires du Nord-Ouest. Deux groupes étaient présents,
l’un du Nunavut et l’autre des Territoires du Nord-Ouest. Ils
ont discuté des défis auxquels faisaient face les communautés
nordiques et isolées. L’une des principales préoccupations communes
aux deux groupes est le manque d’accès à l’information et les moyens
technologiques dont ils ont besoin pour se sentir sur un pied
d’égalité avec les villes. On a souvent l’impression que le
gouvernement ne répond pas aux besoins des communautés
nordiques, rurales et isolées. Dans les communautés isolées,
on est d’avis que le gouvernement a besoin de mieux se
renseigner sur le Nord. Les communautés rurales, éloignées
et isolées ont besoin de la reconnaissance d’Ottawa. Ottawa
doit maintenir son intérêt pour les questions d’information sur la
santé qui préoccupent les communautés éloignées (4).
La question suivante a été posée aux membres des deux
groupes : quels sont les plus grands défis que votre
communauté, votre famille et vous-même devrez relever dans
l’avenir? Le groupe des Territoires du Nord-Ouest a mentionné
le manque d’accès aux outils technologiques et la très lente
introduction de l’Internet dans les communautés éloignées et
isolées. Il a aussi précisé qu’il faut trop de temps pour trouver
de l’information utile sur l’Internet. Cela empêche les gens de
chercher des solutions qui aideraient leurs leaders. Le groupe
du Nunavut souligne que, dans leur cas, l’accès à l’Internet
n’est pas fiable. De manière générale, les communautés ont
pour objectif d’améliorer radicalement tout ce qui touche aux
questions de communication dans les régions isolées (5).


Pour répondre aux besoins des communautés rurales et isolées,
Industrie Canada travaille à améliorer l’accès à l’Internet. Le
Programme d’accès communautaire (PAC) vise à fournir aux membres
des communautés rurales, éloignées et urbaines un accès à l’Internet à
prix abordable. Ce programme offre en outre de nouveaux modes de
communication et permet de se renseigner sur l’économie d’aujourd’hui
axée sur les technologies. Le Programme d’accès communautaire doit
permettre de brancher à l’Internet jusqu’à 5 000 communautés rurales
et éloignées du Canada. Il y a de nombreuses communautés où le
simple accès physique au service téléphonique de base demeure un
obstacle. Ces communautés doivent faire face à des problèmes de
connexion Internet peu fiable et aux coûts élevés du matériel de
communication car elles ne se trouvent pas à proximité de grandes
villes où ce matériel serait accessible à un prix plus abordable.
En travaillant en collaboration avec les responsables des
gouvernements provinciaux et des territoires, avec les éducateurs
et avec les responsables des bibliothèques, des écoles et du
secteur privé, le PAC vise à créer jusqu’à 10 000 sites d’accès
public à l’Internet au Canada d’ici le 31 mars 2001 (6).


Selon les responsables d’Industrie Canada, plusieurs raisons
justifient l’amélioration de la technologie en milieu rural :

 aider les entreprises à accéder à l’information, aux clients et aux marchés;
 offrir aux résidants un accès rapide aux programmes et services;
 promouvoir l’éducation, les possibilités de
formation et l’amélioration des compétences;
 offrir de nouvelles applications dans des
domaines comme les soins de santé.


L’accès à l’information et à l’Internet est une condition essentielle à la
participation et à la contribution efficaces des citoyens à la société.
Il est très important pour les peuples des Premières nations d’accéder
à leur propre information sur la santé (7).
Selon les responsables du Bureau de la santé et l’inforoute – Santé
Canada, « il est primordial d’offrir un accès universel, équitable et à
prix abordable à l’Inforoute santé dans l’ensemble de la société
canadienne. À cette fin, le gouvernement fédéral doit continuer,
maintenant et dans l’avenir, à assurer un accès universel, équitable
et à prix abordable aux infrastructures de télécommunications de
base. Santé Canada doit aussi jouer un rôle de premier plan pour
s’assurer que les applications relatives aux systèmes
d’information sur la santé et aux soins de santé destinées au
public soient élaborées de manière à être accessibles à tous les
citoyens, quels que soient leur lieu de résidence, leur revenu,
leur langue, leurs handicaps, leur sexe, leur âge, leurs antécédents
culturels, leur degré de connaissances traditionnelles ou leur bagage
informatique » (8).

