Programme d’aide préscolaire aux autochtones


Par Lylee Williams

Le Dr Cam Mustard est le directeur scientifique de l’Institut
de recherche sur le travail et la santé de Toronto, Ontario.
Dans le domaine des services de santé, ses recherches
portent notamment sur la santé mentale, les soins pédiatriques
et l’obstétrique ainsi que sur l’épidémiologie des maladies
chroniques. Il fait actuellement partie d’un groupe de recherche qui prépare une étude de cohortes sur les enfants inscrits au Programme d’aide préscolaire aux Autochtones.

Objectif général :

L’objectif général du Programme d’aide préscolaire aux Autochtones est «d’appuyer les stratégies de développement des jeunes enfants conçues et supervisées par les Autochtones…..afin d’offrir aux enfants autochtones d’âge préscolaire la possibilité de se faire une image positive
d’eux-mêmes et d’acquérir le désir d’apprendre, tout en leur donnant l’occasion de se développer pleinement et harmonieusement au cours de leur vie.»
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Un coup d’œil aux débuts du programme aux É.-U. :

Le programme d’aide préscolaire a débuté aux États-Unis en 1965; ce programme d’intervention auprès des jeunes enfants existe encore aujourd’hui et y est d’ailleurs très répandu.

Le programme remonte donc aux années 1960, décennie au cours de laquelle les États-Unis ont lancé une «guerre contre la pauvreté» en mettant sur pied une vaste gamme de programmes d’intervention précoce auprès des enfants de familles à faible revenu.

Ces programmes reposaient sur deux hypothèses :

il serait plus facile de traiter les problèmes d’apprentissage en bas âge, avant que l’enfant ne commence à fréquenter l’école;
un enrichissement précoce aurait chez l’enfant un impact positif durable tout au long du primaire et du secondaire.

Un programme d’aide préscolaire type comporte une ou deux années d’éducation préscolaire ainsi que des services nutritionnels et médicaux. En outre, l’engagement parental y joue un rôle central. Les parents siègent aux conseils de décision et participent à la planification du programme préscolaire. Ils travaillent directement avec les enfants dans les salles de classe, participent aux programmes spéciaux
sur le rôle des parents et le développement de l’enfant et reçoivent des services axés sur leurs propres besoins sociaux, émotionnels et professionnels. On compte actuellement aux É.-U. plus de 1 300 centres de programme d’aide préscolaire
avec environ 720 000 enfants inscrits.


Comme ce type de programme fonctionne depuis plus de trois décennies aux É.-U., on a pu en mesurer l’impact sur la vie des enfants par des études à long terme. Ces études démontrent que les enfants qui ont profité d’interventions en bas âge :
risquent moins d’être placés dans des classes pour enfants en difficulté;
risquent moins de doubler une année;
ont plus de chance d’obtenir leur diplôme d’école secondaire que ceux qui n’ont pas profité de ce type d’intervention.

On constate également des bienfaits durables en ce qui concerne les attitudes et la motivation, et il est possible d’établir un lien avec une certaine diminution de la délinquance et des cas de grossesse chez les adolescentes; de plus, on observe que ces enfants ont de meilleures chance de trouver un emploi
(Berrueta-Clement et al., 1984).

Le programme d’aide préscolaire s’implante au
Canada 30 ans plus tard ;en 1995, le gouvernement
fédéral met en place le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones
afin d’aider à améliorer le développement et la maturité
scolaire des enfants indiens, métis et inuit vivant dans
les centres urbains et dans les grandes collectivités du
Nord partout au Canada. Quelques années plus tard,
en octobre 1998, le programme est étendu aux Premières 
nations des réserves.


Le programme canadien présente des similarités par rapport au programme d’aide préscolaire américain dans la mesure où :

+ il s’agit d’un programme communautaire;

+l’engagement parental est fortement encouragé;

+les besoins émotionnels, sociaux, de santé, nutritionnels et psychologiques de l’enfant sont pris en considération.

De manière générale, il s’agit d’un programme d’une demi-journée offert 5 jours par semaine aux enfants de 3 à 5 ans. Santé Canada supervise le programme puis s’associe à des organismes communautaires à but non lucratif qui offrent le programme aux enfants et à leur famille. Le contenu du programme n’est pas vraiment normalisé. En d’autres mots,
le bureau national d’Ottawa n’envoie aucun manuel de référence avec directives spécifiques.

