|
SYNDROME D'ALCOOLISATION
FTALE/EFFETS DE L'ALCOOL SUR LE FTUS
À l'image de l'onde produite par le caillou
lancé dans l'eau, le syndrome d'alcoolisation ftale
(SAF) et les effets de l'alcool sur le ftus (EAF) ont un
impact qui se propage à l'ensemble de la communauté.
La naissance d'un enfant atteint du SAF/EAF affecte les familles
concernées à un niveau très personnel. Mais
le SAF/EAF a aussi des répercussions sur les écoles,
les systèmes de soins de santé, les garderies et
les services sociaux et le système juridique. Le SAF et
les EAF sont des anomalies congénitales qui résultent
de la consommation d'alcool pendant la grossesse. L'alcool nuit
au bébé en développement et le nourrisson
naît avec certaines caractéristiques. Il est probable
qu'il ait un faible poids à la naissance et une croissance
plus lente que celle d'un bébé normal et en santé.
Ses caractéristiques faciales et ses oreilles peuvent
être d'apparence anormale, et ses organes internes - et
surtout le cerveau - sont endommagés.
Outre ces effets physiques primaires, l'enfant atteint du SAF/EAF
souffre souvent de troubles secondaires d'ordre comportemental,
mental et social dont l'hyperactivité, un piètre
jugement et un comportement antisocial. Au fil des ans, la personne
atteinte du SAF/EAF éprouve parfois des problèmes
de santé mentale; elle peut aussi vivre des expériences
perturbatrices en milieu scolaire, avoir des ennuis avec la loi,
abuser de l'alcool ou d'autres drogues, se montrer incapable
de vivre de manière autonome et avoir de la difficulté
à conserver un emploi.
Bien que le SAF/EAF soit la principale cause de déficience
mentale au Canada, il est évitable à 100 %. Des
études semblent indiquer que, au Canada, le taux de SAF/EAF
est de un à trois cas pour chaque 1 000 naissances vivantes
et que le taux des EAF est de huit cas pour 1 000 naissances
vivantes. Cela signifie que chaque année environ 350 nouveau-nés
sont atteints du SAF et 1 000 autres, des EAF.
Pour compliquer davantage les choses, il semble que tous les
cas de SAF et de EAF ne soient pas toujours diagnostiqués.
Les recherches indiquent que la plupart des Canadiens et des
Canadiennes qui souffrent actuellement du SAF/EAF ne seront jamais
diagnostiqués, et qu'ils sont condamnés à
une existence dysfonctionnelle en marge de la société.
Les communautés inuites et des Premières nations
sont à risque particulièrement élevé
en ce qui a trait au SAF/EAF. Dans une réserve des Premières
nations du Manitoba, on a répertorié environ 100
cas de troubles causés par l'alcool à la naissance
(terme général qui inclut le SAF/EAF) pour 1 000
naissances vivantes.
Les valeurs culturelles associées à la consommation
d'alcool et le degré de consommation et d'abus d'alcool
varient d'une communauté des Premières nations
à une autre. Quoi qu'il en soit, le SAF/EAF est de toute
évidence un grave sujet de préoccupation pour certains
groupes. Sur le plan historique, l'abus d'alcool est lié
à la colonisation et au phénomène de dépréciation
subi par les peuples inuits et des Premières nations,
qui ont tous deux entraîné la perte de leur culture.
Dans de nombreuses communautés autochtones, on reconnaissait
traditionnellement aux enfants atteints de déficiences
congénitales évidentes un statut particulier; on
disait qu'ils avaient reçu un don. De nombreux Autochtones
qui travaillent comme soignants auprès d'enfants atteints
du SAF/EAF en viennent à croire que les personnes atteintes
du SAF/EAF sont des âmes venues sur la terre pour nous
dire ce que nous devons changer dans nos communautés pour
que nous puissions tous vivre une vie saine et heureuse.
Comment l'alcool affecte-t-il
le ftus?
L'alcool contenu dans la bière,
le vin ou les boissons très alcoolisées traverse
le placenta de la mère et entre dans le système
sanguin du ftus. L'alcool stagne dans l'organisme du ftus
car il ne peut l'éliminer aussi rapidement que la mère.
