Vie traditionnelle
par opposition au
régime des pensionnats :
le récit d’une expérience

Eva Wapachee, une femme crie de 57 ans de Waswanipi (Québec), a fréquenté un pensionnat au milieu des années 1950. Le contexte familial a poussé sa mère à la sortir de ce système d’éducation et Eva a été élevée chez elle selon la méthode crie traditionnelle. Elle croit fermement que c’est la raison pour laquelle elle est aujourd’hui en santé et ne souffre pas de maladie.

Récemment, Eva, sa fille et d’autres femmes de la région de Senneterre, au Québec, ont fait la démonstration de méthodes culinaires autochtones à l’occasion d’un festival d’arts autochtones organisé en plein air à Montréal. Debout sous les rayons ardents du soleil, elle a préparé la pâte d’un « bannock sur baguette » tout en faisant tournoyer une oie suspendue par des cordes au-dessus du feu qu’elle veillait à alimenter. Ce qui ne l’a pas empêchée de s’entretenir abondamment avec l’intervieweuse du magazine Le Lien qui l’interrogeait sur la signification d’un mode de vie sain.


Eva Wapachee (assise) et sa fille au Festival autochtone de Montréal en juin 2003.

Le Lien : Que faites-vous pour demeurer en santé?
Eva : J’ai grandi en mangeant des aliments autochtones comme le lièvre, l’orignal, le castor, la perdrix et l’ours. Je ne mangeais pas d’aliments comme les tartes, les gâteaux, le coke et les croustilles. De nos jours, c’est comme cela que les gens s’alimentent.
Le Lien : Donc, vous ne mangez pas comme cela et vous êtes demeurée en santé?
Eva : Oui.
Le Lien : Êtes-vous physiquement active?
Eva : Oui. Je vais en forêt et j’y reste parfois tout l’été. Je ne vais en ville que pour acheter de la viande que je congèle. Je la conserve parce que les aliments n’ont pas le même goût en été qu’en hiver. C’est le cas du lièvre, du castor et de l’orignal. Ces viandes sont meilleures en hiver qu’en été, car l’été ces animaux se nourrissent d’herbes et leur viande n’a pas beaucoup de goût. Son goût est différent. C’est pourquoi nous faisons provision de viande d’orignal, de lièvre et de castor en hiver. Je ne veux pas tuer trop de lièvres en été, lorsqu’ils ont des petits.
Le Lien : Est-ce que cela signifie que vous pratiquez la trappe en hiver?
Eva : Oui. Nous commençons la trappe à l’automne, au mois d’octobre, et cela dure jusqu’au mois d’avril, au printemps.

Le Lien : Marchez-vous beaucoup en forêt?
Eva : Oui. Pour transporter et fendre le bois et pour transporter l’eau de la rivière, car il n’y a pas d’eau courante en forêt.
Le Lien : Donc, vous êtes occupée du lever jusqu’au coucher?
Eva : Oui.
Le Lien : Avant cet entretien, vous m’avez dit que vous avez fréquenté un pensionnat durant une courte période. Pourquoi seulement pendant une courte période?
Eva : J’ai fréquenté le pensionnat de Moose Factory (Ontario) pendant un an et celui de Sudbury (Ontario) pendant deux ans. Après le décès de mon père en 1957, ma mère ne m’a pas laissée repartir car elle était seule (Eva est la plus jeune de la famille). Par la suite, je me suis mariée à l’âge de 23 ans.
Le Lien : J’imagine que vous êtes heureuse d’être restée avec votre mère et d’avoir été éduquée par elle.
Eva : Oui. C’est comme cela que j’ai appris le mode de vie autochtone comme la préparation des peaux d’orignal, d’ours et de castor et la façon d’écorcher le lièvre, le castor, l’orignal et l’ours. C’est comme cela que j’ai appris, avec ma mère. Mes filles me demandent toujours : « Comment as-tu appris toutes ces choses? » Et je leur réponds : « Je les ai apprises de ma mère. »

Eva vit actuellement dans la ville de Senneterre, au Québec. Elle a récemment participé à un groupe d’aînés qui a produit un livre de cuisine traditionnelle autochtone intitulé Tshibakwen Tshikamenwenanou. Ce livre ne contient pas que des recettes comme le Castor grillé aux pommes de terre, le Ragoût de lièvre servi avec riz, le Ragoût d’orignal et la Soupe à la perdrix. Il présente aussi de l’information précise sur la façon de préparer et d’entretenir le feu de cuisson et aborde la question d’une bonne alimentation à base d’aliments traditionnels pour les personnes âgées. L’un des principaux objectifs des auteurs est la préservation des traditions entourant la préparation des viandes sauvages dans le plus grand respect des animaux. Ce livre est disponible en français et en anglais au Centre de l’amitié autochtone de Senneterre. Pour de plus amples renseignements, composez le (819) 737-2327.