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Organisation nationale des représentants
indiens et inuits en santé communautaire
Séance nationale de formation : du 14 au 16 juin 2002
Guérir notre cur : Le SMSN, l'usage du tabac pendant
la grossesse et le SAF/EAF
INTRODUCTION
Le chef Lawrence Joseph
La séance de formation nationale 2002, qui avait pour
thème Guérir notre cur, a commencé
par un chant d'honneur interprété par le groupe
Waneskewin Singers et par une prière de l'aînée
Shirley McNab de la Première nation de Gordon. Les extraits
qui suivent des conférenciers de séances plénières
ont préparé le terrain pour l'entière séance
de formation de trois jours.
Le chef Lawrence Joseph a souhaité la bienvenue en Saskatchewan
à la délégation au nom de la Federation
of Saskatchewan Indian Nations et a parlé avec passion
du travail essentiel de première ligne des RSC et du besoin,
pour nos communautés, de commencer à parler des
vraies choses et de trouver nos propres solutions aux problèmes
qui empoisonnent notre existence.
M. Keith Conn, directeur de la Direction de la santé des
Premières nations et des Inuits, Santé Canada,
a parlé d'initiatives mises de l'avant par le gouvernement
fédéral pour faire face à ces problèmes.
Pour terminer, la Dre Aurore Côté et Mme Judy Rourke
ont fait des observations préliminaires sur les questions
du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN) et du syndrome
d'alcoolisation ftale/Effets de l'alcool sur le ftus
(SAF/EAF), questions qui ont dominé les ateliers de formation
de cette année.
" Parlez des vrais problèmes "
Le chef Lawrence Joseph est vice-chef de la Federation of Saskatchewan
Indian Nations. Il est membre de la Première nation
de Big River et ancien conseiller de la ville de Prince Albert
(Saskatchewan). Le chef Joseph est aussi bien connu pour son
côté fantaisiste.
Le chef Lawrence Joseph a souhaité la bienvenue à
la séance nationale de formation de Saskatoon à
tous les participants et participantes au nom des 74 Premières
nations de la Federation of Saskatchewan Indian Nations.
Il a parlé avec passion de sa propre expérience
avec l'alcool et de sa guérison. Il a aussi parlé
du travail essentiel des travailleurs de la santé de première
ligne comme les RSC, qui chaque jour s'occupent de questions
dont personne n'aime parler. " Je parle ici des vrais problèmes
des Premières nations ", a-t-il précisé.
Il a encouragé les RSC à parler des problèmes
auxquels ils doivent faire face à tous les jours. "
Parlez des problèmes de toxicomanie, de violence, de violence
sexuelle, d'inceste, d'alcoolisme et d'abus de drogues. Ce sont
tous des facteurs et des symptômes de vies gâchées.
Je suis encouragé de voir les mères et les surs
de cette Nation se rassembler comme des soldats pour lutter contre
de tels fléaux, en parler ouvertement et sensibiliser
le monde à cet égard. "
Le chef Joseph a pris comme exemple la Saskatchewan, qui compte
au total un million d'habitants. Les membres des Premières
nations signataires d'un traité totalisent 110,000 personnes,
soit 11 % de la population de la province. Cependant, d'après
le dernier dénombrement, on trouve dans les pénitenciers
fédéraux 77 % d'Autochtones. En tout temps, dans
la province de la Saskatchewan, 80 % des personnes incarcérées
sont des Autochtones. Dans la prison pour femmes de Prince Albert,
ce nombre atteint parfois 90 %. Toutefois, les statistiques les
plus décourageantes concernent les établissements
pour jeunes de la province où la clientèle est
parfois constituée à 100 % d'Autochtones.
Le chef Joseph a fait valoir que les Autochtones constituent
une grosse affaire. Aussi longtemps que les peuples autochtones
demeureront opprimés, ils créeront de l'emploi
pour les travailleurs sociaux, les gardiens, les officiers de
police, etc. Il a souligné l'importance de rassemblements
comme celui-ci pour parler de ces vrais problèmes et pour
dire ensemble qu'assez c'est assez.