Une étude démontre qu'il faut deux fois plus de
temps pour éliminer l'alcool présent dans le liquide
qui entoure le ftus que pour éliminer l'alcool présent
dans le sang maternel.
L'alcool est une substance toxique
qui endommage les cellules en développement. Plus la mère
boit, plus le risque de dommage est élevé - et
deux verres seulement par jour suffisent à causer des
dommages. Une grande consommation quotidienne et une consommation
occasionnelle excessive d'alcool sont toutes deux particulièrement
dangereuses.
Quel que soit le stade de la
grossesse, l'alcool est particulièrement nocif pour le
cerveau en développement. Mais il endommage aussi les
cellules du squelette, des oreilles, des yeux, des poumons, du
cur, des organes génitaux et des reins en développement.
Chez la mère stressée, dénutrie, qui fume
ou qui consomme d'autres drogues, le risque de dommages au ftus
causés par l'alcool est plus élevé encore.
Le type d'alcool consommé
ne fait aucune différence - l'effet est le même.
Une bouteille de bière de douze onces (341 ml), un verre
de vin de cinq onces (142 ml) et 1,5 once (43 ml) d'eau?de?vie
distillée renferment la même quantité d'alcool
pur.
À la naissance, un bébé
affecté par l'alcool risque de souffrir de symptômes
de sevrage d'alcool et de toutes autres drogues consommées
par la mère. C'est ce que l'on appelle le " syndrome
d'abstinence néonatale ". Le bébé risque
aussi d'être sujet aux infections, de mal se développer
et de manquer de tonus musculaire (bébé "
flasque ") ou d'avoir des muscles trop fermes. Les nourrissons
atteints du SAF/EAF sont sujets aux troubles de sommeil et peuvent
avoir de la difficulté à téter et à
avaler.
On ne sait pas vraiment s'il
existe un seuil de consommation d'alcool sans danger pendant
la grossesse. Les autorités canadiennes et américaines
en matière de santé recommandent de s'abstenir
de consommer de l'alcool pendant la grossesse et lorsque l'on
allaite au sein, car l'alcool passe facilement dans le lait maternel.
Caractéristiques
des nourrissons atteints du SAF
Il n'existe pas deux enfants qui soient affectés par le
SAF de la même manière. Les caractéristiques
d'une telle déficience peuvent se modifier à mesure
que l'enfant grandit (ce qui ne veut pas dire que si les effets
deviennent moins évidents, l'enfant ne souffre plus du
SAF).
Le médecin diagnostique le SAF selon qu'il y ait eu ou
non exposition prénatale à l'alcool, et en fonction
de la présence ou non de certaines des caractéristiques
suivantes :
Retard de croissance.
Les bébés atteints du SAF se développent
plus lentement que les enfants normaux et sains. Le retard de
croissance se définit comme un poids ou une taille inférieure
au 10e percentile correspondant à l'âge de l'enfant.
Ces enfants sont généralement de petite taille
et maigres, et deviennent des adultes de petite taille. L'habitude
de fumer de la mère et une mauvaise alimentation prénatale
peuvent aussi contribuer à un retard de croissance.
Déformation des traits
faciaux. Tout diagnostic clinique de SAF exige l'identification
d'au moins deux des traits faciaux suivants : raccourcissement
de la fente des paupières, épicanthus de la paupière,
nez court retroussé, philtrum aplati (crête allant
du nez à la lèvre supérieure), lèvre
supérieure mince et autres anomalies des yeux, des oreilles
et de la bouche (palais et dents).
Les cliniciens ne s'entendent pas tous sur la fréquence
des traits faciaux, qui sont de plus en plus difficiles à
diagnostiquer au fur et à mesure que l'enfant grandit.
Les caractéristiques distinctes commencent parfois à
disparaître à l'âge adulte.
Atteinte du système
nerveux central (SNC). Les dommages au SNC dus à l'exposition
à l'alcool pendant la grossesse peuvent inclure notamment
les affections suivantes : cerveau de taille réduite ou
petite circonférence de la tête, malformations du
cerveau, retard du développement, affaiblissement intellectuel,
troubles du développement, difficultés d'apprentissage,
manque d'attention/hyperactivité, piètre jugement
et difficultés de raisonnement.
Les enfants atteints des EAF présentent quelques-unes
seulement des caractéristiques ci-dessus. Ils ne souffrent
pas d'une forme " atténuée " du SAF.
