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SYNDROME
DE MORT SUBITE DU NOURRISSON
L'enfant est un cadeau du Créateur. Les enseignements
traditionnels autochtones nous disent que la naissance symbolise
l'éveil, l'émergence, le changement et un nouveau
départ. C'est pourquoi donner la vie est sacré
: le bébé qui naît est un présent
de l'Esprit aux parents et à la communauté. Aussi,
la mort d'un bébé est un événement
tragique. Le syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN) - qui
désigne le décès soudain et paisible d'un
nourrisson apparemment en bonne santé durant son sommeil
- est particulièrement difficile à comprendre et
à accepter.
Au Canada, le SMSN est la principale cause de décès
chez les nourrissons âgés de un mois à un
an. Aussi connu sous le nom de " mort au berceau ",
le SMSN touche un bébé sur 3 000. Un nourrisson
apparemment en bonne santé tombe endormi dans son lit,
sa poussette, son siège d'auto ou dans les bras de ses
parents pour ne plus jamais se réveiller. Aucun signe
de souffrance n'est associé au décès. Malheureusement,
le taux de décès par SMSN est au moins trois fois
plus élevé dans les communautés des Premières
nations du Canada, et les études montrent que s'il a diminué
depuis 1980 dans la population générale, il demeure
élevé chez les Autochtones.
La mortalité infantile se divise en deux périodes
: la mortalité néonatale (la mort survient dans
les 27 premières jours qui suivent la naissance) et la
mortalité postnéonatale (la mort survient entre
28 jours et un an après la naissance). Les taux de mortalité
néonatale observés chez les Indiens inscrits du
Canada se rapprochent de la moyenne nationale. Cependant, le
taux de mortalité postnéonatale demeure extrêmement
élevé :
· Les mères autochtones âgées de 19
à 24 ans sont 6,5 % plus à risque de perdre un
nourrisson en raison du SMSN que les mères non autochtones.
· Une étude menée à la University
of Calgary montre que les nourrissons autochtones de l'Alberta
courent dix fois plus de risques de mourir du SMSN que les autres
nourrissons de la province.
· En Saskatchewan, le taux de SMSN observé entre
1982 et 1994 chez les nourrissons autochtones était supérieur
de 5,5 % à celui observé chez les nourrissons non
autochtones.
· Une étude américaine s'échelonnant
de 1992 à 1996 rapporte un taux de 19 cas pour 1 000 nourrissons
autochtones nord?américains, par comparaison à
neuf cas pour 1 000 dans la population générale.
Les facteurs de risque de SMSN chez les nourrissons visés
par l'étude incluent notamment le fait de trop emmailloter
les enfants, le manque de soins prénatals ou postnatals,
la pauvreté ainsi que le tabagisme et la consommation
d'alcool pendant la grossesse.

QU'EST-CE QUE LE SMSN?
Le diagnostic de SMSN est posé lorsque toutes les autres
causes possibles de mortalité ont été éliminées
à la suite d'une autopsie, de l'examen des lieux du décès
et de l'étude des antécédents médicaux
du nourrisson. La plupart des cas de SMSN surviennent entre l'âge
de deux et quatre mois. Le SMSN est peu fréquent après
l'âge de six mois et rare après l'âge de 12
mois. Il survient rapidement, généralement pendant
le sommeil du nourrisson, où certains facteurs de stress
normaux se manifestent : diminution de la fréquence cardiaque
et de la tension artérielle, obstruction partielle possible
de la bouche ou du nez, arrêt temporaire possible de la
respiration ou inhalation de dioxyde de carbone lorsque le nez
ou la bouche sont couverts.
Les recherches font état de différences subtiles
dans la façon dont les nourrissons victimes du SMSN répondent
à ces facteurs de stress. Chez un bébé normal
et sain, le tronc cérébral déclenche un
signal d'alarme lorsque, par exemple, le bébé a
besoin de plus d'oxygène. Cependant, le système
d'alarme des bébés victimes du SMSN ne se déclenche
pas de la même manière. Les experts médicaux
utilisent un modèle qui propose trois causes possibles
de vulnérabilité au SMSN. En elles?mêmes,
chacune de ces causes ne constitue pas nécessairement
une menace, mais lorsque réunies, le SMSN peut survenir.
Nourrissons vulnérables : En dépit de
leur apparence saine, certains nourrissons souffrent d'un trouble
de santé qui les rende particulièrement vulnérables
aux facteurs de stress de la vie normale. On croit que ce trouble
se situerait au niveau du tronc cérébral, responsable
du contrôle de la fréquence cardiaque, de la respiration
et d'autres systèmes de l'organisme.
Période de développement critique : Au cours
des six premiers mois, des changements rapides surviennent chez
le nourrisson au fur et à mesure que les différents
systèmes de son organisme se développent. Ces changements
touchent les habitudes de sommeil et d'éveil, la respiration,
la fréquence cardiaque, la tension artérielle et
la température corporelle.
