LE DIABÈTE -LA MALADIE ET SES
CONSÉQUENCES POUR LES
COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES

 

Le diabète est la troisième principale cause de décès par
maladie au Canada. Chez les Autochtones, la maladie atteint
un taux alarmant – jusqu’à cinq fois supérieur à celui observé
dans la population générale pour la forme la plus courante,
soit le diabète type II. Pareille situation s’expliquerait non
seulement par la génétique, mais aussi par le passage, en
un siècle, d’une existence rigoureuse sur le plan physique à
un mode de vie occidental sédentaire caractérisé par un régime
alimentaire riche en gras, en sucre et en aliments transformés.
L’urbanisation et la disparition correspondante du mode de vie
traditionnel sont en grande partie responsables de la prévalence
accrue du diabète chez les peuples autochtones (1).

 

QU’EST-CE QUE LE DIABÈTE?


Notre organisme a besoin d’un bon apport énergétique pour bien
fonctionner, et cette énergie provient des aliments que nous
consommons. L’organisme transforme les aliments en sucre,
qui fournit l’énergie dont nous avons besoin. L’insuline sécrétée
par le pancréas favorise l’absorption efficace du sucre par les
cellules de l’organisme et donc, la production d’énergie (2).
Le diabète survient lorsque l’organisme ne peut produire
d’insuline, ce qui fait que les cellules ne peuvent absorber le
sucre dont elles ont besoin pour produire de l’énergie, OU
lorsque l’organisme ne peut produire suffisamment d’insuline.
La cause du diabète est pratiquement inconnue, et il s’agit
d’une maladie caractérisée davantage par des facteurs de
risque. Le diabète est l’une des principales causes de mort
prématurée, de cécité, de maladie rénale, de maladie cardiaque,
d’accident vasculaire cérébral, d’amputation et d’autres
problèmes de santé graves. Il s’agit d’une maladie chronique
incurable; cependant, on peut la prévenir, et les personnes
atteintes peuvent continuer à mener une vie saine et active. Le
diabète est diagnostiqué au moyen d’une analyse sanguine
courante.

Les trois types de diabète :

 

Le diabète type I survient lorsque le pancréas cesse de sécréter
de l’insuline ou qu’il n’en sécrète qu’une très petite quantité.
L’organisme a besoin d’insuline pour absorber le sucre et
produire de l’énergie. Le diabète type I est plus fréquemment
diagnostiqué chez les enfants et compte pour environ 10 p. 100
cent des cas de diabète.Voici les facteurs de risque qui lui sont
associés :
la race ou l’origine ethnique (la prévalence du diabète
type I est supérieure chez les
personnes d’ascendance caucasienne);
le fait que le père ou la mère soit atteint de la maladie.


Symptômes :
On observe habituellement l’apparition rapide de
symptômes très graves nécessitant des soins urgents, dont :
• besoin fréquent d’uriner;
• soif inhabituelle;
• très grande sensation de faim;
• perte de poids inhabituelle;
• fatigue extrême;
• irritabilité;
• nausée;
• vomissements;
• haleine sucrée.


Les symptômes du diabète type I sont parfois apparents
chez les personnes souffrant de diabète type II. On peut
aussi observer les symptômes suivants:


infections fréquentes;
coupures et ecchymoses qui guérissent lentement;
sensation de picotement ou d’engourdissement dans les
mains ou dans les pieds;
infections récidivantes de la peau, des gencives ou de
la vessie (3).

Le diabète type II apparaît lorsque le pancréas ne sécrète
pas suffisamment d’insuline ou lorsque l’organisme n’utilise
pas efficacement l’insuline sécrétée. Ce type de diabète
compte pour environ 90 p. 100 des cas de diabète. Au
Canada, quelque 1,5 million de gens en souffrent, et on
évalue à 750 000 le nombre de personnes atteintes chez
qui la maladie n’a pas encore été diagnostiquée. Le diabète
type II se manifeste généralement durant la vie adulte mais, de
nos jours, on le diagnostique de plus en plus souvent chez les
enfants, et surtout chez les enfants des Premières nations.
Voici les facteurs de risque qui lui sont associés :


l’âge (il se manifeste généralement chez les personnes de
plus de 45 ans);
l’obésité – les personnes ayant un IMC* supérieur à 30
(le nombre de personnes atteintes de diabète chez les
personnes ayant des problèmes de poids est le double de celui
observé chez les personnes n’ayant pas ce type de problèmes)
*l’IMC, ou « indice de masse corporelle », établit une relation
entre le poids et la taille;
le fait d’avoir accouché d’un gros bébé
(de plus de 4,0 kg ou 9 lb);
le fait d’avoir déjà reçu un diagnostic
d’intolérance au glucose.
Symptômes :
fatigue;
vision floue;plaies et coupures qui ne guérissent pas.

