Le diagnostic

 

Lorsqu’un médecin examine une personne en vue de diagnostiquer les SAF/EAF, tous les résultats de tests sont recueillis et analysés afin de poser un diagnostic précis. Pour les besoins du présent article, supposons que le patient soit un enfant. Le diagnostic, lorsque positif, devrait idéalement s’accompagner des éléments d’information suivants :
les déficiences particulières de l’enfant;
les troubles d’apprentissage et comportementaux de l’enfant;
des recommandations appropriées visant à aider à répondre aux besoins spéciaux de l’enfant.

Avantages d’un diagnostic précis
Le syndrome d’alcoolisation fœtale est un diagnostic médical généralement posé par un médecin spécialement formé à l’évaluation des anomalies congénitales
1 . Les avantages que présente un diagnostic précis formulé par un médecin ou par une équipe de professionnels qualifiés ont été relevés par le State of Alaska Department of Health and Social Services :

améliorer les chances de l’enfant de bénéficier d’interventions appropriées;
faciliter la communication entre les cliniciens, les soignants et les éducateurs;
permettre à l’enfant d’acquérir une meilleure conscience de soi et aux membres de la famille de mieux le comprendre.

Il faut donc souligner qu’un diagnostic précis est un aspect important de la gestion des SAF/EAF. Lorsque les SAF/EAF sont diagnostiqués chez un enfant, il est possible de relever des déficiences spécifiques et de prévoir différentes interventions2 . Un diagnostic de SAF/EAF implique des examens et des évaluations effectués par des médecins et par d’autres professionnels spécialisés dans pareil domaine.


À la question « Comment diagnostiquer les SAF/EAF? », la Minnesota Organization for Fetal Alcohol Syndrome (MOFAS) a répondu ce qui suit :
« Les SAF/EAF sont diagnostiqués après avoir effectué un examen médical ainsi qu’une évaluation psychologique, une évaluation de la parole et du langage et une évaluation en ergothérapie
3 . »

Le rôle des différents professionnels

La MOFAS poursuit en expliquant le rôle des différents examens :

L’examen médical comprend :
l’évaluation des antécédents prénataux, des antécédents liés à la naissance et des antécédents médicaux;
un examen physique général;
l’évaluation des cycles de croissance antérieurs et actuels;
la mesure des caractéristiques faciales.

L’évaluation psychologique comprend :
des tests de développement visant à déterminer les habiletés et les déficiences.

L’évaluation en ergothérapie vise à mesurer :
les fonctions motrices et les capacités d’adaptation.

L’évaluation de la parole et du langage vise mesurer :
les aptitudes à comprendre et à communiquer.

Préparation en vue d’un diagnostic

Voici les conseils que la MOFAS donne aux parents désireux d’aider du mieux possible les intervenants ou les professionnels de la santé à poser un diagnostic :

réfléchir aux antécédents médicaux de leur enfant;
écrire tous les renseignements disponibles;
tenter de recueillir des photos de leur enfant entre l’âge de deux et dix ans.

Lorsque le diagnostic est posé, on relève les déficiences spécifiques et on fait des recommandations en vue d’un traitement et d’interventions.

Quels sont les critères déterminants d’un diagnostic de SAF?

Certains critères sont essentiels à un diagnostic de SAF; on distingue deux catégories : (1) le SAF avec exposition confirmée de la mère à l’alcool et (2) le SAF sans exposition confirmée de la mère à l’alcool. Le second critère s’applique lorsqu’il est impossible de confirmer si la mère a consommé ou non de l’alcool pendant la grossesse comme c’est le cas pour les enfants adoptés ou en famille d’accueil. Les critères primaires du diagnostic sont les suivants :

(1) SAF avec exposition confirmée de la mère à l’alcool :

A. exposition confirmée de la mère à l’alcool;
B. anomalies faciales (petites fentes oculaires, nez court, partie moyenne du visage plate, lèvre supérieure mince, petit menton, etc.);
C. retard de croissance prénatal ou postnatal (l’enfant présentant au moins une des caractéristiques suivantes : insuffisance de poids à la naissance en regard de l’âge fœtal; mauvais développement non lié à la nutrition ou insuffisance de poids par rapport à la taille);
D. développement neurologique anormal (l’enfant présente au moins l’une des anomalies suivantes : cerveau de petite taille, déficiences de la motricité fine, maladresse et sujet aux accidents; mauvaise coordination œil-main ou défaut de mémoire);