Facteurs de stress externes : Certains facteurs de stress
comme l'exposition à la fumée de cigarette, l'habitude
de dormir sur le ventre, les infections respiratoires bénignes
ou l'augmentation du niveau de CO2 mettent à l'épreuve
le " système d'alarme " normal du nourrisson.
Facteurs de risque associés au SMSN
Aucun facteur n'est responsable à lui seul du SMSN, cependant
les risques de SMSN augmentent lorsque les bébés
:
· dorment sur le ventre ou sur le côté plutôt
que sur le dos;
· sont exposés à la fumée secondaire
de cigarette avant ou après la naissance;
· sont de sexe masculin;
· appartiennent à une Première nation (la
pauvreté, le faible niveau de scolarisation, une mauvaise
santé et les mauvaises conditions sociales sont des déterminants
de la santé souvent observés chez les peuples des
Premières nations et contribueraient à un taux
élevé de SMSN);
· naissent prématurément ou ont un faible
poids à la naissance;
· naissent de mères qui ont bénéficié
de soins prénatals tardifs, voire d'aucun soin prénatal,
ou qui étaient âgées de moins de 20 ans au
moment de leur première grossesse;
· ont trop chaud pendant leur sommeil, soit parce qu'ils
sont trop couverts ou parce que la température de la pièce
est trop élevée;
· partagent le lit d'un adulte fumeur.

COMMENT LES PARENTS PEUVENT-ILS DIMINUER LES RISQUES DE DÉCÈS
PAR SMSN?
Couchez votre nourrisson sur le dos plutôt que sur le
ventre.
Le SMSN est moins fréquent chez les bébés
qui dorment sur le dos. Les études démontrent que
le fait de coucher les bébés sur le dos a diminué
jusqu'à 50 % le nombre de cas de SMSN dans les pays où
on couchait traditionnellement les nourrissons sur le ventre.
Vous ne devez pas vous inquiéter de voir votre bébé
s'étouffer lorsque vous le couchez sur le dos - cela risque
davantage de se produire lorsque vous le couchez sur le ventre.
Lorsque votre bébé est assez vieux pour se tourner
lui?même sur le ventre, vous n'avez plus besoin de le coucher
sur le dos.
De nombreux parents s'inquiètent de toujours coucher leur
enfant sur le dos car ils craignent que cela entraîne une
déformation du crâne (tête plate). Dans la
plupart des cas, l'aplatissement tend à disparaître
de lui?même et il n'affecte pas le fonctionnement du cerveau.
Veillez à placer votre bébé sur le ventre
de temps à autre lorsqu'il est réveillé
et que quelqu'un le surveille. Cela est important pour son développement
et permet d'éviter l'apparition temporaire de surfaces
plates à l'arrière de la tête.
Couchez votre bébé sur une surface plane
et ferme.
Ne couchez pas votre bébé sur un matelas mou, un
lit d'eau, un édredon mou, un oreiller, une couette ou
un duvet. Ne placez pas d'oreillers, de jouets en peluche ou
de bordures de protection dans son lit.
Habillez votre bébé pour qu'il soit confortable
pour dormir - Il ne doit pas avoir trop chaud.
Ne fumez pas pendant la grossesse.
Les mères qui fument pendant la grossesse sont trois fois
plus à risque que les autres de perdre leur enfant en
raison du SMSN. Le tabagisme est répandu dans les communautés
autochtones, en partie en raison du rôle clé que
jouait traditionnellement le tabac dans la culture autochtone.
Les femmes enceintes et les membres de leur famille devraient
toutefois comprendre que la consommation de tabac commercial
n'a rien à voir avec l'usage traditionnel du tabac, qui
était autrefois réservé à l'accomplissement
de rites et de cérémonies particulières.
Après la naissance de votre enfant, interdisez
de fumer dans votre maison.
L'exposition à la fumée secondaire des autres membres
de la famille double les risques pour le bébé d'être
victime du SMSN. Idéalement, le bébé ne
devrait jamais être exposé à la fumée
de cigarette. Si cela est impossible, on doit diminuer son exposition
à la fumée secondaire - moins les gens fument près
de votre bébé, moins il court de risque de décéder
du SMSN ou de souffrir d'autres problèmes de santé.
Si vous fumez ou consommez de l'alcool ou des drogues,
ne partagez pas votre lit avec votre nourrisson.
Bien que l'habitude de partager le lit avec le nourrisson soit
courante dans de nombreuses familles, elle ne diminue pas nécessairement
les risques de SMSN. En fait, les risques augmentent lorsque
le bébé dort avec un fumeur. Les personnes qui
consomment de l'alcool ou des drogues sont parfois moins aptes
à réagir lorsque, par exemple, ils roulent sur
leur bébé et que ce dernier pleure.
Des mères couchent avec leur nourrisson pour favoriser
l'allaitement au sein. Elles devraient alors dormir sur un matelas
ferme pour éviter que le bébé ne soit accidentellement
coincé. Le bébé devrait être capable
de dormir sur le dos et ne pas courir le risque d'avoir le visage
recouvert par la literie. Le partage du lit avec le nourrisson
est plus sûr lorsque ce dernier n'a jamais été
exposé à la fumée de cigarette avant ou
après la naissance.
