Maintenir actifs les aînés fragiles de nos communautés
-Des programmes communautaires efficaces

« Les sociétés autochtones et inuites ont des traditions et des approches différentes face à la santé et à la guérison que l’on se doit de respecter… Les aînés, les personnes handicapées et les personnes atteintes d’une maladie chronique ou grave veulent continuer d’être productives et utiles dans leur foyer, d’être près de leur famille et de vivre dans leur communauté... et contribuer à préserver leur culture, leur langue et leurs traditions 1 … »

Au Canada, de nombreux facteurs influent sur le degré de participation aux programmes communautaires des aînés autochtones fragiles. En octobre 2002, l’ONRIISC a mené des enquêtes auprès de RSC dans des communautés de partout au Canada. Les enquêtes portaient sur leurs programmes à l’intention des aînés fragiles. Dans l’ensemble, les principaux points relevés au cours des enquêtes montrent que pour offrir aux aînés autochtones fragiles davantage d’occasions de faire de l’activité physique, les aspects suivants doivent être pris en considération :

Intégrer la culture aux activités et aux programmes

« (Les aînés ont besoin) de sortir pour aller à la pêche, cueillir des baies, participer à des danses du tambour ou à d’autres événements à caractère communautaire. »
Tracy Kushneryt – RSC de Beaver
First Nation (Alberta)

Les aînés autochtones ont besoin d’interactions sociales, d’exercices et de loisirs qui soient adaptés sur le plan culturel. Les activités trop différentes de ce qu’ils ont connu tout au long de leur vie ne sont pas aussi efficaces que celles qui se rapprochent davantage de leurs activités traditionnelles. Les activités et les événements culturels sont très importants pour les aînés, surtout pour ceux qui ne peuvent plus se déplacer facilement. Les aînés ont besoin de sentir que leur culture n’a pas disparu malgré leur âge.

Isolement, solitude et dépression

« Les aînés adorent recevoir régulièrement des visiteurs. Invitez-les à différents événements de votre communauté. Invitez-les chaque fois qu’un événement se produit; ne vous attendez pas à ce qu’ils viennent d’eux-mêmes. »
Olive Halfe – RSC du Saddle Lake
Health Care Centre (Alberta)

Être isolé des membres de sa famille, de ses amis et des ressources demeure un obstacle à une vie physiquement plus active. De nombreux aînés ne sont plus suffisamment autonomes pour participer à des activités organisées et ont besoin de soins à domicile même pour leurs activités quotidiennes les plus élémentaires. Les aînés autochtones désirent très fortement demeurer autonomes, mais, dans bien des cas, ils en sont tout simplement incapables sans aide. Il arrive que des membres de la famille trouvent difficile de travailler toute la journée et d’avoir à s’occuper de leurs parents âgés. Ils forment ce que l’on appelle la « génération-sandwich ». De nombreux aînés autochtones qui ont quitté leur réserve se sentent isolés, perdent contact avec les membres de leur communauté, avec leurs amis et avec leur famille. La langue peut être un obstacle à l’intégration sociale des aînés autochtones dont le français n’est pas la langue maternelle.

Les programmes d’activité physique destinés aux aînés fragiles doivent tenir compte des facteurs d’isolement, de dépression et de solitude. Certains aînés craignent beaucoup de perdre leur autonomie. Les programmes doivent favoriser fortement l’estime de soi et le sentiment d’autonomie.

Amener les aînés à participer

« Il semble que l’on voit toujours les mêmes gens dans les lieux de rassemblement. Certains aînés hésitent à participer. »
Stephen Odjig – Coordonnateur des
RSC, Wikwemikeng (Ontario)

Les aînés refusent souvent de participer à des programmes d’activité tout particulièrement parce qu’il n’y a personne pour les encourager et leur faire comprendre qu’ils en retireront du plaisir. Il est essentiel de garder espoir pour rester en santé et pour trouver la motivation nécessaire à la pratique de l’exercice. Les aînés sont stimulés par leur culture et leurs traditions – par leur mode de vie « ancien ». Les programmes d’activité efficaces devraient intégrer des activités de bilan de vie ou de réminiscence comme moyens de motiver les aînés à demeurer aussi actifs que possible, et ce, aussi longtemps qu’ils le peuvent.