CRAINTE SUSCITÉE PAR
L’UTILISATION DE
L’INFORMATIQUE

 

 

Selon les peuples autochtones traditionnels, l’homme blanc se
retrouve à la croisée de deux chemins, le chemin de la technologie
et celui de la spiritualité. Nous croyons que le chemin de la
technologie [...] a poussé la société moderne à meurtrir et à
appauvrir la terre. Se pourrait-il que ce chemin soit celui de
la destruction et que le chemin de la spiritualité soit celui,
plus lent, que les peuples autochtones traditionnels ont suivi
et qu’ils recherchent de nouveau maintenant? Sur ce chemin,
la terre n’est pas desséchée. L’herbe verte y pousse encore
(Commanda 1991) (9).

« L’inexpérience des travailleurs de la santé autochtones
dans le domaine de l’informatique et les craintes qu’ils
entretiennent à cet égard font obstacle à l’acquisition
des compétences de base qui leur permettraient de mieux
connaître cet outil et de l’utiliser avec plus d’aisance. »
Assemblée des Premières nations, novembre 1998 (10).

De nombreuses communautés des Premières nations ont accès
à l’ordinateur et à l’Internet. La crainte souvent éprouvée à
l’égard des outils technologiques fait obstacle à l’utilisation
plus efficace de vieux ordinateurs. L’utilisation quotidienne de
l’ordinateur n’est guère répandue chez les RSC, certains d’entre
eux n’ayant même jamais utilisé un ordinateur de leur vie. Parfois,
les gens qui craignent d’utiliser l’ordinateur n’osent pas avouer aux
autres qu’ils ne savent pas s’en servir.


Beaucoup de gens de plus de 50 ans ne sont pas à l’aise avec
les ordinateurs et ont peur de commettre des erreurs. C’est toutefois
un mythe assez répandu de croire que seuls les gens âgés ressentent
un malaise vis-à-vis de la technologie. En réalité, la « technophobie »
– ou peur de la technologie – ne dépend pas de l’âge; elle est
habituellement associée à l’expérience de vie d’une personne et à
la façon dont on lui a présenté l’utilisation de l’ordinateur (11).

Les utilisateurs – et pas seulement les gens âgés et les nouveaux
utilisateurs – ont raison de se méfier de l’informatique. Bien des
logiciels effraient les nouveaux utilisateurs. Les systèmes informatiques
envoient à l’utilisateur des messages difficiles à comprendre. Les
messages comme « erreur fatale » ou « opération non valide » font peur,
surtout aux aînés, chez qui des termes comme « fatal » ou « non valide »
peuvent parfois susciter des craintes. À mesure que nous avançons dans
le monde de la technologie, les attitudes et les craintes se modifient.
L’utilisation de l’ordinateur ou de l’Internet suscite encore beaucoup
de nervosité (12).

Si les gens ont peur d’utiliser l’ordinateur, comment s’attendre à les
voir utiliser un système complexe de données confidentielles comme
le SISPNI? C’est là un défi qu’il nous faut relever pour implanter avec
succès le SISPNI à l’échelle communautaire. Le SISPNI a
l’avantage d’être très convivial et comporte un dispositif de protection
intégré permettant de rectifier les erreurs. Une formation adéquate
suffit pour être en mesure de l’utiliser efficacement. Bien des peurs
entourant l’utilisation du SISPNI ou d’autres systèmes informatiques
pourraient être éliminées en finançant la formation et l’éducation
technologiques. En outre, il est important pour les utilisateurs de savoir
qu’un soutien leur est offert en cas d’erreur.

FORMATION INADÉQUATE AUX
NOUVELLES TECHNOLOGIES OU
MANQUE DE TEMPS À
CONSACRER À CETTE FORMATION

 

« Il s’agit en fait d’un dilemme. En raison de leur charge de travail
considérable, les travailleurs de la santé autochtones ne disposent pas
des ressources ou du temps nécessaires à consacrer à la formation
qui leur permettrait d’utiliser leur temps de façon plus efficace au travail.
Leur inexpérience en ce qui a trait aux nouvelles technologies de
l’information et les craintes qu’ils entretiennent à cet égard font obstacle
à l’acquisition des compétences de base qui leur permettraient de mieux
connaître ces outils et de les utiliser avec plus d’aisance » (13).