Si possible, allaitez votre nourrisson au sein.
Cinquante-quatre pour cent seulement des mères autochtones
allaitent leur bébé au sein par comparaison à
75 % des mères dans le reste de la population canadienne.
Les mères autochtones tendent toutefois à allaiter
plus longtemps que les autres.
Des études montrent que le SMSN est moins fréquent
chez les nourrissons allaités au sein. Il est possible
que le lait maternel protège le bébé de
certaines infections susceptibles d'entraîner une mort
soudaine. L'allaitement au sein comporte de nombreux avantages
et constitue la meilleure façon de nourrir le bébé.
Les mères atteintes du VIH/sida ne devraient toutefois
PAS allaiter leur bébé, car la maladie est transmissible
par le lait maternel. Il en va de même pour les mères
qui consomment des drogues ou de l'alcool - également
transmissibles par le lait maternel.
Ne laissez jamais votre bébé sans surveillance
sauf dans son lit.
Les barreaux de lit pour bébé ne doivent pas être
espacés de plus de 2 3/8 pouces (6 cm) et ce, afin d'éviter
tout danger de voir votre bébé se coincer la tête.
Autres mesures
Avant la naissance de son enfant, une femme devrait recevoir
de bons soins prénatals. Cela inclut une bonne nutrition,
le fait de ne consommer ni tabac, ni drogues, ni alcool et de
passer des examens médicaux fréquents dès
le début de la grossesse. De telles mesures peuvent contribuer
à éviter le développement d'anomalies qui
pourraient mettre le bébé à risque d'être
victime de mort subite.
Après la naissance du bébé, les parents
devraient amener le nourrisson chez leur fournisseur de soins
de santé pour lui faire subir des examens réguliers
et recevoir les immunisations habituelles. Les affirmations selon
lesquelles l'immunisation augmenterait les risques de SMSN ne
sont corroborées par aucune donnée, et les bébés
qui reçoivent les immunisations habituelles sont en fait
légèrement moins à risque de mourir du SMSN.
Lorsqu'un jeune enfant est victime d'un incident au cours duquel
il cesse de respirer et devient bleu ou que tous ses muscles
se relâchent, il doit être examiné par un
médecin afin de déterminer la cause d'une telle
réaction.
L'utilisation, à domicile, d'appareils de surveillance
électronique n'est pas recommandée pour diminuer
les risques de SMSN.

LORSQUE LES BÉBÉS QUITTENT LE CERCLE DE LA VIE
: LE SMSN ET LE DEUIL
Il est important de se rappeler que ni les parents ni la famille
ne sont responsables du SMSN. La cause du SMSN demeure inconnue.
Bien que nous sachions comment en diminuer les risques, nous
ne savons pas encore de quelle manière prévenir
le SMSN. Les parents ne devraient pas se blâmer. Le SMSN
n'est pas dû à un rôle parental déficient
ou à un manque d'attention sur le plan physique, émotionnel
ou spirituel.
Il est normal pour les parents de se sentir tristes, confus ou
même en colère. Mais il faut leur faire comprendre
qu'ils ne sont pas seuls. Les personnes qui perdent un enfant
en raison du SMSN peuvent s'adresser à des membres de
leur communauté - à un guérisseur ou une
guérisseuse, aux mères de clan, aux aînés
ou à toute autre personne reconnue pour ses conseils et
ses services. Ils peuvent aussi s'adresser à d'autres
parents qui ont aussi perdu un enfant et qui sont en mesure de
les écouter et de comprendre leur douleur. Une cérémonie
de deuil ou tout autre rituel du même ordre aide les personnes
touchées à rendre hommage à l'esprit venu
en ce monde pour un bref moment et à se rappeler l'enfant
disparu.
Le deuil des parents est parfois compliqué du fait qu'ils
confondent souvent, à tord, les facteurs de risque et
les causes du SMSN. Ils sont donc portés à croire
que le SMSN est survenu " parce que " le bébé
dormait sur le ventre, qu'il était nourri au biberon ou
que quelqu'un fumait dans la maison. Le RSC ou le travailleur
de la santé bien informé et compatissant est en
mesure d'expliquer à la famille en deuil ce que sont les
facteurs de risque et de l'aider ainsi à diminuer les
risques pour un prochain enfant. Le RSC ou le travailleur de
la santé devrait aussi souligner le faible risque de voir
la maladie frapper un deuxième enfant dans une même
famille.
Points importants à se rappeler en ce qui concerne
le SMSN
· Le SMSN n'est pas dû à la suffocation par
des causes externes.
· Le SMSN est indépendant de la méthode
d'allaitement utilisée.
· Le SMSN n'est pas causé par les immunisations.
· Le SMSN n'est pas dû aux mauvais traitements ou
à la négligence.
· Le SMSN n'est pas causé par les vomissements
ou la suffocation.
· Le SMSN n'est pas contagieux.
· Le SMSN ne cause ni douleur ni souffrance au nourrisson.
· Le SMSN n'est pas toujours la cause de la mort inattendue
d'un nourrisson. |