LES FEMMES ET LE TABAC
Par Karen McCulla

 Comme nous l’avons vu précédemment, l’abus du tabac prend des proportions épidémiques chez les peuples autochtones.
Les taux sont même plus élevés chez les femmes. La Fondation des maladies du cœur rapporte que 60 % des femmes autochtones âgées de quinze ans ou plus fument régulièrement. Dans les Territoires du Nord-Ouest, jusqu’à 80 % des femmes inuites fument par comparaison à moins de 40 % des femmes non inuites. Les femmes autochtones seraient deux fois plus à risque que les femmes non autochtones de fumer pendant la grossesse. Les résultats montrent que 53 % des mères autochtones ont fumé pendant la grossesse par comparaison à 26 % seulement des mères non autochtones.

LE TABAC ET LE SMSN
L’exposition au tabac durant la grossesse et la maternité est extrêmement dangereuse et risque d’entraîner plusieurs problèmes de santé pour la mère, le fœtus et l’enfant. De tels dangers constituent la principale motivation sous-jacente aux stratégies de cessation du tabagisme. L’un des problèmes de santé les plus graves est le syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN).

Le SMSN est « la mort soudaine d’un nourrisson de moins de un an qui demeure inexpliquée après l’étude approfondie du cas, y compris l’autopsie complète, l’examen des lieux du décès et l’étude des antécédents médicaux ». La plupart des chercheurs croient maintenant que les bébés victimes du SMSN seraient nés avec un ou plusieurs problèmes médicaux qui les rendraient particulièrement vulnérables aux stress de la vie normale d’un nourrisson, qui incluent autant les facteurs de stress internes qu’externes. Le diagnostic de SMSN n’est posé qu’après avoir exclu toute autre possibilité : il s’agit d’un diagnostic par exclusion.

Quelles sont les causes du SMSN?

La ou les causes exactes du SMSN demeurent inconnues mais pourraient être une combinaison de facteurs psychologiques et environnementaux et de facteurs liés au développement ou d’ordre circonstanciel. Les preuves semblent indiquer que certains bébés décédés du SMSN seraient nés avec des anomalies du cerveau qui les rendraient vulnérables à une mort soudaine pendant la petite enfance. Les anomalies affecteraient la partie du cerveau qui serait responsable du contrôle de la respiration et de l’éveil. Les scientifiques croient que ces anomalies congénitales ne seraient pas suffisamment graves pour entraîner la mort, mais qu’elles pourraient rendre l’enfant vulnérable. Il est fort possible que l’enfant vulnérable soit affecté après la naissance par d’autres événements importants qui provoqueraient le SMSN.

Le modèle qui suit présente trois causes possibles de vulnérabilité au SMSN :

1) Nourrissons vulnérables – En dépit de leur apparence saine, les nourrissons vulnérables souffrent d’un trouble de santé – probablement au niveau du tronc cérébral, responsable de la fréquence cardiaque, de la respiration et des mécanismes généraux de régulation de l’organisme. Il n’existe actuellement aucune façon de dépister ou de traiter ces nourrissons.

2) Période de développement critique – Au cours des six premiers mois, des changements rapides surviennent dans les habitudes de sommeil et d’éveil ainsi qu’au niveau de la respiration, de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et de la température corporelle.

3) Facteurs de stress externes – Les facteurs qui peuvent faire basculer l’équilibre fragile du nourrisson sont notamment le manque d’oxygène, l’inhalation excessive de dioxyde de carbone, l’exposition à la fumée secondaire, l’excès de chaleur et les infections respiratoires.

Lorsque les trois causes sont réunies, le SMSN peut survenir.

