Réflexions
sur la santé avant
la grossesse
![]() Voici quelques extraits dune discussion sur la santé avant la grossesse dans la société autochtone qui a eu lieu entre Lylee Williams, interviewer, et Wanda Gabriel, femme mohawk de Kanehsatake (Québec). Wanda est la coordinatrice des services aux collectivités, région de lOntario, pour la Fondation pour la guérison des Autochtones. Elle est titulaire dune maîtrise en travail social de lUniversité McGill, Montréal.
Faire le lien entre hier et aujourdhui
Il faut une communauté entière pour encadrer un enfant « On dit quil faut une communauté entière pour encadrer un enfant, mais cest une affirmation dont nous ne tenons aucun compte de nos jours. Dans un cours que jai suivi sur le bien-être de lenfance, jai examiné la question au Canada, où les autorités voulaient obliger une femme enceinte à suivre un traitement. Il sagissait dune femme autochtone alcoolique et toxicomane. Jai demandé à plusieurs hommes et femmes de différentes nations autochtones quel était leur point de vue sur les droits du ftus, car au Canada la loi naccorde aucun droit au ftus. Je leur ai donc demandé ce quétaient ces droits et de quelle manière ils réagiraient à une situation semblable dans leur collectivité. Les Mohawks à qui je me suis adressée mont répondu que, dans leur langue, il nexiste aucun mot faisant la distinction entre la mère et lenfant. Il ny a quun seul mot signifiant la mère qui porte un enfant. Au cours de la grossesse, la mère et lenfant ne font quun. » Responsabilités à légard dune nouvelle vie « En ce qui concerne le cas de cette femme qui abusait de son corps alors quelle portait un enfant, beaucoup dhommes et de femmes étaient davis que si nous avions suivi les préceptes de nos ancêtres, cette femme nen serait jamais arrivée là. La collectivité et les membres de la famille auraient réagi aussitôt quils lauraient vu perdre la maîtrise de soi, séloigner de son rôle et de ses responsabilités de future mère. En ce qui a trait au code de conduite, la naissance dun nouvel enfant était considérée comme un événement sacré pour la famille, et chacun aidait le couple à prendre soin de lenfant et à lélever et ce, du début à la fin. Les hommes et les femmes recevaient un enseignement différent qui les préparait à la venue de lenfant. » Altruisme communautaire « Nous faisons beaucoup defforts pour retrouver les valeurs de nos ancêtres. Cela na rien de facile car nous dépendons encore beaucoup des programmes daide gouvernementaux. En dautres mots, nos points de vue et nos valeurs suivent le courant dominant. Nous avons versé dans lindividualisme. Vous savez, cest arrivé chez moi, dans ma cour, et ça ne regarde personne! Alors quautrefois, les gens prenaient naturellement soin les uns des autres. Je crois par contre que cette attitude daltruisme revient. Nous en voyons de plus en plus souvent des manifestations. Mon travail mamène à voyager beaucoup dans les communautés autochtones de lOntario. Cest ainsi quil marrive de voir un groupe denfants jouer à lextérieur. Lorsquils commencent à aller trop loin, un adulte qui passe par là sadresse à eux de manière à les ramener à lordre. À mon avis cest là la vraie signification de lexpression ¨ Il faut une communauté entière pour encadrer un enfant ¨. Et jespère que nous nen resterons pas à de belles paroles. » Enseignements relatifs à la santé « Il est très
important pour nous de reprendre conscience de notre rôle
en ce qui a trait à la santé avant la grossesse.
Nous devons entourer la future maman de soins pour quelle
puisse donner naissance à un enfant sain. Nous devrions
nous occuper de sa santé physique, émotionnelle,
mentale et spirituelle. Ce sont les quatre aspects de notre être
qui assurent notre équilibre et qui permettent de donner
naissance à des enfants sains. Autrefois, la future maman
bénéficiait denseignements, de cérémonies
et daliments particuliers destinés à assurer
la santé de lenfant en gestation. Elle devait manger
certains aliments et en éviter dautres susceptibles
de lui causer du tort et de causer aussi du tort à lenfant
en gestation. Elle bénéficiait également
du soutien des autres femmes, qui lui parlaient et la guidaient.
Les hommes et les femmes de la collectivité recevaient
des enseignements qui les aidaient à se préparer
au moment où cet être sacré quest lenfant
viendrait au monde. » Enseigner aux jeunes daujourdhui « Dans la société
moderne, je crois quil est vraiment important de donner
à nos enfants le plus dinformation et denseignements
possible afin de les préparer à faire des choix
éclairés. Si les parents ne peuvent le faire, nous
devons mettre en place un mécanisme formel qui permettra
de transmettre cette information aux jeunes. Si ce doit être
lécole, alors ce sera lécole. Nous
avons de nombreux tabous et, en y réfléchissant,
nous pourrions croire que cela est contraire à notre manière
de vivre. Les médias, la télévision, la
musique et la radio véhiculent tellement dimages
sexuellement explicites et qui tendent à faire de la femme
un objet. Malgré cela, la société panique
à lidée denseigner des comportements
sexuels sains à nos jeunes dans les écoles! Ça
na aucun sens. Enseigner aux jeunes à prendre soin
de leur corps est un geste de prévention, cest empêcher
les dérapages qui mènent aux diverses formes dabus. » « Si lon réfléchit au SAF et aux EAF, on se rend compte quils commencent à lâge zéro, quils persistent jusquà lâge adulte et quils affectent tous les systèmes, sans exception. Je me souviens encore dune réflexion qui allait à peu près comme ceci : << Si nous ne commençons pas vraiment à nous attaquer aux problèmes de labus dalcool dans nos collectivités et aux effets du SAF et des EAF, la question que nous nous poserons dans lavenir ne sera plus>> <<Qui sera notre leader?>>, mais plutôt <<Qui PEUT être notre leader?>> Et ce, parce que plus personne nen aura la capacité intellectuelle ni dailleurs une santé émotionnelle suffisante. Cest plutôt effrayant lorsquon y pense. » |