Les communautés rurales et isolées doivent pouvoir prendre part aux
décisions en matière de santé prises aux niveaux national et international.
Pour s’en assurer, il faut leur donner accès aux technologies modernes
de l’information et à l’ordinateur. Le courriel et l’Internet les aideront à
abolir les distances. Les gens ont toutefois besoin de formation pour
apprendre à bien utiliser ces nouveaux outils. Pour être utile au plus grand
nombre de gens possible, un outil comme le SISPNI doit être utilisé par
différentes personnes dans divers secteurs de la santé.
Des groupes de communautés rurales ou plus isolées du Nunavut et des
Territoires du Nord-Ouest affirment qu’il est très difficile de trouver de
l’information sur l’Internet. Cela est dû à la prolifération de l’information
disponible. C’est pourquoi la formation technologique est très importante
si l’on veut utiliser les immenses possibilités offertes par l’Internet (14).

APPROPRIATION ET
CONFIDENTIALITÉ
DES DONNÉES

Les communautés autochtones détiennent un droit historique et juridique
à l’autonomie gouvernementale. En ce qui concerne le SISPNI, cela
impliquerait l’appropriation des données du système. L’APN est
d’avis que la gestion des données et de la santé est essentielle pour les
communautés autochtones (16).


Le SISPNI présente de nombreux avantages pour les communautés,
notamment le regroupement des données en un seul endroit. Les peuples
des Premières nations sont très préoccupés par la confidentialité et la
sécurité des données. La confidentialité est le droit des individus de fournir
ou non de l’information sur eux-mêmes ou sur les autres et de décider de la
nature de cette information. Les Autochtones du Canada s’inquiètent du
respect de la confidentialité des données stockées sur support informatique.
Voici quelques-unes des préoccupations relatives au SISPNI en ce qui a
trait à la confidentialité des données :

 Quelle information devrait-on stocker dans le SISPNI?
 Qui devrait avoir accès aux données du SISPNI? Quelle information du SISPNI devrait-on partager avec d’autres prestataires de soins de santé et dans quelles circonstances? Comment un patient pourra-t-il accéder aux données le concernant dans le SISPNI?
 Comment l’information du SISPNI peut-elle être utilisée à des fins secondaires (p. ex., pour la recherche, la gestion, etc.)? Dans quels cas le consentement du patient sera-t-il requis?

Selon les responsables de Santé Canada, il est très important de prévenir
l’utilisation abusive de l’information sur la santé : « Les données sur la
santé doivent être générées, utilisées, transmises, regroupées et résumées
d’une manière et dans des environnements qui en assurent la sécurité et
la précision, qui empêchent toute divulgation accidentelle ou par mégarde,
qui empêchent ou dissuadent l’accès par tout utilisateur non autorisé,
qui découragent, détectent et réprimandent l’utilisation abusive de
données sur la santé par des utilisateurs non autorisés » (17).

La plupart des provinces et des territoires tentent de
régler la question de la confidentialité de l’information sur la santé.
Quelques provinces ont adopté des lois à cette fin. C’est le cas du
gouvernement fédéral, avec l’adoption récente de la Loi sur la
protection des renseignements personnels et documents
électroniques (anciennement connue sous le nom de projet de loi
C-6). Cette Loi aura une incidence sur la confidentialité des
données des Canadiens dans les quelques années à venir :
La Loi s’applique à la cueillette, à l’utilisation et à la divulgation
de renseignements personnels par les organisations dans le cadre
d’activités commerciales. Les renseignements personnels englobent
toute information relative à un individu identifiable, qu’elle soit
ou non archivée. Les organisations concernées comprennent
les associations, les partenariats, les personnes et les syndicats.
La Loi s’applique aux entreprises traditionnelles comme aux
entreprises de commerce électronique. Le terme « activité
commerciale » englobe la vente, l’échange ou la location de
listes de donneurs ou de membres ou de listes de collecte
de fonds (18).