Diabète gestationnel : affection passagère qui survient au cours
de la grossesse. Elle affecte 2 à 4 p. 100 des femmes enceintes
et constitue, pour la mère et pour l’enfant, un risque accru de
contracter le diabète. Le diabète est la principale cause de décès
chez les femmes autochtones vivant dans les réserves (4).
Les deux tiers des Autochtones qui en sont atteints sont des
femmes, et on croit que jusqu’à 30 p. 100 des membres des
Premières nations du Canada contracteront la maladie au cours
des 20 prochaines années.

Le diabète gestationnel apparaît au cours de la grossesse;
dans certains cas, il est d’abord détecté durant la grossesse
mais était présent depuis quelque temps. Il se manifeste la
plupart du temps au milieu de la grossesse – habituellement
au quatrième ou au cinquième mois.
Lorsqu’une femme chez qui le diabète type II a déjà été
diagnostiqué devient enceinte, il ne s’agit plus du diabète
gestationnel, et le bébé risque alors de naître avec des
malformations congénitales, sans parler des risques de
mortinaissance et de fausse-couche.

Qu’en est-il de la santé du bébé lorsque la mère souffre de
diabète gestationnel? Le bébé dont la mère a un taux élevé de
glycémie aura lui aussi un taux élevé de glycémie, car si le
glucose traverse le placenta, ce n’est pas le cas de
l’insuline. Le glucose de la mère stimule la sécrétion d’insuline
du bébé, et cette sécrétion accrue d’insuline peut entraîner la
formation de très gros bébés et par conséquent des
grossesses difficiles. Après la naissance, le bébé risque
également de souffrir d’autres problèmes de santé comme un
faible taux de glycémie, la jaunisse ou des problèmes
respiratoires. Les risques pour l’enfant de contracter plus
tard le diabète type II augmentent de manière marquée
lorsque la mère souffre de diabète gestationnel. Cependant,
il faut se rappeler que si le taux de glycémie est bien contrôlé,
une femme souffrant de diabète gestationnel peut avoir un
bébé sain.

Maintenir une bonne santé durant la grossesse

Parmi les recommandations visant à prévenir le diabète
gestationnel, citons une bonne alimentation, le contrôle du
taux de glycémie et le fait d’éviter toute prise de poids excessive.

Insuline et prise en charge du diabète


L’insuline est une hormone sécrétée par le pancréas qui
aide les cellules de l’organisme à absorber les sucres des
aliments que nous mangeons pour produire de l’énergie. Chez
les personnes qui ne souffrent pas de diabète, la sécrétion
d’insuline varie selon le taux de glucose sanguin. Après chaque
repas, le taux de glucose sanguin augmente, et l’organisme
sécrète la quantité d’insuline nécessaire pour le ramener à la
normale dans les heures qui suivent. Chez les diabétiques,
dont l’organisme ne sécrète pas (ou pas assez) d’insuline, des
injections d’insuline sont nécessaires pour maintenir un taux de
glucose adéquat dans le sang et dans les cellules. L’insuline
doit être injectée plutôt qu’administrée oralement car les acides
de l’estomac la détruiraient avant qu’elle ne puisse commencer
à agir. Comme l’état de santé et l’organisme de chaque
personne diffèrent, on détermine la quantité d’insuline à
administrer en fonction d’un certain nombre de facteurs.
La première chose à considérer est la quantité d’insuline
encore sécrétée par le pancréas. En outre, le mode de vie et
le degré d’activité jouent un rôle important de même que les
habitudes alimentaires (5).

Prévention du diabète

Les conséquences du diabète sont si dévastatrices que la
maladie demeure une préoccupation majeure en terme de
qualité de vie chez les peuples des Premières nations du
Canada. On dit souvent que le diabète type II est une maladie
liée au mode de vie. Cela signifie qu’il est possible de
modifier son mode de vie de manière à prévenir ou à retarder
l’apparition de la maladie. En faisant davantage d’activité
physique et en perdant du poids on diminue les risques de
contracter le diabète type II. Un régime alimentaire sain, le
contrôle du poids, l’exercice et la réduction du stress sont des
aspects très importants de la prévention du diabète (6). Les
personnes qui apprennent qu’elles sont diabétiques doivent
s’adapter à leur situation. Diverses émotions risquent alors
de se manifester : le dénie, la colère et la dépression.
Il est difficile d’accepter pareille situation, mais cela fait
partie du processus d’adaptation. En ce sens, voici
quelques conseils qui pourront vous aider :