Le chef Joseph a encouragé les participants et les participantes
à examiner la question de la santé d'un point de
vue global. Par exemple, ils ont décrété
que, en Saskatchewan, la question de la toxicomanie était
prioritaire - et il ne s'agit pas ici uniquement d'alcoolisme,
mais aussi d'abus de drogues et de solvants, de tabagisme et
de jeu compulsif. " Nous devons rassembler tout cela comme
s'il s'agissait d'un seul grand ennemi à combattre. "
Il a ajouté qu'en Saskatchewan ils ont aussi eu le courage
de dire aux autres paliers de gouvernements que " tout ça
est de votre faute, donnez?nous les ressources pour corriger
la situation ".
Pour terminer, le chef Joseph a rappelé aux participants
et aux participantes de saisir l'occasion qui leur est donnée
ici de rechercher des façons d'aider les mères
monoparentales ou les enfants victimes du SAF/EAF. Il a demandé
aux gens d'aborder de tels problèmes de manière
personnelle plutôt que du point de vue de la civilisation
occidentale traditionnelle. " Vous aurez parfois le sentiment
d'être seul, a-t-il dit, mais comment pourrions?nous échouer
lorsque nous sommes tous ensemble, en contact avec les bonnes
personnes et avec l'aide du Créateur? "
La DGSPNI soutien la formation à l'échelle
communautaire
M. Keith Conn, Cri de la baie James, est le directeur
général de la Direction générale
de la santé des Premières nations et des Inuits,
Santé Canada. C'était la deuxième fois que
M. Conn s'adressait aux RSC à ce titre. Il l'avait fait
à d'autres occasions en qualité de directeur du
Secrétariat à la santé.
M. Keith Conn
Dans son discours liminaire présenté à
l'occasion de la séance nationale de formation, M.
Keith Conn a souligné le fait que la Direction générale
de la santé des Premières nations et des Inuits
de Santé Canada (DGSPNI) reconnaît l'importance
durable de la formation à l'échelle communautaire
et qu'elle est heureuse d'avoir pu appuyer les efforts de l'ONRIISC
en matière de création de programmes nécessaires
de " formation des formateurs ". Ces programmes sont
conçus dans le but de favoriser la prise de conscience
et d'élaborer des stratégies communautaires qui
permettront d'aborder certains problèmes de santé
cruciaux touchant les communautés autochtones.
L'incidence du SMSN atteint son sommet dans les communautés
autochtones et chez les personnes à faible revenu, où
elle est jusqu'à trois fois plus élevée
que dans la population générale. " Nous devrons
joindre nos efforts et travailler tous ensemble pour élucider
le mystère du SMSN - non seulement ici au Canada, mais
partout dans le monde ", a affirmé M. Conn. Il a
ensuite annoncé que la Fondation canadienne pour l'étude
de la mortalité infantile avait été choisie
pour organiser la Conférence internationale sur le SMSN
au Canada en 2004, conférence dont le thème sera
Le SMSN dans les communautés autochtones. " Il est
important que les peuples autochtones jouent un rôle décisif
et concret dans les initiatives en matière de santé,
rôle qui leur sera bénéfique, et c'est pourquoi
je me réjouis du fait que l'ONRIISC, de même que
d'autres partenaires autochtones, travaillera avec la Fondation
à l'organisation de cette conférence qui sera essentiellement
axée sur la recherche de solutions à long terme
à ce mystère de la médecine et sur la réduction
de l'incidence du SMSN dans les communautés autochtones
du monde entier. "
M. Conn a aussi précisé que la question du tabagisme
est hautement prioritaire pour Santé Canada. Le taux de
tabagisme observé dans la population canadienne générale
est d'environ 23 %, alors qu'il se situe à 62 % chez les
Premières nations et qu'il atteint jusqu'à 72 %
chez les Inuits. Il y a nettement un besoin de réduire
le taux de tabagisme chez les Premières nations et les
Inuits du Canada. Selon les chiffres de la Société
canadienne de pédiatrie (SCP), " les hommes et les
femmes des réserves ont un taux d'AVC 40 % supérieur
et un taux de maladie cardiaque 60 % supérieur à
celui des autres Canadiens. Le cancer du poumon est une cause
majeure de décès, et les femmes inuites présentent
des taux parmi les plus élevés au monde ".