(2) SAF sans exposition confirmée de la mère à l’alcool :


A. points B, C et D ci-dessus.

 

Diagnostic des effets de l’alcool sur le fœtus

L’expression « Effets de l’alcool sur le fœtus (EAF) » sert à décrire les anomalies observées chez les personnes pour qui l’ensemble des critères associés au SAF ne s’appliquent pas. D’une part, le diagnostic de SAF est justifié lorsque l’enfant répond à tous les critères énumérés ci-dessus : lente croissance, anomalies faciales caractéristiques et atteintes du système nerveux central liées à la consommation d’alcool par la mère pendant la grossesse4 .


D’autre part, lorsqu’un enfant présente un ou deux de ces signes et que la mère a consommé de l’alcool pendant la grossesse, on dit que l’enfant souffre des EAF ou de malformations congénitales liées à l’alcool
5 .
La D
re Nora Setton, pédiatre et néonatologiste, explique comme suit les EAF :

« En réalité, les EAF, ou effets de l’alcool sur le fœtus, est une expression utilisée pour décrire les anomalies observées chez des patients qui ne répondent pas à tous les critères du SAF. »

Voici la description que la Dre Setton donne des caractéristiques du SAF partiel :

A. consommation d’alcool par la mère confirmée;
B. présence de quelques anomalies faciales caractéristiques du SAF;
C. retard de croissance ou troubles neurologiques.

Il est possible d’entendre des professionnels et des non-professionnels utiliser soit l’expression effets de l’alcool sur le fœtus ou l’expression SAF partiel. Il faut se rappeler qu’il s’agit de synonymes.

 

Le diagnostic —le plus tôt sera le mieux

Il arrive qu’on diagnostique le SAF à la naissance, mais dans la plupart des cas il est nécessaire de procéder à une réévaluation au cours de la jeune enfance afin de confirmer le diagnostic. Par ailleurs, lorsque les enfants grandissent, c’est généralement leur comportement qui amène les soignants à exiger un diagnostic.


Il est préférable pour un individu d’être diagnostiqué le plus tôt possible au cours de sa vie. Selon Ann P. Streissguth, chercheuse et experte de premier plan en matière de SAF/EAF, le fait de diagnostiquer la maladie avant l’âge de six ans est jugé bénéfique pour atténuer les déficiences secondaires. Ses recherches montrent qu’en fait les problèmes associés au SAF s’aggravent lorsque les enfants passent à l’âge adulte. Il est donc important d’appliquer immédiatement les stratégies d’intervention afin d’augmenter les chances de résultats positifs.


Outre le fait d’aiguiller rapidement le jeune enfant vers des services adéquats, une autre bonne raison de rechercher un diagnostic précoce est d’éviter d’autres grossesses problématiques.


Outil d’évaluation pour dépistage préliminaire

Il s’agit d’un outil d’évaluation créé à l’intention des parents et des professionnels non médicaux avec qui la mère et l’enfant sont en contact et qui ont une certaine connaissance du SAF et des effets qui lui sont associés, ainsi qu’une connaissance des services de diagnostic disponibles. On peut compter au nombre de ces professionnels des techniciens de services à l’enfance, des travailleurs sociaux, des intervenants en toxicomanie, des orthophonistes, des enseignants et des travailleurs correctionnels. Ils jouent un rôle important dans le dépistage des cas, dans l’aiguillage des enfants vers les services de diagnostic et dans la validation du diagnostic (Hess et Kenner, 1998; Niccols, 1994; Conry et al., 1997; Jenkins et Culbertson, 1996).


Cet outil d’évaluation ne doit pas servir à poser un diagnostic, mais peut alerter le parent ou le professionnel non médical qui procède à l’évaluation de l’enfant de la possibilité qu’il soit atteint des SAF/EAF. Il peut également mettre en évidence la nécessité de procéder à une évaluation approfondie. Cet outil prend en compte les antécédents médicaux relatifs à la petite enfance, les signes physiques, le comportement, la capacité d’attention, les aptitudes physiques, les aptitudes à la communication et à la socialisation, la mémoire et la cognition (le processus mental inhérent à la connaissance, à la pensée, à l’apprentissage et au jugement6 ). Il comporte 260 questions, et un résultat supérieur à 50 % indique le besoin de diriger l’enfant vers un médecin capable d’effectuer une évaluation approfondie. L’outil en question est disponible en cinq versions, la version utilisée dépendant de l’âge de la personne concernée. Vous trouverez toute l’information nécessaire pour vous procurer cet outil à la section Ressources au dos du présent magazine.

