GROUPES À RISQUE ÉLEVÉ


La première réalité à laquelle se heurte toute personne travaillant à la
prévention du VIH/sida est, la diversité des modes actuels de pénétration
de la maladie dans les communautés. De nos jours, les populations à
risque élevé comprennent les utilisateurs de drogues injectables, les
homosexuels et les personnes qui ont des relations hétérosexuelles non
protégées. Avec le pourcentage croissant de femmes infectées, la
transmission périnatale, c’est-à-dire la transmission de la maladie aux
enfants à la naissance ou, par l’allaitement chez les mères VIH
séropositives, devient aussi de plus en plus préoccupante.

Chez les Autochtones, les nouveaux cas d’infection sont en très grande
partie attribuables à l’utilisation de drogues injectables. Les travailleurs
dans le domaine du VIH/sida cherchent actuellement à élargir les
programmes de réduction des méfaits comme: l’échange de seringues.
Les difficultés inhérentes à la prestation de tels programmes auprès des
peuples autochtones s’expliquent en partie, par leur grande mobilité,
bon nombre d’entre eux se déplaçant souvent des communautés vers
les centres urbains et vice versa. L’idée d’élargir les programmes
d’échange de seringues aux communautés a été proposée, mais les
personnes vouées à la lutte contre le VIH/sida disent que ces programmes se heurtent à beaucoup de résistance de la part des leaders
communautaires, qui: craignent d’être perçus comme autorisant
l’usage des drogues.

Bon nombre de travailleurs dans le domaine du VIH/sida ont l’impression que la seule solution à long terme consiste à traiter le problème de
l’utilisation des drogues injectables à sa source. Ils font référence au
« syndrome de stress post-colonial », qui pousse encore bien des
jeunes des Premières nations à adopter des comportements auto
destructeurs, dont la consommation de drogues ou d’alcool et le suicide.
En matière de prévention de la maladie chez les jeunes, les travailleurs
dans le domaine du VIH/sida disent qu’il est impératif de traiter les
problèmes émotionnelset d’estime de soi sous-jacents.

Une approche communautaire
L’appel lancé lors de la conférence  Éliminons les obstacles – Faire face à l’épidémie naissante visait à lancer des programmes d’éducation et de sensibilisation en matière de VIH/sida à l’intention des jeunes et à
susciter la participation de tous les éléments de la communauté. M. Carl
Orr de la Union of Ontario Indians est d’avis: qu’on pourrait commencer
à informer les plus jeunes sur le VIH/sida sans même mentionner le nom
de la maladie ou parler de sexualité. Les aînés pourraient par exemple
expliquer aux enfants que s’ils se coupent en écorchant un renard, ils
risquent d’attraper une maladie dont souffre le renard. « Et à partir de
là, ils pourraient parler de l’échange de fluides d’une manière plus
générale. »


Cependant, dans le cas des enfants plus âgés, les travailleurs dans le
domaine du VIH/sida semblent privilégier l’approche directe, préconisant à cet effet une vaste campagne d’éducation communautaire. « Nous
devons atteindre les enfants de deuxième ou de troisième année, a précisé M. Orr, car les enfants de sept à douze sont particulièrement réceptifs et qu’il s’agit du groupe d’âge qu’il est crucial d’informer. Nous savons que dans certaines communautés des enfants de 14 ans seulement ont déjà. »

Des outils d’enseignement comme « Lets Rap About AIDS » ont été
recommandés comme point de départ. Entre autres choses, ce jeu
informe les enfants sur les seringues et les condoms, et sur la manière
d’avertir un adulte lorsqu’ils en voient. On a aussi suggéré de faire
participer les enfants aux campagnes de sensibilisation communautaires,
au VIH/sida, notamment à la Marche annuelle du SIDA.

Dans le cadre de la mobilisation communautaire, afin de favoriser un
dialogue ouvert et honnête, on a encouragé les conseils de bande et les
garderies à élaborer des politiques, et des protocoles en matière de
VIH/sida. En ce qui concerne les programmes s’adressant aux jeunes
de douze ans et plus, on a cru essentiel de les faire participer à la création des programmes et, de leur donner un rôle de leadership dans leur mise
en œuvre.