 

Cependant, la Loi sur la protection des renseignements personnels ne
s’appliquera pas aux données sur la santé avant le 1er janvier 2002.
En outre, on ne sait pas encore clairement quelles seront les organisations
concernées. Les responsables de nombreuses organisations du
secteur de la santé argumenteront que l’utilisation qu’ils font des
données sur la santé ne leur rapporte pas d’argent. Ils sont d’avis
que la Loi ne devrait pas s’appliquer en pareil cas puisque ces
données ne font l’objet d’aucune transaction monétaire. Les
détracteurs de la Loi sur la protection des renseignements
personnels prétendent qu’elle n’est pas suffisamment rigoureuse
et qu’elle n’empêchera pas les organisations de faire preuve
d’astuce pour la contourner. Leurs responsables prétendront
simplement que les données qu’ils recueillent et qu’ils partagent
ne peuvent servir à identifier qui que ce soit. Les spécialistes ne
partagent pas le point de vue selon lequel la confidentialité de ce
type de données sera respectée et qu’elles ne serviront pas à
identifier des individus. L’information sur la santé est précieuse
parce qu’on peut l’associer à certains groupes ou à certains
individus. Les données recueillies dans le respect
scrupuleux de l’anonymat ont beaucoup moins de valeur (19).
Pareilles questions sont cruciales car il existe de nombreux exemples
d’utilisation abusive de données sur la santé recueillies auprès des
peuples autochtones dans l’ensemble du pays.
Pour garantir le succès de la mise en œuvre du SISPNI ,
il est essentiel de répondre adéquatement aux questions
d’appropriation, de contrôle, d’accès et de possession (ACAP)
relatives aux données sur la santé des Premières nations. Selon
Larry Sault, grand chef, Association of Iroquois and Allied Indians,
le SISPNI ne donnera son plein potentiel que si ces questions sont
résolues avec les Premières nations (20).

MÉFIANCE À L’ENDROIT DU
GOUVERNEMENT ET DES
AGENCES SUSCEPTIBLES
DE FAIRE UNE
UTILISATION ABUSIVE
DES DONNÉES SUR LA SANTÉ

 

 

« La recherche sur les problèmes de santé des autochtones et
l’interprétation des résultats par des organismes extérieurs comme les
universités, les ministères gouvernementaux et les médias ont suscité
une inquiétude croissante au cours des dernières décennies.
C’est pourquoi toute tentative d’élaboration de systèmes d’information
sur la santé qui exclut la participation entière des communautés
autochtones est vouée à l’échec » (24). L’histoire qui suit se
rapporte aux Nuu-chah-nulth de l’île de Vancouver. Nous soulignons
au passage que les Autochtones du Canada sont trop souvent victimes
de l’utilisation abusive des données sur la santé les concernant.

Un chercheur utilise le sang des Nuu-chah-nulth pour mener des
études non autorisées en génétique appliquée à l’anthropologie

« Lorsqu’il s’agit des Premières nations, il n’y a plus de code de
déontologie. Ils ne nous respectent pas et ils profitent de nous,
affirme Cosmos. Ça me dérange lorsque les miens sont utilisés comme
cela. Il ne nous a pas tout dit. Nous ne l’avons pas autorisé à utiliser le
sang pour autre chose que d’essayer de trouver un remède à l’arthrite,
et s’il ne l’utilise pas pour cela, alors il doit le détruire ou nous le redonner. »


« Il n’a fait qu’abuser de nous. C’est l’impression que j’en ai maintenant,
explique Arlene Paul. Ses recherches n’auraient pas pu aider les nôtres
à vivre plus longtemps et plus heureux. Le fait qu’il garde cette information
et qu’il ne nous en dit rien n’est vraiment pas bien du tout. »

 

Le chercheur, Richard Ward, prétend n’avoir rien fait de mal ou de
contraire à l’éthique puisque ses recherches en anthropologie ont un
lien avec la recherche sur les rhumatismes dans la mesure où tout se
ramène à ces minuscules brins d’ADN. Selon Ward, que vous
cherchiez des marqueurs génétiques montrant une prédisposition aux
rhumatismes ou un gène permettant de retracer l’histoire d’un peuple,
toutes les découvertes de la recherche en génétique sont
inextricablement liées.


