AIDER LES FEMMES ENCEINTES ET LES NOUVELLES MÈRES À CESSER DE FUMER

Cesser de fumer n'est jamais facile. Pour les femmes enceintes et les mères, qui font face à des situations de stress à la fois nouvelles et uniques, il peut s'agir d'un défi particulièrement difficile à relever. Celles qui y parviennent en retirent toutefois, sur le plan de la santé, des avantages considérables pour elles?mêmes et pour leur bébé.
La cessation du tabagisme est particulièrement cruciale pour les femmes autochtones. La Fondation des maladies du cœur rapporte que 60 % des femmes autochtones âgées de quinze ans ou plus fument régulièrement (par comparaison à un taux global de 26 % pour les femmes canadiennes). Dans les Territoires du Nord-Ouest, jusqu'à 80 % des femmes inuites fument. Une étude menée à l'Université du Manitoba démontre que les mères autochtones sont deux fois plus à risque de fumer pendant la grossesse que les mères non autochtones (53 % contre 26 %).
Malheureusement, les programmes courants de cessation du tabagisme ne se sont pas révélés très efficaces dans les communautés autochtones. Certains d'entre eux présentent le tabac comme une substance nocive ou mauvaise - approche qui va à l'encontre de la vision autochtone traditionnelle selon laquelle le tabac est une plante sacrée. Ces programmes tendent aussi à ne pas tenir compte des conditions de vie des femmes autochtones.
Les programmes de cessation du tabagisme à l'intention des femmes autochtones doivent témoigner d'une appréciation de la femme comme individu unique et comme faisant partie d'une culture unique. Ils doivent également informer les femmes des dangers réels du tabagisme pendant la grossesse et la maternité. Les agents de santé communautaire ne devraient pas chercher à atténuer la portée d'un tel message. Ils doivent toutefois le transmettre sans porter de jugement de valeur et en insistant sur les bienfaits pour la mère et son bébé.

Comment le tabagisme affecte-t-il l'enfant en gestation?
La fumée de cigarette atteint le fœtus par l'intermédiaire du placenta, le tissu qui relie la mère et le fœtus. Le placenta a plusieurs fonctions importantes dont celle d'apporter les nutriments au fœtus. Lorsque la nicotine et le monoxyde de carbone (toxines présentes dans la fumée de cigarette et la fumée secondaire) pénètrent dans l'organisme, ils atteignent le placenta et le privent d'oxygène et de nutriments. Il en résulte que le bébé en est également privé.
Le tabagisme durant la grossesse augmente les risques d'avortement spontané ainsi que les risques d'avoir un bébé mort-né, un bébé prématuré ou un bébé atteint d'anomalies congénitales. Le tabagisme endommage les poumons du fœtus, qui se développent tôt et sont exposés plus longtemps que les autres organes aux toxines du tabac. Il endommage aussi le cerveau du fœtus en interférant avec l'échange d'oxygène au niveau du placenta.

Les femmes enceintes qui fument sont plus à risque de donner naissance à un bébé de faible poids à la naissance. Il s'agit d'un problème car les petits bébés sont plus susceptibles d'être malades, d'exiger des soins particuliers et de demeurer plus longtemps à l'hôpital. Ils sont aussi plus à risque de mourir à la naissance ou au cours de la première année.
Une femme enceinte qui fume est davantage à risque de souffrir de placenta preavia (insertion anormale du placenta), de décollement placentaire (séparation prématurée du placenta) ou de rupture des membranes (rupture prématurée de l'amnios).
Le risque le plus grave associé au tabagisme est la probabilité plus élevée que l'enfant soit victime du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN). Au Canada, le SMSN est la principale cause de mortalité chez les nourrissons de un mois à un an (voir l'article consacré au SMSN dans le présent numéro du magazine Le Lien). Le risque de SMSN triple lorsque la mère a fumé pendant la grossesse et double lorsque l'enfant n'a été exposé à la fumée de cigarette qu'après la naissance.