La Stratégie de lutte contre le tabagisme des Premières
nations et des Inuits fait partie de la Stratégie fédérale
de lutte contre le tabagisme, annoncée par le gouvernement
en 2001. Les populations ciblées par la Stratégie
de lutte contre le tabagisme des Premières nations et
des Inuits sont les utilisateurs de tabac non traditionnel, actuels
ou potentiels, et les personnes qui exposent les autres à
la fumée secondaire. La stratégie visera tout particulièrement
les femmes enceintes et les jeunes, et l'on s'efforcera de réduire
l'exposition à la fumée secondaire.
Le programme est conçu de manière à donner
aux communautés inuites et des Premières nations
les moyens de créer et d'offrir des programmes de lutte
contre le tabagisme à la fois exhaustifs, efficaces et
adaptés sur le plan culturel et ce, à un rythme
qui leur soit acceptable. Mise sur pied par la DGSPNI avec l'aide
d'un cercle consultatif national constitué d'organisations
inuites et des Premières nations dont l'ONRIISC, la stratégie
sera mise en uvre grâce à des partenariats
réunissant des défenseurs de la cause de la santé
et le personnel des services des communautés.
Pour terminer, M. Conn a parlé des conséquences
du SAF/EAF. La campagne nationale de sensibilisation lancée
en mai dernier par la DGSPNI souligne l'importance de ne pas
consommer d'alcool pendant la grossesse. Ne pas consommer d'alcool
avant de devenir enceinte est aussi important pour avoir un bébé
sain.
Le SAF/EAF est évitable à 100 %. M. Conn souligne
cependant que nous devons aussi examiner les raisons pour lesquelles
l'incidence de ce trouble de la santé est si élevée
chez les Premières nations et les Inuits. " Avant
de trouver des solutions, nous devons reconnaître l'existence
de la pauvreté, du chômage, des logements surpeuplés,
etc., et le lien direct entre de telles conditions de vie et
les taux de toxicomanie et d'alcoolisme observés dans
les communautés inuites et des Premières nations.
"
Un autre élément clé de la stratégie
de lutte contre le SAF/EAF a trait au diagnostic. S'il s'agit
d'un sujet délicat, le diagnostic n'en est pas moins l'élément
à partir duquel les programmes doivent être conçus
et offerts si l'on veut vraiment s'attaquer au SAF/EAF dans les
communautés. M. Conn a souligné l'importance de
produire des outils de diagnostic précis et de mettre
en place des services de soutien communautaire pour garantir
un suivi adéquat.
Santé Canada travaille en partenariat avec Service correctionnel
Canada, la GRC, Affaires indiennes et du Nord Canada, le ministère
de la Justice, le Secrétariat national pour les sans-abri
et Développement des ressources humaines Canada afin de
mettre en place une gamme complète de renseignements et
de services accessibles permettant de répondre aux besoins
des jeunes à risque, des mères enceintes, des familles,
des détenus et des communautés.
Le syndrome de mort subite du nourrisson demeure un mystère
La Dre Aurore Côté est une chercheuse en
matière de SMSN de renommée internationale qui
a publié des articles dans de nombreuses revues sérieuses
et qui a présenté le résultat de ses recherches
partout dans le monde. Elle est spécialiste des troubles
respiratoires infantiles à l'Hôpital pour enfants
de Montréal et professeure agrégée à
l'Université McGill. Elle est connue pour son travail
dans le domaine de l'éducation du public en matière
de SMSN et pour la compassion qu'elle témoigne aux familles
en deuil. La Dre Côté est membre du Comité
consultatif de la recherche de la Fondation du SMSN et coprésidente
scientifique de la SIDS 2004 Conference d'Edmonton intitulée
SIDS and Indigenous Communities. Elle est maman d'un garçon.
Dre Aurore Côté
Au cours de la séance plénière, la Dre
Côté a fait connaître quelques?unes des
plus récentes données relatives au SMSN. Elle a
rappelé aux délégués que le SMSN
est très peu connu. Bien sûr, il a un nom, "
car lorsque nous, scientifiques, voulons masquer notre ignorance,
nous donnons un nom à ce que nous ne connaissons pas ".