Le traitement du diabète vous appartient. Vous décidez de
ce que vous allez manger, de la quantité d’exercice à faire et du
moment où vous devez vérifier votre glycémie. Vous êtes le
maître!
Renseignez-vous du mieux possible sur la maladie. Il existe
un très grand nombre de centres de documentation sur le
diabète dans les réserves et hors des réserves. La
National Aboriginal Diabetes Association, les bibliothèques,
les groupes de soutien, les cours d’enseignement sur le diabète,
l’Internet et l’Association canadienne du diabète ne sont que
quelques exemples de ressources formidables sur le diabète.
Partagez vos connaissances avec votre famille et avec vos
amis. Partagez vos connaissances; vous pouvez enseigner
quelque chose d’utile à quelqu’un qui souffre de diabète ou qui
est à risque. Mieux votre famille et vos amis seront informés,
mieux ils pourront vous aider à lutter contre la maladie.
Dites-leur comment vous vous sentez par rapport à la maladie.

Maintenez vos passe-temps et vos activités, sportives ou autres.
En restant actif, non seulement vous vous sentirez bien, mais
vous montrerez à tous que vous êtes encore la même personne
en dépit du diabète. Vous pouvez encore jouir de la vie au
maximum et avoir beaucoup de plaisir(7)!


De nombreuses directives à l’intention des diabétiques indiquent
comment modifier son style de vie afin d’éviter les complications
associées à la maladie. Voici quelques suggestions visant à
améliorer votre alimentation (les aliments moins recommandés
sont aussi énumérés aux fins de comparaison) :

ALIMENTS RECOMMANDÉS :
FÉCULENTS ET CÉRÉALES :

pain : blé entier, blé concassé, seigle, seigle noir,
pain blanc, pain au levain, pain de maïs, bagels;
grains : riz brun, riz, riz sauvage, orge, sarrasin,
boulghour, avoine, semoule de maïs, hominy, maïs;
céréales : céréales chaudes ou froides (non sucrées), grits;
pommes de terre : au four, bouillies ou en purée;
patates douces, ignames, pâtes alimentaires, tortillas,
craquelins, biscuits graham, bretzels, maïs soufflé
(sans beurre ni margarine).


VIANDES ET PROTÉINES :
morceaux maigres de bœuf, d’agneau, de porc ou de
veau; poulet et dinde, gibier, poisson et fruits de mer;
œufs, fromage à faible teneur en matières grasses.


FRUITS ET LÉGUMES :
tout légume frais ou congelé consommé crû ou cuit
et légumes en conserve (sans trop de sel);
tout fruit frais, sec, congelé ou en conserve
(dans l’eau ou dans le jus de fruit), les jus non sucrés.


PRODUITS LAITIERS :
lait écrémé ou 1 %, babeurre, lait en poudre, poudre
de lait écrémé, lait écrémé concentré, lait glacé (une portion),
yogourt nature à faible teneur en matières grasses,
yogourt glacé (une portion).


HUILES ET MATIÈRES GRASSES :
huiles de maïs, de carthame, de tournesol, de soya,
d’arachide et d’olive; vinaigrettes pauvres en calories,
mayonnaise et margarine,
vinaigrette à base d’huile et de vinaigre.

SUCRERIES ET DESSERTS :
fruits, boissons gazeuses sans sucre, Jell-O ou pudding,
succédanés de sucre comme Sweet ‘N Low, NutraSweet et
Equal, confitures ou gelées à faible teneur en sucre, sirop sans
sucre, biscuits graham (trois biscuits), gaufres à la vanille
(six gaufres), gâteau des anges (petite portion), biscuits (un),
lait glacé (une portion), yogourt glacé (une portion)

ALIMENTS MOINS RECOMMANDÉS :
FÉCULENTS ET CÉRÉALES :

pain avec glaçage, pain frit, pain au fromage, brioches,
beignets, pâtisseries, farce et sauces; céréales sucrées;
pommes de terre : pommes de terre dauphinoises,
à la crème, au gratin, frites ou rissolées; croustilles.