On insiste toutefois sur un certain nombre de principes à
respecter dans tous les emplacements de projet :

Culture et langue autochtones :

Phil Fontaine, chef national de l’Assemblée des Premières nations, a très bien exprimé la nature de ce principe et les possibilités qu’il offre dans son allocution à l’annonce de l’extension du Programme d’aide préscolaire aux autochtones aux enfants autochtones des réserves :
«L’extension de ce programme offre une excellente occasion à nos enfants d’apprendre et de préserver leur culture et leur langue ancestrales. Le Programme d’aide préscolaire aux autochtones contribue également à l’approche globale au développement et à l’éducation des enfants dans
les collectivités des Premières nations. Cette extension créera un climat positif et aura une bonne influence sur les enfants des Premières nations; ils seront fiers d’eux-mêmes et de leurs collectivités».
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Développements social et physique

Le développement social des enfants d’âge préscolaire fait l’objet d’une attention particulière : les enfants apprennent à interagir de manière positive avec leurs pairs dans un environnement sécurisant basé sur la confiance.
En ce qui concerne le développement physique, l’accent est mis sur la nutrition, la santé et l’activité physique; il semble en effet qu’il soit possible d’acquérir des attitudes saines à cet égard en bas âge.

Maturité scolaire :

La tendance générale consiste à vouloir amener les enfants de
milieux divers au même point au moment de l’entrée à l’école.
Cependant, le degré de maturité scolaire des enfants ne peut se mesurer uniquement en fonction de leur connaissance de l’arithmétique de base et de l’alphabet. Un programme bien équilibré doit aussi tenir compte de leurs besoins émotionnels, sociaux, de santé, nutritionnels et psychologiques. Les projets en question visent notamment à inculquer un sentiment de fierté et un désir d’apprendre et à accroître la confiance en soi.

Engagement parental :

L’engagement parental est l’un des principes les plus importants. Avant même le début de toute initiative d’aide, les parents participent déjà activement comme décideurs aux étapes de planification, d’élaboration et de démarrage. Les projets sont conçus pour les aider à développer les compétences parentales qui permettent d’améliorer
les relations familiales et qui contribuent au sain développement général de l’enfant. Certains projets exigent des parents une participation minimale de 10 heures par mois, et les responsables de bon nombre de projets soulignent que l’engagement parental dépasse largement cette exigence.

Note aux lecteurs : pour de plus amples renseignements sur le
Programme d’aide préscolaire aux autochtones,
informez-vous à l’adresse suivante :

Initiative d’aide préscolaire aux autochtones,
Division de l’enfance et de la jeunesse,
Direction générale de la promotion et des programmes de santé,
Santé Canada, bureau 2213, Immeuble des finances.,
PL 0202C1, Parc Tunney, Ottawa, Ont. K1A 1B5
Tél. : (613) 954-8615 ou
téléc. : (613) 941-5492
Courriel: Rena_Morrison@INET.HWC.CA

 

Avantages :

Sur le plan de la santé :

Il existe de nombreuses preuves très convaincantes à l’effet que les expériences vécues très tôt dans l’enfance, qu’elles soient
positives ou négatives, influent sur la direction que prendra
ultérieurement le développement physique, cognitif et social d’un enfant. Sur le plan de la santé, il y a de plus en plus de preuves à l’effet que l’incidence de la maladie dans la vie adulte avancée est associée aux expériences de la petite enfance. Par conséquent, il y a une raison valable de porter attention aux expériences qui sont transmises aux très jeunes enfants.

Former l’esprit :

On entend souvent l’expression «former l’esprit». Qu’est-ce que
cela signifie exactement? Tout comme les mains du potier façonnent la motte d’argile, nos diverses expériences façonnent la structure physique de notre cerveau tout au long de notre vie. La période durant laquelle le cerveau est le plus malléable va de zéro à 6 ans, la petite enfance étant une période de développement considérable. Il y a donc de bonnes raisons d’assurer à l’enfant une stimulation intellectuelle précoce. En outre, il y a de plus en plus de preuves à l’effet que le cerveau travaille un peu comme un muscle – plus on l’utilise, plus il se développe.