Ils risquent de souffrir de troubles d'apprentissage et de comportement
tout aussi graves que ceux qui affectent un enfant atteint du
SAF, mais leurs déficiences sont parfois moins évidentes
en raison de leur apparence plus normale.
Chez la personne atteinte du SAF/EAF, les dommages au cerveau
sont permanents. Mais plus on en apprend sur le SAF/EAF, plus
on peut espérer pouvoir aider les enfants qui en sont
atteints. L'une des stratégies clés consiste à
diminuer ou à prévenir les déficiences secondaires
liées au SAF/EAF. Un milieu stable où on leur manifeste
de l'amour et des soins et des interventions comme un environnement
bien structuré et des techniques d'apprentissage adéquates
permettent d'aider les enfants atteints du SAF/EAF à vivre
une vie productive.
Identification des femmes
à risque d'avoir un bébé atteint du SAF/EAF

Au Canada, environ 67 % des femmes consomment de l'alcool, ce
qui fait de l'alcool la drogue la plus utilisée par les
femmes au pays. Les femmes qui continuent de consommer beaucoup
d'alcool durant leur grossesse le font pour plusieurs raisons,
et très souvent pour les mêmes raisons qui poussent
les autres femmes à boire. Ce sont notamment le fait de
fréquenter des gens qui consomment de l'alcool et qui
acceptent l'idée d'en consommer abusivement, le manque
d'estime de soi, l'anxiété ou la dépression
et le fait de vivre des situations désagréables.
La principale façon d'identifier les femmes à risque
d'avoir un bébé atteint du SAF/EAF consiste à
dépister les problèmes de consommation d'alcool
et de drogues. Les professionnels de la santé ou tout
autre professionnel qui conseillent les femmes en matière
d'autogestion de la santé pratiquent généralement
le dépistage. Les questions qui servent à dépister
les cas de consommation de drogues devraient être intégrées
aux examens réguliers et à l'établissement
des antécédents médicaux, être posées
à TOUTES les femmes et laisser à la femme la possibilité
de s'exprimer librement et à son aise.
Le questionnaire T-ACE (pour Tolerance-Annoyance-Cut Down-Eye
Opener, ou Tolérance-Fâchée-Diminuer-Ouvrir
les yeux), créé pour évaluer les risques
pendant la grossesse, comporte les questions
suivantes :
1. Combien de verres vous faut-il pour sentir les effets de l'alcool?
(TOLÉRANCE)
2. Des gens vous ont-ils FÂCHÉE en vous disant que
vous devriez diminuer votre consommation d'alcool?
3. Avez-vous l'impression que vous devez DIMINUER votre consommation?
4. Avez-vous déjà ressenti le besoin de boire un
verre en vous levant le matin? (OUVRIR LES YEUX)
Si une femme répond deux verres ou plus à la première
question, inscrivez deux points. Elle reçoit un point
pour chaque réponse positive aux autres questions. Un
total de deux points ou plus indique un comportement à
risque en matière de consommation d'alcool.
Conseil aux intervenants
Intervenir auprès des femmes enceintes à risque
d'avoir un bébé atteint du SAF est une tâche
exigeante et ce, pour diverses raisons. L'une d'entre elles est
que la grossesse est un état très personnel qui
n'est pas toujours immédiatement apparent aux yeux d'une
personne de l'extérieur sauf plus tard lorsque la grossesse
est avancée. Certaines femmes ne savent peut?être
pas qu'elles sont enceintes jusqu'à ce qu'elles atteignent
leur deuxième ou leur troisième mois et parfois
plus tard.
En outre, toutes les femmes ne vont pas consulter le médecin
immédiatement, particulièrement celles qui consomment
beaucoup d'alcool ou d'autres drogues. Certaines femmes ont une
grande dépendance envers l'alcool et les drogues et pour
elles, il est très difficile d'en briser le cycle. D'autres
femmes qui abusent de l'alcool ou d'autres drogues vivent dans
des conditions difficiles et souvent dangereuses.
Il n'est jamais facile de surmonter un problème d'alcoolisme.
La grossesse est une excellente occasion pour les femmes alcooliques
de cesser de boire ou de diminuer leur consommation. Pour y parvenir,
elles ont besoin de respect, de compréhension, d'attention
et de soutien.
