Le syndrome d’alcoolisation fœtale

 

Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) est le nom donné à un groupe de malformations physiques et de défectuosités mentales causées par l’exposition intra-utérine du fœtus à l’alcool. Pareille affection découle de la consommation d’alcool pendant la grossesse — l’alcool ingéré par la femme enceinte traverse le placenta* et est absorbé par l’enfant en gestation. L’alcool peut faire du tort à l’embryon** et au fœtus et ce, même si la mère ne ressent aucun effet 1 .

*Le placenta est un organe de la forme d’un disque qui se forme au début de la grossesse. Il est fixé à la paroi de l’utérus et est relié au fœtus par le cordon ombilical, par lequel les nutriments sont acheminés à l’enfant. Cependant, les toxines et les autres substances comme l’alcool peuvent traverser la membrane du placenta et être ingérées par le bébé en gestation.

**L’embryon est l’organisme qui se développe dès la conception jusqu’à la fin du deuxième mois de la grossesse.

Le Guidelines of Care for Children with Special Health Care Needs du Minnesota Department of Health (au site Web http://www.mofas.org/guidelines/whatFAS.htm) décrit le SAF comme une maladie qui affecte l’enfant comme suit :

anomalies physiques, mentales et comportementales;
traits du visage différents chez la plupart des enfants atteints du SAF;
problèmes de croissance dans la plupart des cas;
dommages permanents au cerveau fréquents.

Le SAF affecte différemment chaque enfant. C’est ce qui ressort de la description des caractéristiques de la maladie du Minnesota Department of Health Guidelines :

« Les enfants atteints du SAF diffèrent les uns des autres. Les effets de la consommation d’alcool pendant la grossesse sont variables. Certains enfants en sont plus sévèrement affectés que d’autres. Certains présentent davantage de problèmes comportementaux et de difficultés sur le plan du raisonnement que d’anomalies physiques. Certains ont un QI normal tandis que d’autres, non. Bon nombre d’entre eux ont des troubles d’apprentissage. Chaque enfant a des besoins, des problèmes et un potentiel propres 2 . »

Les effets de l’alcool sur le fœtus
Certains enfants affectés par l’alcool dans l’utérus sont diagnostiqués comme souffrant des effets de l’alcool sur le fœtus (EAF) car ils ne présentent pas toutes les caractéristiques du SAF. Ils peuvent notamment présenter les caractéristiques suivantes :

croissance normale et apparence plutôt normale;
quotient intellectuel plus souvent normal que chez les enfants atteints du SAF;
troubles légers à graves de raisonnement, d’apprentissage et comportementaux semblables à ceux observés chez les enfants atteints du SAF.

Bien que l’on sache depuis des siècles que l’exposition du fœtus à l’alcool peut affecter son développement physique et mental, le terme SAF a été utilisé officiellement pour la première fois en 1973 par un groupe de médecins de Seattle, Washington. Ces médecins avaient observé des malformations spécifiques chez les nouveau-nés dont la mère avait consommé de l’alcool pendant la grossesse. La différence majeure entre le SAF et d’autres syndromes, comme le syndrome de Down, est que le SAF est évitable à 100 % – le fœtus qui n’est pas exposé à l’alcool dans l’utérus ne court aucun risque de contracter la maladie.


Le SAF est la cause la plus fréquente de mauvais développement cérébral (qui se rapporte au cerveau) dans les nations industrialisées. Les recherches semblent indiquer que des facteurs psychosociaux comme le stress, l’anxiété, les interactions sociales et l’attitude de la mère à l’égard de la maternité pourraient aussi influer sur les résultats de la grossesse
3 .

Selon Santé Canada, le taux estimatif de cas de SAF dans les pays industrialisés est de trois naissances vivantes sur 1 000. Par ailleurs, les études menées dans les collectivités autochtones sont limitées et indiquent une prévalence alarmante de la maladie 4 . Une étude publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne mentionne une collectivité autochtone où un enfant sur dix naît avec le SAF5 ! Il faut toutefois se garder de croire que ce taux soit révélateur de l’incidence du SAF dans toutes les collectivités autochtones du Canada. Il semble plutôt que chaque collectivité soit unique avec, ici et là, des endroits marqués par une prévalence élevée.


