PROJETS COMMUNAUTAIRES

La présente partie du magazine Le Lien porte sur les stratégies de lutte contre le tabagisme qui s’avèrent efficaces dans différentes communautés et régions du Canada. On y présente des entrevues menées auprès de trois représentantes en santé communautaire qui ont acquis une expérience considérable dans la lutte contre les dangers associés au tabagisme.



LIDIA DE SIMONE

Lidia De Simone travaille comme infirmière en santé communautaire à Kahnawake. Dans le cadre de son travail de promotion de la santé des adultes des Premières nations, et tout particulièrement dans le contexte des programmes de lutte au tabagisme, Lidia a acquis une expérience considérable dans la résolution des difficultés concrètes associées à la cessation du tabagisme. Nous l’avons interrogée sur son travail.

Adam Gollner : Quels sont les services de lutte contre le tabagisme offerts dans votre communauté?

Lidia De Simone :
Comme les gens commencent généralement à fumer avant l’âge de 18 ans, notre programme s’adresse aux adultes. Nous les aidons à cesser de fumer. Dans l’ensemble, toutefois, les jeunes reçoivent beaucoup d’information sur la prévention. Les infirmières en santé communautaire, par exemple, se rendent à l’école pour y aider les élèves à apprendre à dire « NON » au tabac. En ce qui concerne la cessation du tabagisme, les gens commencent souvent par rencontrer l’un des médecins de la communauté. Les gens entre en contact avec moi soit par l’intermédiaire du médecin ou parce qu’ils savent que je travaille dans le domaine.

Vous occupez-vous surtout des gens qui veulent cesser de fumer?

Oui. Nous organisons aussi des campagnes de sensibilisation. Par exemple, l’une de nos campagnes visait à présenter le concept des « stades du changement » et ce, afin d’aider les gens à comprendre que nous ne sommes pas tous prêts à cesser de fumer demain. Il est très important pour les gens de savoir qu’il existe différents stades auxquels ils peuvent se trouver et qu’ils peuvent faire quelque chose pour franchir ces différents stades et finalement abandonner la cigarette.
Au cours d’une autre campagne, des membres de la communauté ont raconté comment ils avaient surmonté leur ambivalence par rapport à la cessation du tabagisme – c’est-à-dire le stade auquel une personne désire à la fois arrêter et continuer de fumer. Une autre campagne portait plus particulièrement sur les avantages que les gens ont constatés après avoir cessé de fumer. À cet égard, l’anecdote la plus célèbre est celle de Miranda Diabo : « J’ai cessé de fumer puis j’ai rencontré un non-fumeur et je suis tombée en amour. »

C’est merveilleux!

Oui. Pas mal merveilleux, n’est-ce pas! Une autre campagne avait pour objectif d’aider les parents à discuter du tabagisme avec leurs enfants. Les études montrent que les enfants de parents qui abordent avec eux la question du tabagisme tendent à moins fumer, même lorsque les parents sont des fumeurs. Notre campagne la plus récente consiste essentiellement à expliquer le processus de la dépendance et le recours au traitement à la nicotine. J’ai utilisé le signet intitulé 101 Things To Do Instead Of Smoking (101 choses à faire plutôt que de fumer), disponible sur le site Web de Native C.I.R.C.L.E. Il ne s’agit pas de la liste habituelle de choses à faire, mais on y suggère des petits plaisirs de la vie comme de penser à quelque chose d’agréable, de regarder d’anciennes photos ou de mémoriser une chanson. Quant à nous, nous suggérons aussi de s’informer auprès d’un fournisseur de soins de santé de la possibilité de prendre un substitut de la nicotine comme la gomme à mâcher ou les timbres.

DES EXPÉRIENCES DE VIE POUR AIDER LES GENS À CESSER DE FUMER

Selon vous, les stratégies actuelles en matière de cessation du tabagisme sont-elles efficaces?