À la UBC, l’ancien superviseur de Ward, Rick Spratley, n’est pas
content de ce qui s’est passé avec le sang des Nuu-chah-nulth et
explique que ce qui est arrivé pose un problème tant pour lui que
pour son département. « J’aimerais discuter de tout cela avec les
Nuu-chah-nulth », a-t-il précisé. « Ce qu’il y a de si dommageable
avec une étude comme celle-là c’est qu’elle érode le lien de
confiance entre les communautés et les chercheurs. Sans ce lien, nous
sommes incapables d’effectuer des travaux d’importance. Ce lien de
confiance est trop important pour être rompu par un chercheur donné,
et il est évident que nous devons rectifier la situation » (25).


La confiance est un facteur clé en ce qui a trait aux prises de décision
en matière de soins de santé. Certains peuples autochtones expriment
des doutes et font preuve de méfiance à l’égard de tous les aspects du
système de soins de santé. Les Autochtones du Canada ont vraiment
l’impression de n’avoir aucun rôle à jouer dans les décisions relatives
à la santé qui les concernent. Les politiciens prennent souvent des
décisions en matière de santé. Minoritaires sur le plan de la population, les
communautés autochtones se sentent largement laissées pour compte.
Il arrive même parfois qu’on leur présente des programmes de santé
non adaptés à leurs besoins. Les participants au Forum national sur la
santé – Rapport sur le dialogue avec les Canadiens et les Canadiennes
-- sont d’avis que les besoins en matière de santé devraient être
déterminés au niveau local, par la communauté concernée :
« [Nous] devons agir en fonction des recommandations de la
communauté; la communauté connaît les priorités » (Regina).
« Les services doivent être décentralisés et totalement déterminés
par la communauté » (Quatsino/Coal Harbour) (26).


Le SISPNI doit être géré au niveau de la communauté. Les peuples
autochtones ont besoin de savoir que leurs données confidentielles
sur la santé ne seront pas utilisées de manière abusive. Ils désirent
sentir que l’on répond aux besoins réels de leur communauté. Sans
pareille garantie, le SISPNI risque de ne pas donner son plein potentiel.

 

LE MANQUE DE LEADERSHIP
EN CE QUI A TRAIT À LA MISE
EN ŒUVRE DU SISPNI

 


Un leadership fort sera nécessaire pour faire adopter le SISPNI
par les communautés de tout le Canada. Ce leadership implique un
certain financement. Les leaders des communautés des Premières nations
doivent se renseigner sur le SISPNI et sur les avantages qu’il peut
apporter à leur communauté respective. Nombre d’entre eux restent
peu convaincus des avantages de l’informatique en général. Ils sont
pourtant l’élément clé pouvant garantir le succès de l’implantation
du SISPNI dans les communautés. Les membres des communautés
se fient à leur leader pour les guider dans les décisions qui concernent
leur santé et leur bien-être. Si les leaders acceptent le SISPNI, les
membres des communautés auront par le fait même plus de chances
de constater à quel point ce système peut améliorer leur vie.

Des activités sont déjà en cours pour inciter les communautés à utiliser
le SISPNI. Santé Canada finance l’embauche d’un préposé à la saisie
des données dans les communautés qui utilisent le système. Il a pour
tâche d’entrer dans le système les données relatives à la santé de la
communauté. Le succès du SISPNI repose sur la capacité des leaders
d’élaborer une vision commune et de transmettre leur enthousiasme.
Lorsque la responsabilité du SISPNI passera de Santé Canada aux
Premières nations, l’engagement profond de la communauté facilitera
grandement la transition.