Deux autres éléments cruciaux des programmes de prévention et
de sensibilisation VIH/sida étaient, la participation parentale et la
participation des écoles. M. Jake Linklater, directeur exécutif du Réseau
canadien autochtone du SIDA (RCAS)
, a fait remarquer que les écoles
étaient souvent le maillon faible en raison de conflits, de compétences
avec les gouvernements provinciaux. Cependant: la coopération des
écoles a été jugée essentielle, et les travailleurs de la santé ont fait appel
aux leaders politiques pour les aider à résoudre l’impasse politique.
M. Carl Orr a dit que le mauvais traitement des enfants est aussi une
source de préoccupations, et qu’une des manières de prévenir le
VIH/sida consistait à assurer leur sécurité au sein même de leur
communauté. Les enfants qui grandissent dans un environnement
où ils subissent de mauvais traitements, ou dans un foyer avec parents
violents, ou toxicomanes sont à risque élevé d’adopter des
comportements qui, augmentent considérablement les risques de
contracter le VIH/sida (utilisation de drogues injectables, relations
sexuelles non protégées et comportements menant à l’incarcération).

Travailler avec l es détenus


Au cours de la conférence, le rôle des détenus autochtones a aussi fait
l’objet d’une attention particulière. Les détenus courent dix fois plus de
risques de contracter le VIH/sida que la population générale, et le taux
d’incarcération des Autochtones est de beaucoup supérieur à celui de
tout autre groupe au Canada.

Comme l’a fait remarquer l’un des participants, à moins que les
détenus n’aient accès à des programmes de prévention et de sensibilisation, ils rapporteront le virus à la maison.

Selon les travailleurs de la santé, les programmes actuels de
sensibilisation au VIH/sida offerts en milieu carcéral sont inadéquats.
Il s’agit dans la plupart des cas de programmes d’éducation par les pairs, qui ne semblent pas avoir fonctionné en ce qui concerne le VIH/sida. Ils
suggèrent donc de recruter des aînés qui auraient pour rôle de
promouvoir un mode de vie sain: auprès des détenus et de leur offrir un
soutien spirituel. L’enseignement aux détenus, et à tous les jeunes, de
leur langue traditionnelle les aiderait, à s’enraciner plus fermement dans
leur propre culture et à mieux en connaître les valeurs traditionnelles.
On a encouragé les communautés à examiner les programmes de
libération anticipée, qui permettraient à des membres de bandes de
retourner dans leur communauté pour y intervenir de manière positive.
Ces détenus, s’ils répondent de manière satisfaisante, pourraient devenir
d’importants modèles de comportement pour les jeunes. Tout
particulièrement pour les jeunes hommes qui tendent à admirer les
anciens détenus, et qui sont beaucoup plus susceptibles d’écouter les
conseils d’un homme qui a fait l’expérience de la vie de la rue que,
ceux d’un travailleur social ou d’un professionnel de la santé.

Les hommes au double esprit



M. Art Zoccole, du Red Road AIDS Network, a rappelé aux délégués
à la conférence le nécessité d’enrayer la discrimination à l’égard des
hommes au double esprit. Il dit avoir pris conscience de la réalité du
VIH/sida pour la première fois en 1982, lorsqu’un de ses amis est
décédé de la maladie. En 1989, il a créé à Toronto une association
d’hommes autochtones au double esprit. « Les hommes au double
esprit émigrent généralement vers les centres urbains, a-t-il précisé,
et seul un petit nombre d’individus particulièrement courageux
demeurent chez eux. Alors que la plupart d’entre eux étaient infectés.
Ils vivaient loin de leur communauté, n’avaient personne à qui en parler,
ne pouvaient pas dire à leur famille qu’ils étaient gais: moins encore
qu’ils étaient VIH séropositifs » Il a ajouté qu’à présent même les
hommes hétérosexuels qui contractent le sida par l’utilisation de
drogues injectables, ont peur de l’admettre car les gens vont penser
qu’ils sont gais.