 

Caractéristiques
La Dre Nora Setton, spécialiste en pédiatrie et en médecine néonatale (soins des nouveau-nés), décrit les signes et les symptômes liés à l’exposition du fœtus à l’alcool :
« Chez les nouveau-nés et les enfants, nous observons des anomalies qui affectent la croissance prénatale et la croissance postnatale (dans et hors de l’utérus), notamment le développement de traits du visage caractéristiques, ainsi que le développement neurologique à long terme (c.-à-d. du système formé par les tissus nerveux du corps et qui inclut le cerveau, le tronc cérébral, la moelle épinière et les nerfs). »


La Dre Setton poursuit en expliquant que les bébés affectés sont nés avec un retard de croissance dans l’utérus, pesant souvent moins de 2,5 kg (environ 5 lb.), et que ce retard de croissance se prolonge jusque dans l’enfance et la vie adulte. On trouve ci-dessous la description des caractéristiques générales des SAF/EAF. Le lecteur doit garder présent à l’esprit que ces caractéristiques se rencontrent à divers degrés chez les individus affectés. Il semblerait que la quantité d’alcool consommée, les habitudes de consommation (c.-à-d. consommation de modérée à importante ou consommation occasionnelle excessive) et le moment de la croissance fœtale où l’alcool est consommé sont autant de facteurs qui déterminent le degré auquel une personne sera affectée.

Caractéristiques générales
Anomalies faciales légères mais clairement associées à la consommation d’alcool. Il s’agit notamment de petites fentes oculaires, de paupières tombantes, de cils peu développés, d’un nez court et retroussé, de l’absence de la face antérieure des lèvres (pigmentation rouge) de même que d’une lèvre supérieure très mince. Les anomalies physiques peuvent en outre inclure des malformations du cœur, des oreilles ou des yeux.

Anomalies neurologiques associées au système nerveux.
Elles peuvent inclure une tête anormalement petite chez les nouveau-nés, des malformations cérébrales mineures (c.-à-d. de la partie du cerveau responsable de la pensée et des fonctions supérieures) et d’un manque de tonus musculaire. Les enfants atteints éprouvent des difficultés de coordination et de concentration et peuvent souffrir d’hyperactivité. Le SAF est l’une des causes les plus fréquentes de débilité mentale (après le syndrome de Down).

Troubles cognitifs. Il s’agit de perturbations du processus mental associé à la pensée, au raisonnement et au jugement qui affectent de nombreuses activités intellectuelles. Citons notamment la difficulté à distinguer la cause de l’effet, les difficultés de compréhension et l’absence des concepts de temps et d’espace.

 

Caractéristiques par groupes d’âge
Les enfants atteints des SAF/EAF présentent des caractéristiques très diverses. Soulignons toutefois qu’une intervention précoce axée sur le soutien permet d’atténuer les troubles de croissance associés à ces deux affections.


On trouve ci-dessous différentes listes, par groupes d’âge, des caractéristiques du SAF et d’autres effets liés à l’alcool. Elles proviennent du site Web du Ministry of Children and Family Development du gouvernement de la Colombie-Britannique (http://www.mcf.gov.bc.ca/child_protection/fas/fas2c.htm). Il est à noter qu’il ne s’agit pas de listes exhaustives et qu’il existe de nombreux endroits où les parents peuvent trouver davantage d’information à ce sujet, notamment le FAS Support Network of B.C., qui a préparé des brochures (intitulées FASNET Assessment Tools) renfermant des listes détaillées de l’éventail des problèmes qui peuvent affecter les personnes atteintes de SAF.

Jeunes enfants
Taille réduite et développement lent;
Troubles du sommeil;
Difficultés à s’alimenter;
Facilement surexcitables, sensibles au bruit et à la lumière;
Anomalies congénitales comme les problèmes cardiaques, les problèmes de reins, les tumeurs et les anomalies osseuses;
Vulnérabilité aux infections.

Enfants d’âge préscolaire
Taille réduite;
Retard dans le développement de la parole, mauvaise articulation et lente acquisition du vocabulaire et de la structure des phrases;
Manque de jugement – difficulté à reconnaître le danger;
Difficulté à suivre les directions;
Comportements destructeurs et accès de colère;
Inattention et hyperactivité;
Gentillesse excessive – absence de crainte des étrangers;
Manque de coordination, mauvaises habiletés motrices et maladresse;
Difficulté à maîtriser les impulsions et réaction émotionnelle excessive;
Besoin excessif de toucher (les personnes et les choses).

 

Enfants d’âge primaire
Taille réduite;
Affaiblissement intellectuel et troubles d’apprentissage (de nombreux enfants ont une intelligence normale);
Retard dans l’acquisition du langage et de la parole;
Difficultés scolaires – tout particulièrement dans les domaines de la lecture, des mathématiques, de l’épellation, de la résolution de problèmes et de la compréhension;
Troubles de la mémoire – tant pour enregistrer que pour accéder à l’information;
Difficulté à distinguer la cause de l’effet;
Difficulté à prévoir et à comprendre les conséquences des actes;
Difficulté à distinguer les faits de l’imaginaire;
Accès de colère, tendance à mentir, à voler et à défier l’autorité;
Manque de coordination motrice;
Déficience de l’attention et hyperactivité;
Difficulté d’adaptation et troubles de comportement social – gentillesse excessive, besoin de contact physique, facilement influençables, immaturité, difficulté à modifier les habitudes de vie, difficulté à faire des choix et à acquérir des connaissances pratiques; ces enfants donnent l’impression d’être capables d’agir mais ne possèdent pas les habiletés nécessaires.