Fumée de tabac ambiante


Les femmes enceintes non fumeuses qui vivent ou travaillent dans un environnement contaminé par la fumée souffrent parfois des mêmes effets nocifs que les fumeuses.
Des études démontrent que la fumée secondaire (ou fumée de tabac ambiante) est dangereuse pour le fœtus et le bébé. La fumée de tabac ambiante est un mélange de fumée exhalée par les fumeurs, de fumée secondaire provenant de la combustion du tabac entre les bouffées et de contaminants émis dans l'air durant et entre les bouffées. Elle renferme plus de 4 000 substances, dont de grandes quantités d'ammoniac, de benzène, de monoxyde de carbone, de nicotine, de carcérogènes et autres irritants.
Les nourrissons ont des poumons en développement fragiles et respirent environ 40 fois par minute par comparaison à 18 fois par minute pour un adulte. Ils sont donc vulnérables aux effets de la fumée de cigarette.
Les résultats d'une étude récente menée au Toronto's Hospital for Sick Children et à la University of Maryland font état d'un taux de nicotine considérablement plus élevé dans les tissus pulmonaires de bébés décédés de mort subite que dans ceux de bébés qui ne sont pas décédés de mort subite. L'étude ne conclut pas que la fumée de cigarette est la cause du SMSN, mais elle souligne toutefois le risque que présente la fumée secondaire pour les nourrissons vulnérables au SMSN.
La fumée de tabac ambiante pose un défi majeur sur le plan de la santé environnementale dans notre société, tout particulièrement parce que ses effets nocifs sont souvent ressentis par les non?fumeurs comme les bébés et enfants et ce, bien malgré eux.

RÉPONDRE AUX PRÉOCCUPATIONS DU CLIENT

Même lorsqu'elles reconnaissent les risques pour la santé associés au tabagisme, les femmes enceintes et les nouvelles mères ont parfois des préoccupations ou des perceptions erronées au sujet de la cessation du tabagisme. Voici comment les professionnels de la santé peuvent répondre aux affirmations qui suivent :

" Je suis déjà au sixième mois de ma grossesse. Ça ne sert à rien de cesser de fumer maintenant. " Quelle que soit l'étape de la grossesse à laquelle une femme cesse de fumer, elle en retire des bienfaits sur le plan de la santé. Si elle devient enceinte et qu'elle fume, elle devrait essayer de cesser. Le plus tôt elle cessera, le mieux ce sera pour elle et son bébé (le meilleur moment pour cesser est bien sûr avant de devenir enceinte - idéalement, trois mois avant la conception).

" J'ai diminué ma consommation. C'est le mieux que je puisse faire. " C'est un pas dans la bonne direction. Mais la seule façon de vraiment protéger le bébé en gestation est de cesser de fumer. Les femmes qui diminuent leur consommation inhalent parfois plus profondément ou prennent davantage de bouffées pour absorber la même quantité de nicotine qu'auparavant.

" Je ne veux pas cesser de fumer - J'ai peur de prendre du poids. " La femme a besoin de prendre du poids pendant la grossesse. Un bébé en gestation dépend de sa mère pour obtenir les nutriments dont il a besoin. Lorsque la mère se nourrit bien, la prise de poids est généralement sans problème. Des exercices légers sont bénéfiques pour la mère et le bébé et sont recommandés.

" Je ne veux pas cesser de fumer car cela m'aide à gérer le stress. " Il est important de trouver d'autres façons de se détendre, c'est?à?dire des façons qui sont beaucoup plus saines pour la mère et le bébé en gestation. Les exercices de relaxation et de respiration peuvent être bénéfiques. Trouver d'autres activités - surtout celles qui demandent d'utiliser les mains - peut être utile.

" Je cesserai de fumer pendant la grossesse, mais je prévois recommencer après. " La fumée de cigarette est aussi nocive pour les nourrissons. Elle entraîne un risque accru de décéder du SMSN ou de souffrir de maladie respiratoire, d'une fonction respiratoire déficiente, de la toux, de respiration sifflante, d'asthme, d'allergies, de troubles de l'oreille moyenne et de retard du développement sans parler du risque d'adopter plus tard un comportement de fumeur.

" J'allaite au sein. Est-ce sans danger de fumer? " L'allaitement au sein est recommandé même lorsque la mère fume. Les mères devraient toutefois savoir que les toxines du tabac sont transmises à leur bébé par le lait maternel. Les femmes qui fument beaucoup produisent moins de lait et leur lait a une moins forte teneur en vitamine C. Leur bébé est plus à risque de souffrir de nausée, de coliques et de diarrhée. Même des taux modérés de nicotine et d'autres substances chimiques sont présents dans le lait maternel jusqu'à cinq heures après la dernière cigarette. La mère qui continue de fumer devrait le faire après avoir allaité son bébé (et non avant) et elle devrait fumer loin de son bébé.