Problèmes :

1. Affectation générale des fonds publics :

En dépit des recherches qui indiquent que la période durant laquelle le cerveau est le plus malléable se situe entre zéro et 6 ans, l’affectation des fonds publics ne prend essentiellement pas en considération ce groupe d’âge. L’État fait très peu en ce sens. Il a par exemple pour fonction de porter secours aux enfants en les soustrayant à des situations dangereuses pour les diriger vers des services de protection infantile. Dans le domaine de la santé publique, son rôle est axé sur l’immunisation et les services de garde. Quant aux efforts déployés dans ce dernier secteur, il s’agit en grande partie de politiques axées sur le marché du travail offrant aux parents un mécanisme d’accès au marché du travail mais ne mettant aucunement l’accent sur les avantages inhérents
au développement des enfants ou sur la diminution des inégalités dans la population générale.

2. Évaluation :

Chaque fois que le gouvernement lance une initiative majeure telle Programme d’aide préscolaire aux autochtones, il importe de documenter les avantages qu’ont pu en retirer les participants. Bien qu’il existe déjà des mécanismes d’évaluation, ils sont passablement axés sur le processus. Ils mesurent par exemple la participation des enfants
et des parents durant la période où l’enfant est inscrit au programme. S’il importe de mesurer de tels paramètres, il est crucial de mesurer ce qui arrive à ces enfants lorsqu’ils intègrent le système d’écoles publiques.

Il est en effet fort probable que le programme influe sur le développement physique et social et sur l’identité culturelle durant le cours de la vie.

Pour terminer, rappelons que l’Initiative d’aide préscolaire aux autochtones est en partie la réponse du gouvernement à l’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones, qui déclare que :

«Par la recherche d’un plus grand contrôle sur l’éducation, les peuples autochtones ne demandent que ce que d’autres communautés ont déjà, soit la possibilité de décider du genre de personnes que seront leurs enfants».

Ouvrages de références

1 Santé Canada “Initiative d’aide préscolaire aux Autochtones”.
Guide à l’intention des demandeurs. P. 1.
2 http://www.hc-sc.gc.ca/english/archives/releases/98_71e.htm

 

E N T R E V U E avec Linda Arkwright, directrice du Centre d’apprentissage préscolaire autochtone de Montréal
(AWASIS)

Décrivez brièvement AWASIS :

AWASIS est le nom choisi par les parents qui participent aux activités de notre centre. C’est un mot cri qui signifie «enfant» et qui se traduit littéralement par l’expression «petits rayons de lumière», ce qui est un nom approprié pour désigner les petits enfants.

Le centre a ouvert ses portes au printemps 1998 avec un programme d’éducation s’adressant aux jeunes enfants de 3 à 5 ans. Comme nous recevions de plus en plus de demandes de parents de très jeunes enfants, nous avons transformé une partie de l’espace disponible en salle pour les tout-petits. Nous offrons maintenant un programme à leur intention et acceptons les enfants de zéro à 5 ans.


Nous avons au total 32 enfants inscrits provenant de nombreuses Premières nations dont bon nombre d’enfants inuit et cris.

Comment intégrez-vous la santé et la nutrition au programme AWASIS?

La santé et la nutrition sont des volets TRÈS importants du programme et font l’objet d’applications quotidiennes. Nous avons accès aux ressources humaines locales comme les professionnels de la santé qui nous rendent visite en moyenne
deux fois par semaine afin de donner des ateliers sur la promotion de la santé aux éducateurs, aux parents et aux enfants. De plus, une nutritionniste vient donner des
leçons sur divers sujets comme la préparation de repas sains pour les enfants et offre des conseils aux parents pour les aider à faire de meilleurs achats.

Pourriez-vous nous conseiller des endroits où trouver de bons livres, des vidéos ou d’autre matériel se rapportant à la santé et à la nutrition?

«Santé Canada» est une bonne source d’information sur bien des sujets se rapportant à la santé et aux enfants. Et ce qu’il y a de bien, c’est qu’on y offre gratuitement un large éventail de documents.

L’adresse de leur page Web est la suivante : http://www.hc-sc.gc.ca
Le site Web Today’s Parenting est une autre bonne source d’information.

Leur adresse est : www.todaysparent.com
Finalement, le Bureau laitier du Canada a fait parvenir à AWASIS de l’information bilingue gratuite sur «l’hygiène infantile et les produits laitiers». On peut communiquer avec le Bureau à l’adresse suivante : Bureau laitier du Canada,
1981, Avenue McGill College, bureau 1330, Montréal, Québec H3A 2X9.