VIANDES ET PROTÉINES :
viandes et protéines : morceaux de choix de bœuf,
d’agneau, de porc ou de veau; saucisses, charcuterie, mortadelle,
Spam, langue, cervelle, foie, rognons, jarrets de porcs, pattes de
porc, porc salé, toute viande frite, beurre d’arachide, œufs frits,
fromages riches en matières grasses (cheddar, fromage suisse,
Monterey Jack, colby, fromage à la crème), tête fromagée,
fromage de chèvre et fromage à tartiner.


FRUITS ET LÉGUMES :
fruits : tout fruit auquel on a ajouté du sucre ou du sirop,
boissons aux fruits sucrées artificiellement, punch aux fruits,
limonade, boisson à la lime; légumes : tout légume servi avec
de la crème, du fromage, du beurre ou de la margarine, ou frit.


PRODUITS LAITIERS :
lait entier (homogénéisé), lait 2 %, lait de chèvre, lait évaporé
sucré, lait au chocolat, crème glacée, lait frappé et lait malté,
yogourt aromatisé.


HUILES ET MATIÈRES GRASSES :
beurre, lard, shortening, gras de bacon, mayonnaise,
vinaigrettes, crème fouettée, crème sûre, sauces,
sauces à la crème ou au fromage.


SUCRERIES ET DESSERTS :
boissons gazeuses ordinaires, gâteaux, tartes, pâtisseries,
beignets, crème glacée, pudding, Jell-O; sucre blanc, brun
ou en poudre; confitures, gelées, conserves; miel, sirop,
sirop de maïs, mélasse, bonbons.

QUAND PUIS-JE MANGER?


Il est recommandé de toujours manger à des
heures régulières et de prendre des collations entre les repas
de manière à maintenir un taux constant de glucose sanguin.
Voici quelques conseils :
essayer de manger aux mêmes heures chaque jour;
ne pas sauter de repas ou de collation;
prendre ses médicaments à la même heure chaque jour;
suivre le menu élaboré avec la diététicienne, le cas
échéant (8).

TAUX D’ATTEINTE DU DIABÈTE AU CANADA ET
PLUS PARTICULIÈREMENT PARMI LES GROUPES
AUTOCHTONES

La majorité des cas de diabète observés dans les populations
autochtones sont des cas de diabète type II, et l’incidence de la
maladie semble plus élevée dans les réserves que dans les
centres urbains. L’âge avancé, le fait d’être de sexe féminin
et un certain nombre de marqueurs génétiques sont tous des
facteurs associés à la prévalence élevée du diabète chez les
populations autochtones. En 1995, on évaluait à 135 millions
le nombre de personnes atteintes de diabète à l’échelle
mondiale. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS),
ce nombre atteindra 300 millions vers 2025. Bien que le
diabète soit plus fréquent dans les pays développés comme
le Canada et les États-Unis, où le mode de vie a une
incidence considérable sur la santé,
l’augmentation la plus marquée de la prévalence du diabète
devrait se produire au cours des 25 prochaines années dans
les pays en développement, où l’on prévoit une augmentation
de 170 p. 100. Comme la prévalence de la maladie augmente
avec l’âge, on s’attend à voir une augmentation substantielle
des cas de diabète due au vieillissement de la population
générale. Vers 2010, on s’attend à ce que le
nombre de personnes atteintes de diabète au
Canada double pour atteindre environ trois millions (9).

Le taux d’atteinte du diabète passe d’environ 2 p. 100 chez
les tribus du littoral du Pacifique à 26 p. 100 chez les Ojibway
et les Cris de Sandy Lake, en Ontario. Parmi tous les groupes
autochtones du Canada, la prévalence la plus élevée de
diabète est observée chez les habitants du nord-ouest utilisant
les langues algonquiennes, notamment les Cris et les Ojibway,
alors qu’on observe la prévalence la moins élevée chez les Inuit.
Pareilles données indiquent que la prévalence de la maladie
est plus élevée chez les Métis que chez d’autres groupes des
Premières nations et que dans la population
canadienne en général. Les données provenant de Santé
Manitoba indiquent que la prévalence du diabète est cinq
fois plus élevée chez les Indiennes inscrites que chez les
femmes de la population générale, et trois fois plus élevée
chez les Indiens inscrits que chez les hommes de la population
générale (le terme « Indiens inscrits » désigne les personnes
ayant le droit d’être inscrites comme Indiens conformément à la
Loi sur les Indiens du Canada) (10). Ce qu’il y a de plus choquant,
c’est qu’en dépit de la prévalence élevée du diabète chez les
peuples autochtones, on fait souvent observer que ces données
ne tiennent pas compte du nombre réel de gens
souffrant de diabète chez qui la maladie n’a pas encore été
diagnostiquée.