 

Rechercher un diagnostic

Dans les cas suivants, un parent ou un soignant peut être amené à exiger un diagnostic aux fins de dépistage des SAF/EAF :

1. Le résultat du dépistage préliminaire indique le besoin de procéder à un examen approfondi.

2. L’enfant présente des caractéristiques similaires à celles décrites dans l’article Qu’est-ce que le syndrome d’alcoolisation fœtale? présenté au début du présent magazine.

Au Canada, le diagnostic est généralement effectué par des spécialistes médicaux, des pédiatres, des généticiens ou des professionnels spécialisés dans les désordres d’origine génétique. Au Canada, trouver un centre de diagnostic ou un professionnel qui soit en mesure de poser un diagnostic professionnel de SAF/EAF n’est pas aisé. Le document de Santé Canada publié en décembre 2000 et intitulé Analyse de la situation – Syndrome d’alcoolisme fœtal/effets de l’alcool sur le fœtus et les effets des autres drogues pendant la grossesse donne un aperçu de l’état des services au Canada :

L’Ouest canadien a une plus grande capacité en terme de diagnostic.
Dans certaines villes, les personnes qui cherchent à obtenir un diagnostic se rendent dans les cliniques de génétique.
Le manque de services de diagnostic se fait surtout sentir dans les collectivités du nord du Canada.
Il est difficile de trouver des médecins qui diagnostiquent les adolescents et les adultes.
Lorsque disponibles, les services de diagnostic pour adolescents et adultes sont offerts en clinique privée, et les familles en assument les coûts.

 

 

Où aller pour obtenir un diagnostic

Il n’est donc pas facile de trouver les ressources en matière de diagnostic des SAF/EAF. Le Canada compte quelques centres spécialisés offrant la gamme complète des services de diagnostic. Mais pareils services ne sont généralement pas offerts aux enfants de plus de 18 ans (de plus de 16 ans dans certains cas) et aux adultes7 . Il n’existe aucune liste nationale des ressources en matière de diagnostic des SAF/EAF. Nous nous efforçons toutefois, dans l’article qui suit, de combler pareille lacune en présentant la liste des centres offrant un service de diagnostic accompagnée, lorsque disponible, de la description des services offerts. Bon nombre des noms de centres qui figurent dans cette liste proviennent de listes trouvées sur des sites Web ou recueillies à l’occasion de conférences sur le SAF auxquelles étaient invités des médecins qui y travaillent.

 

Bibliographie

8 Fetal Alcohol Syndrome. Site Web du State of Alaska Department of Health and Social Service : http://health.hss.state.ak/us/fas/diagnos/html. (25 septembre 2001).
2 Diagnosis of FAS/FAE.http://www.mofas.org/facts/diagnosis.htm. (19 septembre 2001).
3 Ibid.
4 KLEINFELD, J., et S. WESCOTT. “Fantastic Antone Succeeds: Experiences in Educating Children with Fetal Alcohol Syndrome”, Alaska : University of Alaska Press, 1993.
5 ROSETT, H.L. “A clinical perspective of the Fetal Alcohol Syndrome,” Alcoholism Clin Exp Res 4, 1980, 119-122; SOKOL, R.J. et S.K. CLARREN. “Guidelines for use of terminology describing the impact of prenatal alcohol on the offspring,” Alcoholism Clin Exp Res 13, 1989, 597-598.
6 On-Line Medical Dictionary: http://www.graylab.ac.uk/omd/index.html. (19 Septembre 2001).
7 LEGGE, Carol, Gary ROBERTS et Mollie BUTLER. Analyse de la situation – Syndrome d’alcoolisme fœtal/effets de l’alcool sur le fœtus et les effets des autres drogues pendant la grossesse, Ottawa, Ont., Santé Canada, décembre 2000.