Et d'ajouter : " Habituellement, si le nom est formé
de lettres, c'est probablement parce que nous sommes encore plus
ignorants. Et lorsque le nom commence par le mot syndrome, je
crois que c'est le summum de l'ignorance car cela signifie qu'il
s'agit d'un ensemble de choses dont nous ne connaissons pas la
cause. "
Elle a rappelé aux délégués que la
cause du SMSN demeure inconnue. Le Québec enregistre le
plus faible taux de SMSN au monde. Bien que nous ne connaissions
pas la cause du SMSN, nous connaissons les facteurs de risque
communs à tous les cas de mortalité survenus au
cours de la première année de vie. Nous savons
aussi que lorsque les bébés jouissent d'une bonne
santé générale, les cas de mortalité
postnatale et de SMSN sont rares. En améliorant la santé
durant la période postnatale, on peut diminuer le nombre
de cas de SMSN. Par conséquent, le fait d'améliorer
la santé des bébés âgés de
zéro à un an permet de diminuer le nombre de cas
de SMSN.
La Dre Côté dit que son travail lui a appris que,
d'une certaine manière, les gens se ressemblent beaucoup
et que cela est encore plus vrai lorsque l'on voit des parents
qui ont perdu leur bébé. Ils partagent la même
douleur, la même crainte et le même manque de compréhension
quant à la cause de leur malheur.
" Au Québec, on a diminué le taux de mortalité
de 50 % en couchant les enfants sur le dos, a-t-elle précisé.
On a aussi remarqué une forte diminution du taux de mortalité
infantile dans les communautés inuites et des Premières
nations, ce qui devrait être interprété comme
un signe d'espoir. "
Le respect, fondement de la lutte conte le SAF et les EAF
Judy Rourke est titulaire d'une maîtrise
en éducation et est psychologue en milieu scolaire certifiée.
Elle est compétente et expérimentée en matière
d'évaluation individuelle de l'apprentissage et du comportement.
Au cours de ses 25 années de vaste expérience dans
le domaine du syndrome d'alcoolisation ftale elle a offert
plus de 100 ateliers de formation dans des communautés
des Premières nations de la Colombie-Britannique.
Judy Rourke
Ça prend une communauté pour élever un
enfant! Heureusement, les communautés autochtones traditionnelles
sont de cet avis, et la prévention du syndrome d'alcoolisation
ftale est l'affaire de tous. Le SAF est un sujet délicat
que l'on doit aborder avec respect. Le respect provient de :
· la connaissance des enseignements traditionnels autochtones;
· la compréhension de l'histoire de votre communauté;
· la connaissance de l'histoire de la famille;
· la compréhension des antécédents
de la mère;
· la compréhension du fait que la personne qui
souffre du SAF/EAF est un être spirituel;
· la compréhension du fait que la personne qui
souffre du SAF/EAF est atteinte d'un handicap.
Nous devons reconnaître les causes premières
du SAF/EAF. Ces causes incluent notamment la perte du territoire,
de la culture et des ressources infligée aux Autochtones
par le colonialisme. Les stratégies de prévention
du SAF/EAF incluent notamment :
· La stratégie primaire, qui consiste à
éviter le problème avant son apparition. En d'autres
mots, notre objectif est de ne voir naître aucun bébé
atteint du SAF/EAF.
· La stratégie secondaire, qui consiste à
atténuer le problème existant en modifiant ses
habitudes de consommation. Il n'est jamais trop tard pour cesser
de boire.
· La stratégie tertiaire, qui consiste à
diminuer les complications lorsque le problème se manifeste
ou que le bébé est né.
Le RSC a pour rôle d'aider la mère à se
libérer du sentiment de honte qu'elle ressent parfois.
" Je veux vous rappeler, a-t-lle dit, qu'il n'y a aucune
mère au monde qui désire faire du mal à
son bébé. Nous devons aider les mères à
aborder ces questions. Notre attitude vis-à-vis de la
communauté doit être fondée sur l'espoir.
" L'action communautaire est nécessaire à
la prévention. Elle inclut notamment :
· L'éducation publique dans nos communautés;
· La formation continue. C'est pourquoi nous organisons
des événements comme la séance nationale
de formation, pour commencer à apprendre et à recueillir
de l'information et des ressources que nous rapporterons avec
nous dans notre communauté respective.
· L'action communautaire, afin d'offrir des services dans
notre communauté. Nous voulons de l'aide pour défendre
les intérêts des jeunes mères. Nous avons
besoin de créer des liens entre les divers services. Nous
avons besoin de logements sûrs à prix abordables.
Nous avons besoin de garderies. Nous avons besoin de la participation
des parents. Et nous avons besoin de soutien à long terme
pour les femmes à risque élevé. |