Il est essentiel de se rendre compte que de nombreux aînés se sentent anxieux, tendus et nerveux dans un contexte de « pratique d’exercices », et que cela peut les rendre hésitants à essayer quelque chose de nouveau ou de différent. La structure du programme doit donc être variée et axée vers le plaisir. En s’attardant à la conception du programme d’activité physique, le RSC peut aider les aînés à se sentir plus à l’aise avec les changements inévitables qui surviennent dans leur corps. Il y a plusieurs points essentiels dont il faut tenir compte lorsque l’on s’efforce de motiver les aînés à devenir physiquement plus actifs :

-encourager les conversations et les discussions intéressantes; les rapports avec le RSC ou le soignant sont essentiels;
-
donner aux aînés la possibilité de s’exprimer afin qu’ils sachent qu’ils sont écoutés et compris;
-
témoigner de l’intérêt aux aînés afin d’accroître leur estime de soi;
-
se servir de toutes les activités du programme pour encourager la socialisation; fixer des objectifs réalistes et en souligner l’atteinte;
-
faire preuve de souplesse dans la conception du programme en l’adaptant de manière appropriée au bien-être des aînés.

Il est important d’être très soucieux du bien-être des aînés lorsqu’on leur enseigne à devenir physiquement plus actifs. En vieillissant, les aînés doutent parfois de leurs capacités et sont sujets à la dépression. Les programmes d’activité et la joie qu’ils en retirent doivent leur procurer un sentiment de maîtrise de soi.

Transport et mobilité

« (J’aimerais) qu’il y ait davantage de participation lors des visites aux autres communautés, car les gens ne se voient pratiquement jamais sauf à l’occasion de funérailles. »
Doris Courtoreille – RSC et travailleuse en soins à domicile, Swan River First Nation (Alberta)

Il importe de prendre en considération les problèmes liés au transport au moment d’élaborer des programmes d’activité physique à l’intention des aînés fragiles. Les quatre problèmes les plus courants relatifs aux personnes âgées et au transport sont la difficulté à entrer et à sortir d’un véhicule automobile, la difficulté à se tenir debout lorsque le véhicule est en mouvement, la difficulté à se rendre à un endroit desservi par le système de transport et la difficulté que pose l’attente d’un véhicule. Pour aggraver les choses, de nombreux aînés canadiens handicapés mais non confinés à la maison n’ont pas accès à un service de transport public. Les aînés handicapés qui vivent dans la communauté doivent avoir accès à de meilleurs services de transport adapté par fourgonnette. Un transport adéquat et approprié et l’accès à un service d’escorte médicale sont des services de santé essentiels pour les aînés.

La création de tout programme d’activité à l’intention des aînés fragiles doit prendre en compte les problèmes de transport dans la réserve. Chez les aînés, le manque de transport adéquat est une préoccupation légitime en matière de santé. Les communautés devraient considérer l’élaboration de programmes de formation axés sur la pratique d’activités physiques à domicile.

Régime alimentaire et nutrition

« (Notre communauté a besoin) d’un programme de repas à domicile à l’intention des aînés fragiles et de tous les aînés. »
Lee Ann Sock – Infirmière et coordonnatrice des soins infirmiers à domicile, Big Cove Health Centre (Nouveau-Brunswick)

Les aînés, et tout particulièrement les aînés fragiles, sont souvent limités sur le plan financier, ce qui rend l’achat d’aliments frais et appétissants plus difficile. Chez les gens plus âgés, l’accès aux aliments et la diminution de l’appétit peuvent devenir problématiques. Ils en arrivent ainsi à manger de moins en moins et à faire de moins en moins d’exercice et n’en deviennent que plus fragiles. À mesure qu’ils se fragilisent, l’accès aux aliments devient un problème à tous les points de vue, tant pour se les procurer que pour les préparer et les manger.