 

MESURES À PRENDRE POUR MINIMISER LES RISQUES DE SMSN

De bons soins prénatals : alimentation adéquate, cessation du tabagisme ou de l’abus d’alcool ou d’autres drogues et visites médicales fréquentes.
De bons soins médicaux durant la période post-partum : visites médicales régulières et immunisation systématique de l’enfant.
Un milieu sans fumée et sans drogues.
La position de sommeil : couchez le nourrisson sur le dos et NON sur le ventre.
L’habillement du bébé pour le coucher : votre bébé doit être à l’aise mais ne doit pas avoir trop chaud.
La literie : ne couchez pas votre nourrisson sur un matelas ou un oreiller mou, ou sur un duvet, un édredon ou un lit d’eau.
Le partage du lit : les adultes qui fument ou qui consomment des drogues ou de l’alcool ne doivent pas dormir avec leur nourrisson.
L’alimentation du bébé – allaitez votre nourrisson au sein.

MILIEU SANS FUMÉE ET SMSN


Le syndrome de mort subite du nourrisson est la principale cause de mortalité chez les nourrissons de un mois à un an. Le risque de SMSN triple lorsque la mère a fumé pendant la grossesse et double lorsque l’enfant est exposé à la fumée de cigarette après la naissance seulement. Il est très important que les parents créent un milieu sans fumée pour eux-mêmes et pour leurs enfants. La meilleure chose pour un bébé est de ne jamais être exposé à la fumée de cigarette. Si cela n’est pas possible, on doit limiter l’exposition du bébé en diminuant le plus possible sa propre consommation.

Les recherches montrent que la fumée de tabac ambiante ou fumée secondaire serait l’une des causes majeures de la mauvaise santé des enfants et un facteur majeur susceptible d’expliquer le nombre de cas de SMSN. Le fait est que la fumée de tabac ambiante renferme quelque 4 000 substances chimiques et qu’un enfant en croissance et dont les poumons sont fragiles respire environ 40 fois par minute (par comparaison à 18 fois pour un adulte). Si un tel enfant est vulnérable, les dommages sont imminents.

Les résultats d’une étude récente menée au Toronto’s Hospital for Sick Children et à la University of Maryland confirment l’hypothèse selon laquelle il existerait un lien entre la fumée de tabac ambiante et le SMSN. Les études en laboratoire démontrent que le taux de nicotine présent dans les tissus pulmonaires de bébés décédés de mort subite est considérablement plus élevé que celui observé chez les bébés qui ne sont pas décédés de mort subite. Selon les chercheurs, cela serait peut-être dû à la façon dont les poumons des nourrissons réagissent à la nicotine. C’est comme si l’enfant (ou le fœtus) agissait comme un réservoir de nicotine, et on sait que cette dernière altère la neurotransmission du système nerveux central et la régulation vasculaire cardiaque – qui pourraient jouer un rôle dans le décès des nourrissons. Cette étude ne conclut pas que la fumée de cigarette est la cause du SMSN et n’explique pas de quelle manière survient le décès. Elle souligne toutefois le risque que représente la fumée secondaire pour les nourrissons vulnérables.

SMSN ET COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES

Dans les communautés autochtones, le lien entre le tabac et le SMSN est amplifié. Les statistiques révèlent que les nourrissons autochtones sont plus à risque de mourir du SMSN que les nourrissons non autochtones. En C.-B., en 1996, les nourrissons autochtones comptaient pour 29 % des cas de SMSN et ce, même s’ils ne représentaient que 7 % de l’ensemble des enfants de la province. Une étude du ministère de la santé de la C.-B. indique que le taux de mortalité attribuable au SMSN chez les nourrissons de la province est presque cinq fois supérieur à celui des autres nourrissons de la même province. Selon une étude menée à la University of Calgary, les nourrissons autochtones de l’Alberta sont dix fois plus à risque de mourir du SMSN que les autres nourrissons de la province. En Saskatchewan, le taux de SMSN relevé entre 1982 et 1994 chez les nourrissons autochtones était de 5,5 % supérieur à celui observé chez les nourrissons non autochtones.
Contrairement à ce que l’on observe dans la population générale, où les taux de SMSN diminuent, la proportion de cas de SMSN chez les Autochtones de nombreuses régions du Canada a augmenté au fil des ans. C’est un problème dont on doit se préoccuper.