Séance de formation

La cafétéria du Alberni Indian Residential School

 

Joyce White - Joyce a travaillé comme RSC pendant 11 ans dans sa communauté de la côte est de l’île de Vancouver. Elle a œuvré auprès des Premières nations dans les domaines de l’éducation, de la santé et du développement social. Elle a fréquenté le Alberni Indian Residential School (AIRS) de l’île de Vancouver.

Les pensionnats offraient des régimes alimentaires auxquels les enfants autochtones n’étaient pas habitués. Dans les cultures autochtones, où le potlatch joue souvent un rôle social important, le festin fait partie des coutumes. Le régime alimentaire offert dans les pensionnats a
effectivement aboli un aspect du mode de vie des peuples autochtones et a eu un effet dévastateur sur leur culture. Les pensionnats reposaient sur une organisation de type militaire. Les garçons et les filles étaient séparés les uns des autres. La cafétéria du AIRS était le seul endroit où Joyce pouvait apercevoir son frère, qui fréquentait lui aussi le pensionnat. La routine quotidienne qu’on y imposait aux enfants était très stricte.

Il y avait de nombreux cas de maladie associés à une alimentation peu appétissante et étrangère. Ceux et celles qui ne mangeaient pas ou ne finissaient pas leur repas étaient punis. Les enfants avaient tellement de difficulté à manger ce qu’on leur servait qu’ils s’inventaient souvent des jeux pour se faire croire qu’il s’agissait d’aliments familiers comme du poisson ou d’autres aliments servis chez eux. Ils se bouchaient souvent le nez pour masquer le goût des aliments, en modifiaient la texture et l’apparence et se livraient entre eux au troc pour qu’on les aide à terminer leur repas.

Mais le mauvais goût des aliments n’était pas le seul problème au AIRS, il y avait aussi la faim, une faim qui n’était pas seulement physique mais aussi spirituelle. Les enfants autochtones viennent d’une société qui attache de l’importance à la nourriture et à son abondance. La nourriture répond à un besoin essentiel, mais la façon dont les aliments affectent notre vie dépend de notre environnement. En ce sens, la culture peut jouer un rôle déterminant en regard de ce que nous mangeons. Le fait de manger répond tant aux besoins biologiques que sociaux des individus. Les processus sociaux, la religion, l’économie et la politique déterminent la nature des aliments que nous consommons. Ce qu’un enfant apprend au sujet de la nourriture et sur le fait de manger détermine sa perception des aliments en tant qu’adulte

Beaucoup de choses ont changé au cours des trois dernières générations dans notre rapport avec la nourriture et dans la façon dont nous nous procurons nos aliments. De nos jours, l’économie joue un rôle déterminant en ce qui a trait aux aliments. Nous vivons dans une économie caractérisée par le prêt-à-manger et la gratification instantanée. Nous ne planifions plus nos repas et n’accordons certainement plus d’importance au fait d’avoir suffisamment de nourriture pour passer l’hiver comme c’était le cas autrefois, lorsque la préparation des aliments jouait un rôle essentiel pour garantir une quantité de nourriture suffisante. De plus en plus souvent, les femmes doivent travailler pour contribuer au soutien de la famille, et par conséquent on cuisine de moins en moins à la maison. La technologie a aussi modifié les aliments. Nous utilisons des fours à micro-ondes et consommons des aliments saturés d’agents de conservation; nous avons aussi des congélateurs et des réfrigérateurs.

Nous devons garder à l’esprit le rôle joué par les aliments dans la culture autochtone d’hier et d’aujourd’hui. Le monde change et se modernise, simplifiant par le fait même notre vie en ce qui a trait à la préparation des aliments. Il est important pour nous, peuples autochtones, d’apprendre et d’utiliser les techniques traditionnelles de préparation des aliments et de manger des aliments traditionnels pour être en mesure de transmettre aux générations futures pareil héritage culturel.