" Est-il sans danger de recourir au traitement à la nicotine et d'essayer de cesser de fumer pendant la grossesse? " Le traitement à la nicotine (gomme à mâcher, timbres, inhalateur ou vaporisateur) relâche de la nicotine dans l'organisme. La nicotine est un poison pour la mère et le fœtus. Les recherches démontrent toutefois que le traitement à la nicotine présente moins de risques pour le fœtus que le fait pour la mère de continuer de fumer, surtout si elle fume beaucoup. La dose quotidienne de nicotine est alors moindre et la mère est moins exposée aux autres composants toxiques du tabac. Les femmes devraient discuter d'une telle stratégie avec leur médecin.

" Puis-je recourir au traitement à la nicotine lorsque j'allaite? " Comme la nicotine passe facilement dans le lait maternel, elle ne devrait être prise sous aucune forme durant l'allaitement.

POUR DES PROGRAMMES DE CESSATION DU TABAGISME EFFICACES

Ciblez et adaptez les interventions en fonction de la population autochtone, et particulièrement en fonction des femmes enceintes et des mères. Reconnaissez le respect traditionnellement accordé au tabac, les pressions additionnelles auxquelles doivent faire face les communautés autochtones et les facteurs de stress additionnels auxquels doivent faire face les femmes enceintes et les mères. Examinez les besoins particuliers de chaque femme et comment elle pourrait bénéficier du fait de cesser de fumer.

Amorcez les interventions pour aider les femmes à cesser de fumer le plus tôt possible. Idéalement avant la grossesse. Des messages axés sur l'éducation du public peuvent être présentés aux femmes fumeuses et à leur conjoint qui désirent avoir des enfants. Au cours de la grossesse, les interventions devraient avoir lieu le plus tôt possible.

Efforcez-vous de comprendre le processus de cessation du tabagisme. Le processus comporte des étapes distinctes et chacune d'elles nécessite une forme de soutien particulière. Les étapes sont les suivantes : la précontemplation (la femme ne pense pas à cesser de fumer); la contemplation (elle envisage sérieusement de cesser de fumer au cours des six prochains mois); la préparation (elle est décidée d'arrêter de fumer - elle a rassemblé des ressources, examiné des programmes, choisi une date pour cesser de fumer); l'action (elle met en application le programme de cessation du tabagisme choisi); la consolidation (elle s'efforce d'éviter les rechutes); et les rechutes (elle recommence à fumer - de nombreuses personnes doivent faire plusieurs essais avant de réussir à cesser de fumer).

Incluez des interventions visant à diminuer le tabagisme. On devrait encourager les femmes enceintes qui ne cessent pas de fumer à diminuer considérablement leur consommation.

Préparez la femme aux défis qui suivent la naissance. Soixante à 80 % des femmes qui cessent de fumer pendant la grossesse recommencent dans les six mois qui suivent la naissance du bébé. Les facteurs de stress auxquels elles doivent faire face au cours de cette période sont différents de ceux rencontrés pendant la grossesse : s'occuper d'un nouvel enfant, s'adapter au manque de sommeil, trouver du temps pour soi?même, etc.

Faites participer les conjoints. Comme 60 à 74 % des femmes enceintes fumeuses vivent avec un conjoint fumeur, il peut être utile de proposer à ce dernier des stratégies ou des programmes de cessation du tabagisme. Comme la fumée secondaire est nocive pour les nourrissons, il est important pour le conjoint (et pour les autres personnes) de ne pas fumer dans l'environnement de la future maman ou des enfants.

Présentez de l'information provenant de sources variées : efforts collectifs, publicité et médias, affiches, initiatives en milieu de travail, éducation du public, professionnels de la santé, pairs, etc. L'effet conjugué de différents modes de communication est parfois efficace.

Créer un environnement sans fumée pour votre cliente et sa famille. Rappelez à votre cliente que le fait de fumer au sous?sol ou à côté d'un ventilateur n'offre pas une protection suffisante. La création d'un environnement sans fumée est parfois une entreprise délicate et difficile mais n'en demeure pas moins très importante. Vous pouvez, avec votre cliente, élaborer des stratégies comme le fait de placer à la fenêtre une affiche qui demande poliment de ne pas fumer dans la maison, de signer un contrat familial, etc.