Adolescents et jeunes adultes
Certains enfants rattrapent leur retard de croissance;
Affaiblissement intellectuel et faible performance scolaire;
Difficultés accrues à maîtriser les impulsions;
Manque d’aptitudes à généraliser (p. ex., à appliquer les leçons tirées d’une situation donnée à une autre situation);
Manque d’aptitudes à prévoir les conséquences et à y réagir;
Manque de sens de l’organisation et d’aptitudes à l’analyse logique;
Manque de motivation, passivité (manque d’affirmation de soi);
Tendance à mentir, à tricher et à voler;
Difficulté à établir et à reconnaître les frontières (ce qui peut conduire à des comportements sexuels inadéquats, p. ex.);
Facilement induits en erreur;
Difficulté à comprendre les sentiments et les besoins des autres et à y répondre;
Manque d’estime de soi et dépression;
Risques de suicide, d’abus de drogues et d’alcool, de violence physique ou sexuelle, de problèmes avec la justice ou de devenir parent sans l’avoir planifié;
Difficulté à vivre de manière autonome, à trouver et à conserver un emploi.

 

Déficiences secondaires
Les déficiences secondaires sont celles qui apparaissent après la naissance chez les personnes atteintes du SAF ou des EAF et qui pourraient probablement être atténuées par une meilleure compréhension et une aide pratique
6 .


Le site Web du SAF de l’état de l’Alaska nous apprend que « ces déficiences surviennent lorsque l’on ne répond pas aux besoins des enfants atteints de déficiences liées à l’alcool
7 . »


En 1996, la Dre Anne Streissguth, chercheuse et experte réputée en matière de SAF/EAF, a étudié ces déficiences secondaires chez 415 patients âgés de 6 à 51 ans. Voici, selon la Dre Streissguth, quelles ont été les conséquences des SAF/EAF sur la vie de ces patients :

problèmes de santé mentale;
expérience scolaire perturbatrice (p. ex., renvoi temporaire, expulsion ou abandon scolaire chez les enfants de 12 ans et plus);
problèmes avec la justice (chez les enfants de 12 ans et plus);
internement (hospitalisation ou emprisonnement chez les enfants de 12 ans et plus);
comportement sexuel inadéquat (chez les enfants de 12 ans et plus);
problèmes de consommation d’alcool ou de drogues (chez les enfants de 12 ans et plus);

incapacité de vivre de façon autonome (chez les enfants de 12 ans et plus);
difficultés à conserver un emploi (chez les enfants de 12 ans et plus).

Facteurs de protection universels
Peut-on faire quelque chose pour atténuer ces problèmes? Selon les rapports d’étude de la Dre Streissguth, cela est possible à condition de s’en occuper tôt et de manière cohérente. En fait, l’étude mentionne huit mesures utiles désignées comme « facteurs de protection universels » :

avoir une vie stable dans un foyer protecteur pendant plus de 72 % de sa vie;
être diagnostiqué avant l’âge de six ans;
n’avoir jamais subi de violence;
passer en moyenne 2,8 années ou plus dans chacun des endroits où l’on vit;
avoir un milieu de vie de qualité entre l’âge de six et 12 ans;
être reconnu admissible à des prestations ou à des services gouvernementaux pour invalidité;
obtenir un diagnostic de SAF plutôt que d’EAF;
obtenir la satisfaction de ses besoins essentiels pendant au moins 13 % de la durée de sa vie.



Bibliographie

8 What is FAS/FAE? Guidelines, Minnesota Department of Health, 1999 : http://www.mofas. org/guidelines/whatFAS.htm (25 septembre 2001).

2 What is FAS/FAE? Guidelines of Care for Children with Special Health Care Needs: http://www.mofas.org/guidelines/whatFAS.htm (24 septembre 2001).

3 Conference Proceedings: Interdisciplinary Approach to the Management of FAS and FAE, Red Deer, Alb., 1er et 2 novembre 1994; http://www.ccsa.ca/fasresrc.htm#F1 (13 septembre 2001).

4 L’essentielle communauté : un guide de ressources pour la prévention du syndrome d’alcoolisme fœtal et des effets de l’alcool sur le fœtus, Santé Canada, 1997.

5 JAMC, Fetal Alcohol Syndrome Epidemic on Manitoba Reserve, 1er juillet 1997, http://www.cma.ca/cmaj/vol-157/issue-1/0059.htm (13 septembre 2001).

6 STREISSGUTH, Ann, Belen BARR, Julia KOGAN et Fred BOOKSTEIN. Understanding the Occurrence of Secondary Disabilities in Clients with FAS and FAE, University of Washington School of Medicine, Dept. of Psychiatry and Behavioral Sciences.

7 State of Alaska: Dept of Health & Social Services FAS Website. http://health.hss.state.ak/us/fas/disabil.html. (22 septembre 2001).