La femme qui désire modifier son comportement doit comprendre
les dangers liés à l'abus d'alcool et choisir de
fréquenter des consommateurs mieux avertis ou de ne plus
fréquenter de gens qui consomment de l'alcool. Elle doit
aussi apprendre à gérer ses émotions négatives
par d'autres moyens que l'alcool ou la drogue. Pour terminer,
elle doit prendre conscience de la façon dont sa situation
influe sur sa consommation d'alcool ou de drogues et réfléchir
aux moyens à prendre pour la modifier.
Voici quelques suggestions d'approches à l'intention des
professionnels de la santé qui désirent conseiller
les femmes enceintes en matière de consommation d'alcool
:
soulignez les aspects positifs
(p. ex., " En cessant de boire maintenant, vous avez plus
de chance d'avoir un bébé en bonne santé
";
ne faites aucune prédiction
relative à une grossesse donnée - chaque situation
est unique;
aidez les femmes à évaluer
les risques auxquels elles s'exposent;
aidez les femmes à trouver
la motivation nécessaire pour diminuer les risques;
recommandez un traitement contre
l'abus d'alcool ou d'autres drogues lorsque cela est approprié;
donnez de l'information sur la
planification familiale et les différents choix offerts;
soyez sensibles à l'éventail
de questions susceptible d'être associé à
la consommation d'alcool et de drogues par une femme, notamment
aux problèmes d'ordre juridique ou ayant trait à
la garde des enfants, à l'instabilité du foyer,
à la mauvaise santé, à la dépression,
aux antécédents de violence ou d'abus sexuel, aux
maladies transmises sexuellement, etc.;
soyez sensibles aux craintes
des femmes de perdre leurs enfants lorsqu'elles reconnaissent
avoir un problème d'alcool ou de drogues ainsi qu'aux
sentiments de honte et au déni associés à
ce type de problème;
soyez sensibles au manque de
services de garde et de transport et aux autres obstacles logistiques
à l'accès aux traitements;
alimenter toujours leur espoir.
Aborder les causes premières
du SAF/EAF
Le SAF/EAF a pour cause la consommation ou l'abus d'alcool par
la mère pendant la grossesse. Comprendre ce qui pousse
une mère à boire pendant la grossesse exige toutefois
une analyse plus poussée - une analyse qui révèle
que le SAF/EAF est une préoccupation qui touche l'ensemble
de la communauté.
Quelles sont les raisons de l'abus d'alcool chez les peuples
autochtones? Il faut bien sûr reconnaître l'introduction
de l'alcool dans les sociétés autochtones à
l'époque du colonialisme. Il faut aussi examiner de quelle
manière les Autochtones et, plus spécifiquement
chaque communauté autochtone, ont réagi à
la présence de l'alcool.
En général, certains facteurs de risque, ou conditions,
influent sur l'environnement d'une personne et peuvent amener
une femme enceinte à consommer de l'alcool :
un faible statut socio?économique;
la pauvreté et le stress;
des antécédents
d'avortement spontané;
la mauvaise santé et la
mauvaise nutrition de la mère;
le deuil ou la perte d'un proche;
le manque de connaissances relatives
au SAF/EAF dans la communauté;
des conditions de vie chaotiques
et l'abus d'alcool ou de drogues par des parents;
la violence.
Il s'agit dans bien des cas de problèmes d'ordre communautaire.
Dans le même temps, la participation de la communauté
semble nécessaire pour lutter efficacement contre le SAF/EAF.
Heureusement, les croyances autochtones traditionnelles appuient
fortement le concept " d'entraide collective " - surtout
lorsqu'il est question des enfants.
Anciennement, dans les communautés autochtones, les futurs
parents avaient le devoir de suivre les conseils des aînés
s'ils voulaient mettre au monde un bébé en santé.
Les gens comprenaient alors que les enfants représentaient
l'avenir et que tout ce qui pouvait leur arriver aurait des répercussions
sur les sept générations suivantes.
De nos jours, il est permis d'espérer que, grâce
à l'éducation, à la sensibilisation, au
soutien et au phénomène de guérison observés
chez les femmes et dans les communautés, le SAF/EAF pourra
être évité.
 |