Certaines personnes demeurent peu convaincues de l’utilité du
SISPNI. Leurs préoccupations concernent généralement l’appropriation
et la confidentialité des données sur la santé et le degré de participation
de Santé Canada. Les communautés des Premières nations
désirent contrôler elles-mêmes les données sur la santé qui les
concernent. Le transfert du SISPNI aux Premières nations est
en cours. Actuellement, la gestion du système relève entièrement
de Santé Canada. Pour que la démarche de transfert réussisse, les
communautés des Premières nations doivent tout apprendre du
système. Avec l’acquisition de compétences, la responsabilité de
la gestion pourra passer de Santé Canada aux Premières nations.
La démarche de transfert aux Premières nations a
débuté en janvier 2000 avec la présentation d’un plan de transition au
Comité directeur national du SISPNI. Voici la vision proposée :
« Les Premières nations assumeront une autorité, un contrôle et
une responsabilité accrus en matière de systèmes de recherche et
de cueillette de données et ce, afin de favoriser leur autonomie
gouvernementale et de mettre sur pied une infostructure distincte
et autonome qui sera interconnectée de manière stratégique à l’inforoute
de Santé Canada. »

La démarche de transfert a reçu l’approbation du comité des chefs
sur la santé de l’Assemblée des Premières nations et du comité
exécutif des PSPNI. Un Groupe de travail a été créé en vue de superviser
l’ensemble de la démarche de transfert, présentée en janvier 
2001 au Comité directeur national.

LE COÛT ÉLEVÉ ET LES AVANTAGES
IMPRÉCIS DU SISPNI; LA COMPLEXITÉ D’INTÉGRATION
DU SISPNI AUX MODALITÉS ACTUELLES
DES SOINS DE SANTÉ

Le SISPNI exige la coopération des responsables du gouvernement et
des leaders des communautés des Premières nations, qui doivent travailler
ensemble à la mise en œuvre du système. Ce besoin de coopération
en décourage plus d’un, qui croient qu’il sera beaucoup trop difficile
d’amener les deux groupes à s’entendre. Les coûts relatifs à la mise
sur pied et à l’entretien du SISPNI sont élevés, et certains leaders
communautaires ne voient pas les avantages d’un système aussi coûteux.
En ce sens, voici quelques réflexions suscitées par le SISPNI :
 Pourquoi adopter un système informatisé
 coûteux pour faire ce que nous faisons déjà sur papier?
 Pourquoi investir notre temps et trouver les ressources alors que nous n’avons pas encore en main le SISPNI et ses données?
Pourquoi devrions-nous croire que nos données sur la santé ne seront pas utilisées abusivement comme cela a souvent été le cas dans le passé?
Comment conserver les ressources humaines dont nous avons besoin pour faire fonctionner un tel système dans nos communautés?



Les complications inhérentes au système seront examinées de façon plus
approfondie lorsque la démarche de transfert du SISPNI aux
communautés des Premières nations sera complétée.

Il reste encore des points faibles et des obstacles dont il faudra tenir
compte avant de mettre en œuvre un système informatisé comme le
SISPNI. Dans un premier temps, les communautés doivent avoir accès
à l’ordinateur et à la technologie. Elles ont besoin d’un accès facile et
fiable à l’Internet. Le succès du SISPNI dépend de la disponibilité et
de l’utilisation des outils technologiques. Certaines communautés rurales
ou très isolées ont encore de la difficulté à obtenir le service téléphonique
de base, ce qui peut rendre la connexion à l’Internet très coûteuse.
On doit utiliser davantage l’ordinateur en milieu de travail, et avec une
formation accrue les RSC se sentiront plus à l’aise d’utiliser le SISPNI .
Il est probable que les travailleurs de la santé et les RSC qui utilisent
un nouveau système informatique renfermant des données
confidentielles sur la santé craignent de commettre des erreurs.
De nombreux RSC n’ont que rarement, voire jamais, utilisé un
ordinateur au cours de leur carrière. On doit prévoir des périodes
de formation à l’intérieur même de leur horaire de travail afin de
leur permettre d’acquérir une expérience de valeur avec les systèmes
informatiques actuels.

La propriété et la confidentialité des données sur la santé demeurent
un enjeu pour les peuples des Premières nations. Il y a eu de
nombreux cas bien connus d’utilisation abusive de données sur la
santé des Premières nations. Les questions d’appropriation, de contrôle,
d’accès et de possession (ACAP) des données sur la santé demeureront
à l’ordre du jour tant que la démarche de transfert du SISPNI ne sera
pas complétée.