« Nous devons constamment parler de ces choses, a-t-il dit. Nous
devons nous rendre dans tous les endroits possibles pour parler du
VIH/sida – pour éliminer les tabous qui entourent le sujet. Les gens
attendent que les communautés décident de s’occuper de la question
du SIDA, et, lorsqu’elles le feront, ils commenceront à retourner
chez eux et ils attendent. »

Les femmes autochtones
L’un des éléments les plus surprenants des nouvelles statistiques sur les
infections au VIH est, le nombre de femmes autochtones qui en sont
victimes. Dans la population canadienne générale, 20 % seulement des
nouveaux cas d’infection sont des femmes par opposition à plus de
45 %, dans la population autochtone. La plupart étant de jeunes
utilisatrices de drogues injectables, souvent forcées de travailler
comme prostituées, pour satisfaire leurs habitudes de consommation.
Selon Mme Arlo Yuzicappi-Fayant, les facteurs de risque relatifs aux cas d’infection chez les femmes sont le faible niveau de scolarité, le
chômage, la toxicomanie, l’utilisation de drogues injectables et les
relations sexuelles non protégées. Elle a aussi expliqué que lorsqu’on
travaille avec des femmes à risque, il importe de ne pas porter de
jugement à leur égard. Selon elle, il est essentiel d’aider d’abord ces
femmes à retrouver l’estime de soi.

En outre: un grand nombre de femmes contractent le VIH au cours
de relations sexuelles avec leur mari, leur amant, leur petit ami ou en
partageant des seringues avec leur partenaire: utilisateur de drogues
injectables – inconscientes du fait que leur partenaire a partagé des
seringues, ou a eu des relations sexuelles non protégées avec d’autres
personnes. Lorsqu’il s’agit de relations hétérosexuelles, les femmes
présument parfois ne pas avoir besoin de condoms, parce qu’elles
font confiance à leur partenaire. « Il s’ensuit souvent qu’elles ne sont
pas conscientes d’être infectées car, elles ne s’adonnent pas à des
comportements à risque. Elles ne sont donc diagnostiquées que
lorsqu’elles sont vraiment atteintes du SIDA. Elles n’ont donc
qu’une espérance de vie très courte », a expliqué MmeYuzicappi-Fayant. Toujours selon Mme Yuzicappi-Fayant, le problème s’explique en partie du fait que les jeunes femmes n’ont pas compris leur propre rôle historique,en tant que membres hautement respectés de leurs Nations. On a suggéré que, des groupes communautaires de femmes et des organismes de santé, offrent des ateliers d’information aux femmes: Tout particulièrement aux jeunes femmes, afin d’accroître leur sentiment de fierté par rapport à leur
propre patrimoine.

Les enfants atteints du sida



Les plus jeunes victimes du VIH/sida sont celles qui sont infectées par le
virus à la naissance, ou peu après la naissance, par l’allaitement. Les tests de dépistage menés auprès des jeunes femmes deviennent particulièrementimportants, du fait que la naissance par césarienne, sans allaitement, peut considérablement réduire le taux de transmission de la maladie, aux enfants par les mères VIH séropositives.

Lorsque le virus est transmis par voie périnatale, les symptômes du SIDA observés chez les jeunes enfants sont semblables à ceux observés chez les adultes et ce, bien qu’un bon nombre d’entre eux meurent avant d’atteindre l’adolescence. Au cours de leur vie, les enfants atteints du VIH/sida sont souvent victimes de discrimination dans leur propre communauté, où des parents retirent leurs enfants de l’école et des garderies car, ils ne veulent pas les voir côtoyer des enfants VIH séropositifs. Les délégués à la conférence ont pressé les communautés d’adopter des résolutions garantissant, le droit de tous les enfants, et ceux des adultes, atteints du VIH/sida d’accéder à l’ensemble des services offerts par la communauté. Finalement, le message des travailleurs dans le domaine du VIH/sida était plutôt dur : de la naissance à la mort, nous sommes tous vulnérables à la maladie. Faire passer ce message et, modifier les comportements qui: entraînent la transmission du virus sont désormais des questions de vie ou de mort pour un nombre
croissant de peuples, de familles et de communautés autochtones.