Il est manifestement important de fournir des aliments aux personnes âgées confinées à la maison. Pour nombre d’entre elles, surtout en région urbaine, sortir de la maison pour se procurer des aliments ou pour faire de l’exercice peut s’avérer périlleux. En plus d’aider les aînés des réserves à faire de l’exercice, les programmes d’activité physique doivent leur enseigner la nécessité d’une bonne nutrition.

Soins à domicile et en milieu communautaire

« Nous devons enseigner aux membres des familles à prendre soin de leurs parents âgés. »
Lorraine Little Mustache – RSC de
Pukani First Nation (Alberta)

Les familles peuvent grandement contribuer à aider leurs aînés fragiles à préserver leur dignité et leur autonomie. La plupart des aînés autochtones désirent demeurer dans leur propre foyer et dans leur propre communauté aussi longtemps que possible. Les programmes comme le Programme de soins à domicile et en milieu communautaire des Premières nations et des Inuits de Santé Canada peuvent appuyer et améliorer les soins offerts par les familles et par la communauté. Ce programme permet aux personnes âgées, qui désirent rester à la maison et qui en ont la capacité, de le faire. Les services sont offerts selon une approche holistique qui tient compte des besoins physiques, sociaux, émotionnels et spirituels uniques de chaque personne. Il serait avantageux pour les personnes qui décident de vieillir à la maison d’intégrer aux programmes de soins à domicile un programme d’activité physique à l’intention des aînés fragiles2 .

Des établissements tels que la Turtle Bay Elders’ Lodge de Kahnawake (Québec) permettent aux aînés de la communauté de vivre de manière autonome sous la supervision d’une infirmière (des frais mensuels sont exigés). Les repas et autres commodités sont également fournis. Il s’agit d’une solution de rechange intéressante pour les personnes qui ne veulent pas devenir dépendantes mais qui trouvent difficile de s’occuper d’une grande maison.

Frais d’administration des programmes

« Il n’y a pas suffisamment d’établissements accessibles à tous les aînés. »
Lee Ann Sock – Infirmière et coordonnatrice des soins infirmiers à domicile, Big Cove Health Centre (Nouveau-Brunswick)

Les peuples autochtones perçoivent négativement les services publics existants d’activité physique et de loisirs. Leurs critiques portent notamment sur le prix de ces services et sur le fait qu’ils ne répondent pas aux besoins des peuples autochtones, tout particulièrement des aînés. Il n’existe très souvent dans les communautés aucun établissement disponible en mesure d’offrir des programmes à l’intention des aînés. Lorsque de tels établissements existent, il faut, dans de nombreux cas, apporter des modifications telles que l’installation de rampes d’accès pour fauteuils roulants et d’autres accessoires fonctionnels permettant aux aînés d’utiliser l’établissement efficacement et en toute sécurité. La réalité est qu’il n’y a souvent pas d’argent disponible pour financer de telles modifications et que la communauté doit faire de son mieux pour adapter sa programmation. Les programmes qui comprennent des visites à domicile et des activités que les aînés fragiles peuvent faire sans avoir à trop s’éloigner de leur domicile sont ceux qui tendent à avoir le plus de succès dans la communauté.

De plus, il arrive que les activités ne soient pas accessibles à certains aînés en raison des coûts associés. Les responsables des programmes d’activité physique à l’intention des aînés fragiles doivent tenir compte des coûts et de l’emplacement choisi pour mieux servir leur clientèle. Les activités qui sont bonnes pour la santé n’ont pas besoin de coûter cher.

Soutien familial et formation des soignants

« (Je crois qu’il) faudrait former des gens aux soins à donner aux personnes âgées, leur donner une formation qui leur permettrait de connaître leurs besoins. »
Brian Youngchief – RSC de Kehewin (Alberta)

Comme c’est le cas dans le reste de la population, les Autochtones handicapés, les aînés et les aînés fragiles ont besoin de l’aide offerte dans le cadre de programmes de soins à domicile pour conserver un mode de vie sain. Toutefois, contrairement à ce que l’on observe dans la population vivant à l’extérieur des réserves, des services additionnels comme le transport de l’eau et la cueillette du bois sont généralement requis tous les jours. Bien que la plupart des communautés des Premières nations offrent des services de soins à domicile minimaux, les ressources financières offertes par le gouvernement sont souvent inadéquates pour répondre aux besoins de la communauté, tout particulièrement aux besoins spéciaux des aînés fragiles.