Comment réagit l'organisme lorsque l'on cesse de fumer?
Jour un.
Après 20 minutes, la tension artérielle et le pouls diminuent pour revenir à la normale, et la température des pieds et des mains revient aussi à la normale. Après huit heures, le taux de monoxyde de carbone sanguin diminue pour revenir à la normale, et le taux d'oxygène sanguin augmente pour revenir à la normale; après 24 heures, les risques de crise cardiaque ont déjà diminué.
Première semaine. La croissance des terminaisons nerveuses reprend. Les sens de l'odorat et du goût s'accentuent; les bronches se détendent et la respiration devient plus aisée; la capacité pulmonaire augmente.
Première année. La toux, la congestion des sinus, la fatigue et l'essoufflement diminuent. La croissance des cils des bronches reprend, améliorant par le fait même la capacité des poumons à éliminer le mucus et à se nettoyer, ce qui diminue les risques d'infection.
Après cinq ans. Le taux de mortalité due au cancer du poumon diminue presque de moitié.
Dix à quinze ans plus tard. Les cellules précancéreuses sont remplacées. Le taux de mortalité par cancer du poumon diminue de façon marquée; le risque de maladie coronarienne est le même que pour les non-fumeurs.

Quelques stratégies pour cesser de fumer :
· Buvez beaucoup d'eau.
· Respirez profondément.
· Retardez votre première cigarette de la journée.
· Soyez physiquement actif.
· Reposez-vous beaucoup.
· Occupez-vous les mains.
· Faites-vous plaisir.
· Célébrez vos succès à toutes les étapes.
· Choisissez des aliments sains.
· Conservez dans votre paquet de cigarettes un journal sur votre consommation.
· Encouragez un ami à cesser de fumer avec vous.
· Fréquentez des non-fumeurs.
· Cherchez des façons de rendre l'habitude de fumer plus difficile.
· Suivez un cours sur la cessation du tabagisme.
· Détendez-vous et méditez.
· Tenez un journal.
· Fréquentez des endroits pour non?fumeurs.
· Faites de votre maison un endroit sans fumée.
· Planifiez une journée sans tabac.

L'usage traditionnel du tabac : rien à voir avec la consommation de tabac commercial

Chez les peuples autochtones, le tabac était traditionnellement perçu comme un présent du Créateur. Considéré comme l'une des plantes les plus respectées, le tabac était brûlé au cours des cérémonies sacrées. On croyait que sa fumée apportait les prières vers le Créateur. On le jetait sur le feu avant d'entrer en communication avec le monde des esprits, on le jetait sur l'eau avant le départ pour garantir la sécurité des voyageurs et on le fumait dans une pipe sacrée pour sceller des ententes politiques et économiques entre les tribus.
Traditionnellement, les peuples autochtones n'utilisaient le tabac qu'au cours de cérémonies particulières, pratique qui a commencé à changer avec l'arrivée des colons européens en Amérique du Nord. Ces derniers faisaient le commerce d'un nouveau type de tabac utilisé à des fins récréatives. Le tabac n'a pas perdu sa signification religieuse pour les peuples autochtones, mais le tabac original utilisé pour les cérémonies est devenu rare parce qu'on n'en faisait plus le commerce.
Le tabac utilisé de nos jours dans les cigarettes commerciales ressemble peu à la plante indigène utilisée dans les cérémonies traditionnelles. Pendant 500 ans, on a procédé à des multiplications sélectives visant à accroître sa teneur en nicotine. Il s'agit maintenant d'une substance hautement toxicomagène. Dans la communauté autochtone moderne, le respect dont faisait l'objet l'usage traditionnel du tabac est souvent éclipsé par la consommation très répandue de tabac commercial.
On estime qu'environ 60 % des Autochtones du Canada seraient des fumeurs et ce, par comparaison à 23 % de la population canadienne générale. De ce nombre, 72 % des Inuits sont des fumeurs par comparaison à 56 % chez les Indiens et à 57 % chez les Métis. Les peuples autochtones des Territoires du Nord?Ouest sont les plus enclins à fumer (71 %) alors que les peuples autochtones de la Colombie?Britannique sont ceux qui fument le moins (51 %).