Le centre Sheway :
une oasis pour femmes enceintes
dans le quartier est du centre ville
de Vancouver

On trouve dans l’un des quartiers les plus pauvres au Canada un édifice préfrabriqué moderne qui s’élève dans un stationnement. C’est un peu l’équivalent moderne de trouver un coffre au trésor au beau milieu de la jungle. Ici, le trésor s’appelle le centre Sheway, et les personnes qui en bénéficient sont les femmes enceintes aux prises avec des problèmes d’abus d’alcool ou de drogues qui vivent ou qui fréquentent le quartier est du centre ville de Vancouver.

La création du centre est le fruit d’un partenariat entre quatre organisations — le Vancouver Health Board, le Richmond Health Board, la Vancouver Native Health Society et le Ministry of Child and Family Development. Sheway est un nom approprié pour ce centre d’accueil puisqu’il signifie « croissance » chez les Salish du littoral. Le centre a été créé en 1993 en réponse aux besoins des femmes enceintes et des mères vivant ou fréquentant ce quartier pauvre, c.-à-d. des femmes enracinées dans le mode de vie du quartier est. Le simple fait d’y marcher dans les rues est en soi une leçon de pauvreté urbaine : il est fréquent de voir des vendeurs de drogues et des toxicomanes, des bagarreurs de rue ivres, des mendiants, des gens ivres morts gisant sur le trottoir en plein jour et des hommes et des femmes qui racolent pour subvenir à leur dépendance aux drogues ou à l’alcool.

Avec en tout temps une clientèle moyenne de 100 femmes, enceintes ou mères d’un enfant de moins de 18 mois, le personnel du centre travaille à promouvoir une grossesse plus saine et une expérience parentale positive. Avant la mise en place du programme, la plupart de ces femmes ne recevaient aucun soin prénatal, et leurs bébés leur étaient immédiatement retirés en raison de leurs problèmes d’alcool ou de drogues. Malheureusement, les statistiques montrent que dans 75 % des cas, il s’agissait de femmes autochtones. Certains des problèmes auxquels ces femmes étaient, et sont encore confrontées aujourd’hui sont l’itinérance, le manque d’aliments et les carences nutritives, le manque de soutien social, la violence de la part de leur partenaire, le travail sur la rue, la grossesse non planifiée, les problèmes avec la justice, la maladie mentale et, finalement, le fait que leurs enfants leur soient retirés par les services de protection de l’enfance en raison de leur vie familiale instable.

Afin d’aider les femmes aux prises avec des situations aussi désastreuses, une équipe de professionnels de Sheway offre une vaste gamme de services holistiques aux femmes enceintes ainsi qu’à leur enfant, jusqu’à l’âge de 18 mois. La composition de l’équipe est la suivante : quatre infirmières, trois médecins, une diététicienne, un travailleur d’approche, deux travailleurs sociaux, un consultant en développement du jeune enfant, deux conseillers en matières de drogues et d’alcool, un travailleur de soutien auprès des Premières nations, un employé de soutien et un coordonnateur de projet.

Au centre Sheway, la prestation de services est basée sur une approche centrée sur les femmes, sensible à la culture et axée sur la réduction des préjudices. Ce dernier aspect peut être illustré comme suit : une femme enceinte qui s’injecte de l’héroïne devient immédiatement à risque de contracter le VIH et l’hépatite C. En acceptant de prendre de la méthadone, qui l’aidera à stabiliser son état, elle n’aura pas à recourir à des moyens illégaux pour obtenir sa drogue. Les symptômes de sevrage sont généralement traités avec des drogues de remplacement. En pareil cas, la méthadone est utilisée parce qu’elle est semblable à l’héroïne, qu’elle est synthétique (fabriquée par l’homme) et que son utilisation est légale au Canada. Les drogues, comme l’héroïne, vendues sur la rue ont un taux d’impuretés élevé. Les risques de surdose sont élevés car les consommateurs ne savent pas dans quelle mesure la drogue a été coupée avec des substances comme le poison à rat, la poudre pour bébé, les laxatifs, etc. En outre, en utilisant la méthadone plutôt que l’héroïne, la femme enceinte minimise les risques d’avortement spontané lié au sevrage brutal de l’héroïne. Le médecin mesure le dosage, et elle passe prendre sa drogue à la pharmacie à tous les jours.

Le mode de vie à risque élevé de la clientèle comme les personnes qui abusent de l’alcool ou d’autres drogues comporte un risque pour les bébés de naître avec le syndrome d’alcoolisation fœtale ou victimes des effets de l’alcool sur le fœtus. Le centre Sheway dispose des ressources nécessaires pour faire diagnostiquer les bébés et, lorsque le diagnostic de SAF ou d’EAF est positif, on y offre également la possibilité de rencontrer un pédiatre, une infirmière clinicienne, un ergothérapeute, un orthothérapeute ou un physiothérapeute, qui viennent tous au centre pour travailler avec la mère et l’enfant.

Les clientes peuvent toujours bénéficier des éléments de base qui favorisent une saine grossesse : elles peuvent recevoir gratuitement un repas chaud et nutritif servi le midi du lundi au vendredi et ont accès à des paniers d’aliments contenant des marchandises sèches comme des pâtes et des boîtes de thon, de même que des fruits, des légumes et du pain frais. Les responsables du centre donnent également aux femmes des vitamines et des bons pour aliments, lait et jus avant la grossesse, et des bons pour lait et jus après la grossesse. Les mères peuvent à l’occasion recevoir des vêtements de maternité ou des vêtements pour bébé qui ont été donnés au centre. Après la naissance du bébé, le centre Sheway offre des services à la mère et à l’enfant jusqu’à ce que ce dernier atteigne l’âge de 18 mois. Il y a par exemple la clinique bébés en santé qui donne accès aux soins du médecin et aux services d’immunisation. On y donne également aux mères du lait maternisé, des aliments pour bébé et, lorsque disponibles, des couches.

Le centre Sheway est vraiment une oasis dans le quartier est du centre ville de Vancouver!