De nombreuses communautés ne comptent pas suffisamment de soignants pour offrir des services aux aînés fragiles. De manière générale, les RSC se trouvent sur la première ligne de soutien en matière de santé dans leur communauté respective et doivent assumer de nombreuses responsabilités à l’égard de leurs clients. Cela leur laisse parfois moins de temps pour s’occuper des aînés de leur communauté. Dans certains cas, il n’y a simplement pas assez de RSC et de soignants, et tout particulièrement de RSC ou de soignants possédant de l’expérience auprès des aînés fragiles. Le soutien familial est un facteur clé pour combler certaines lacunes dans les services que les RSC peuvent, d’un point de vue réaliste, offrir dans leur communauté. Les membres de la famille doivent jouer un rôle actif dans la vie de leurs aînés fragiles en les aidant à accomplir leurs activités quotidiennes. Lire et comprendre toutes ces directives!

« Nos aînés aiment aussi être informés sur des sujets comme le diabète, la sécurité à la maison, les canulars téléphoniques, etc. »

 

Les RSC et les membres de la famille doivent tenter d’accroître leurs efforts pour informer les aînés des bienfaits d’une vie active et d’une bonne alimentation, y compris du rôle essentiel qu’ils jouent dans le maintien de leur autonomie3 . Il arrive que de nombreux aînés fragiles – surtout ceux dont le français n’est pas la langue maternelle – éprouvent de la difficulté à lire et à comprendre les directives médicales. Il faut porter une attention particulière aux aînés dont le français est la langue seconde et à ceux qui parlent leur langue maternelle. Bien sûr, les difficultés liées à la lecture et à la compréhension sont des obstacles, mais il y a aussi la diminution de la vue et de l’audition. Les responsables des programmes d’activité physique doivent considérer tous les degrés d’analphabétisme et tenir compte aussi des personnes qui ont de la difficulté à voir ou à entendre, difficulté qui peut aussi faire obstacle à la compréhension des directives. L’habileté à résoudre les problèmes, à lire et à comprendre les messages relatifs aux soins personnels augmentent aussi les chances de voir une personne adopter un mode de vie sain. Les personnes qui savent lire ou tout au moins comprendre se sentent plus autonomes et ont une meilleure estime de soi.

Préserver les traditions – Le rôle des aînés auprès des jeunes
« Dans notre société, non seulement les adolescents mais aussi les aînés sont souvent isolés et effrayés. Ils sont soit ¨ trop jeunes ¨ soit ¨ trop vieux ¨ pour de nombreuses activités appréciées par la communauté. Faisant référence aux aînés, un jeune a dit : ¨ Nous avons peur de grandir et ils ont peur de vieillir. Les deux groupes peuvent vraiment s’entraider. L’un par le réconfort qu’il peut apporter et l’autre, par ses conseils ¨4 . »
« (Nous avons besoin) de plus d’interaction avec nos jeunes et nos enfants et cela peut prendre la forme de contes, d’activités éducatives ou d’événements à caractère culturel. »
Liz Yellowquill – RSC de Long
Plain First Nation (Manitoba)

Les aînés ont beaucoup à enseigner aux jeunes. Ils sont les détenteurs de traditions et de contes d’une valeur inestimable pour la préservation de notre culture. Les jeunes peuvent apprendre beaucoup des traditions anciennes et des difficultés que leurs aînés ont affrontées.

Les objectifs de l’engagement des jeunes auprès des aînés :

-faire prendre conscience aux jeunes des problèmes auxquels sont confrontés les aînés;
-
éliminer les stéréotypes qu’entretiennent les deux groupes – tant les jeunes que les aînés;
-
permettre aux aînés fragiles de continuer à profiter du confort de leur foyer, de bénéficier d’une alimentation adéquate et d’avoir de la compagnie.