Un pas de plus : programme de jour
à l’intention des jeunes adultes ayant des besoins particuliers

 
Le programme Un pas de plus est offert dans une
vaste demeure confortable.

Par Lylee Williams
(Article basé sur une entrevue avec Sirjirick Philipp Gibson, directeur du programme Un pas de plus)

S’il est normal de devoir relever des défis aux différents stades de la vie, bon nombre de personnes atteintes des SAF/EAF doivent le faire tout en luttant contre des handicaps physiques, mentaux ou sociaux. Dans leur jeunesse, ces personnes tentent encore de surmonter leur affaiblissement intellectuel, leur difficulté à maîtriser leurs impulsions, leur manque d’aptitudes à généraliser et à prévoir et à réagir aux conséquences. Elles semblent passives et manquer de motivation. Certaines d’entre elles ont tendance à mentir, à tricher et à voler et éprouvent de la difficulté à fixer leurs limites et à reconnaître celles des autres; elles peuvent se retrouver dans des situations difficiles car elles ne comprennent pas ce qu’est un comportement sexuel adéquat. En outre, les personnes naïves, comme celles atteintes des SAF/EAF, sont facilement exploitables par les criminels rusés qui les utilisent pour faire leur travail risqué de première ligne avec pour résultat qu’elles sont celles qui courent le plus de risques de se faire prendre.

Si ces personnes ne reçoivent pas d’aide à ce stade de leur vie, elles risquent d’interrompre leurs études, voire de les abandonner. Elles risquent de se retrouver sans emploi et sans logement, ou même d’avoir des enfants non désirés dont elles ne pourront prendre soin sans aide. D’autres ont des problèmes avec la justice ou souffrent de troubles mentaux comme l’anxiété, le manque d’estime de soi, la dépression ou les crises de panique. Elles sont vulnérables aux problèmes d’abus d’alcool ou de drogues et, malheureusement, sont finalement à risque de mort prématurée.


Il peut sembler décourageant de mettre en perspective des problèmes aussi graves et d’y chercher une solution, mais la collectivité de Kahnawake (Québec) a relevé le défi en lançant un nouveau programme visant à répondre aux besoins des jeunes adultes souffrant de troubles développementaux, y compris ceux atteints des SAF/EAF. Ce programme s’intitule Un pas de plus car il amène les participants un pas de plus vers l’indépendance et l’intégration positive à la collectivité. Le programme a essentiellement été créé pour réaliser la vision du groupe de revendication local, vision selon laquelle tous les membres de la collectivité
« vivent dans la dignité, partagent tous les aspects de la vie communautaire et ont l’occasion d’y participer de manière significative. Nous croyons que les personnes aux besoins particuliers et les membres de leur famille doivent être appuyés de manière à ce qu’ils puissent avoir les mêmes rêves et jouir des mêmes droits et privilèges que les autres membres de la collectivité. Nous croyons également que leur contribution à la collectivité doit être reconnue et appréciée ».


M. Harold coupe des légumes en compagnie d’un participant au programme.

Cette vision devient maintenant une réalité et ce, grâce au programme Un pas de plus, offert dans une grande demeure confortable située au centre de la collectivité. Un membre du personnel agit comme soutien et comme modèle de comportement auprès de deux clients. Chaque jour, les clients suivent une routine bien structurée que l’on appelle de façon à juste titre une « journée typique ». Cela commence par une réunion générale au cours de laquelle chaque participant est invité à dire de quelle manière il entend participer aux activités de la journée. M. Harold, l’animateur du programme de dîner, peut annoncer par exemple qu’il y aura des spaghettis au menu ce jour-là et qu’il a donc besoin de clients bénévoles habiles de leurs mains pour couper les légumes. Ce n’est qu’un exemple illustrant de quelle manière les participants acquièrent le sentiment de maîtrise de leur vie en décidant des activités auxquelles ils veulent participer.

Le contenu du programme porte le titre approprié d’Activités d’intégration à la collectivité car il aide les participants à s’intégrer de manière positive à la collectivité. Pour aider les clients à utiliser efficacement les ressources communautaires, on leur apprend par exemple à manipuler l’argent : ils doivent en porter sur eux, faire des achats et ouvrir un compte de banque. Ils sont constamment exposés à des services et à des ressources communautaires; on leur apprend à utiliser le téléphone et à reconnaître les étrangers. L’acquisition de l’autonomie sociale se fait en participant à des activités qui exigent des choix. Il peut s’agir pour eux d’être exposés à diverses possibilités dans la collectivité, de devoir dégager des options, de franchir les étapes nécessaires à l’atteinte des objectifs fixés ou d’assumer la responsabilité de leurs actions. En ce qui a trait aux aptitudes sociales, les clients planifient des activités quotidiennes dans un contexte de groupe rendu possible par l’acquisition d’aptitudes efficaces à la communication. Ces aptitudes leur permettent par la suite d’établir des relations significatives avec des amis, des membres de la famille ou de la collectivité. On les encourage à exprimer leurs besoins, leurs désirs et leurs sentiments, à résoudre les problèmes, à négocier et à résoudre les conflits. On leur enseigne des stratégies d’adaptation leur permettant de faire face aux difficultés quotidiennes.

La liste d’objectifs à atteindre est imposante, mais le succès du programme est assuré grâce à la collaboration respectueuse entre le personnel, les clients et les parents de même qu’au dévouement des éducateurs en autonomie fonctionnelle et du personnel de soutien, qui offrent des activités axées sur les forces, les intérêts et les besoins de la clientèle.