Je considère la notion de « modèle unique » problématique. Je crois que nous avons besoin de souligner le fait que la cessation du tabagisme est une expérience très personnelle, notamment en ce qui a trait aux produits pharmaceutiques utilisés, à la durée de leur utilisation, aux symptômes de sevrage et aux stratégies à adopter. Un autre problème selon moi consiste à minimiser l’importance du sevrage. Il est faux de dire que le pire est passé après deux jours ou deux semaines; pour la plupart des gens, cesser de fumer reste un défi pendant plus longtemps encore. Pareille attitude me dérange tout particulièrement car elle minimise les difficultés liées au tabagisme et vient essentiellement appuyer l’idée que se font souvent les adolescents, à savoir qu’ils pourront cesser de fumer lorsqu’ils le voudront, pour se rendre compte assez rapidement que ce n’est pas aussi facile qu’ils l’avaient pensé.
En outre, il ne sert à rien d’adopter une attitude moralisatrice et de traiter les fumeurs comme des perdants. Je crois que nous pouvons changer notre manière de penser et reconnaître que les gens ne sont ni perdants, ni stupides, mais qu’ils trouvent dans la cigarette un moyen de les aider à gérer leur vie. J’espère que nous parviendrons à canaliser nos énergies pour rendre disponible toute la gamme d’expériences qui les aideront à acquérir des stratégies d’adaptation saines et à se sentir bien dans leur peau. Je pense à des choses comme l’activité physique modérée, des cours sur la nature, etc.

D’après vous, comment pourrait-on rendre les campagnes de lutte contre le tabagisme plus efficaces?

Je pense que l’on fait actuellement un travail très efficace avec les annonces, surtout à la télévision. Nous devrions, je crois, faire davantage d’efforts pour contacter les gens qui ne pensent même pas à arrêter de fumer. Ils peuvent se sentir démoralisés et croire qu’il est impossible de cesser de fumer. De manière générale, l’habitude de fumer dérange. Personne ne dit : « Hé! J’adore fumer, c’est tellement bon pour moi! » Les gens savent que c’est mauvais pour leur santé, mais ils ne savent pas comment arrêter. Je souhaite que nous arrivions à accroître nos connaissances et nos compétences pour être en mesure d’approcher les gens qui ne sont pas prêts à cesser de fumer et de les aider à franchir le premier pas, qui consiste à se rendre compte qu’il est possible d’arrêter. Je pense que nous devons aussi faire plus d’efforts pour aider les gens à persévérer après avoir cessé de fumer.

LES MEILLEURES PRATIQUES EN MATIÈRE DE CESSATION DU TABAGISME

Selon votre expérience, quelles méthodes se sont avérées les plus efficaces pour aider les gens de votre communauté à cesser de fumer?

De nombreuses choses ont été utiles. Il y a notamment la réaction en chaîne que suscite le fait pour une personne d’arrêter de fumer. Cela en encourage une autre, ce qui à son tour en encourage une autre, etc. Récemment, le traitement à la nicotine sous forme de timbres et de gomme à mâcher a beaucoup aidé les gens. Ce traitement les aide à surmonter les symptômes de sevrage et à apprendre à vivre sans fumer. Certaines personnes doivent utiliser de tels produits pour une courte période, d’autres, plus longtemps.

Quels programmes ou ressources recommanderiez-vous?

Les groupes ont un effet vraiment puissant. Réunir suffisamment de gens au même moment et au même endroit donne de très bons résultats. Une autre possibilité consiste à utiliser tout matériel qui encourage le dialogue sur la dépendance, le stress, les plantes ou l’image que les jeunes associent au tabagisme. S’il est impossible de former un groupe, le problème du tabagisme devrait être abordé chaque fois que les gens se réunissent en tant que communauté. Tous les projets qui aident les gens à mieux apprécier la vie sont recommandés.

Pour de plus amples renseignements sur l’approche basée sur les « stades du changement », Lidia De Simone recommande le site Web suivant :
http://www.bu.edu/cpr/webcast/change.html