Séance plénière - Emmy Mitchell

Médecine traditionnelle et diabète

 

 


Emmy Mitchell est une Mohawk d'Akwesasne. Elle est directrice de programme au sein du Programme de médecine traditionnelle et de guérison alternative au centre de santé Kanonhkwatsheri:to à Akwesasne. Elle est infirmière praticienne et infirmière agréée.

Le passage entre la fonction de travailleuse de soutien à domicile à celle de directrice de programme dans le Programme de médecine traditionnelle et de guérison alternative n'a pas été simple pour Emmy Mitchell qui s'occupe de chaque aîné comme s'ils étaient ses grands-parents et qui croit fermement dans la manière naturelle de guérir. Pour elle cela signifie la guérison par le soulagement immédiat, en donnant des massages, en recourant aux remèdes traditionnels, en donnant des bains de pieds aux aînés, en parlant aux gens dans leur langue et par toute autre action réconfortante. Ayant travaillé d'abord comme infirmière praticienne, puis comme infirmière agréée, Emmy ne cesse de s'opposer aux médecins et aux responsables des soins infirmiers qui sont pour donner aux aînés des décontractants musculaires, des somnifères et des antidépresseurs.


«Lorsque j'ai reçu mon diplôme d'infirmière agréée, cela devait être une grande fête pour moi mais ce ne fut pas le cas, car plus j'en apprenais sur les médicaments et leurs effets secondaires endurés par nos malades, moins j'avais envie d'être infirmière.»


Alors Emmy est allée travailler dans un foyer pour adolescents. C'est dans ce centre qu'elle a pu mettre en pratique ses connaissances sur les remèdes, les rites et la culture. Elle a travaillé là pendant deux ans avant que le programme ne se mette en place à Akwesasne. Ce programme existe depuis un an maintenant et avec lui un Conseil des aînés a vu le jour. À présent, 57 aînés participent au programme.


«Les aînés disent qu'autrefois le diabète n'était pas courant. Il n'était pas répandu parce que nous avons toujours utilisé nos méthodes naturelles. Nous avions des pots de remèdes partout dans notre cuisine, que chacun buvait toute l'année. Les aînés savaient ce qui n'allait pas chez nous et il n'était pas usuel pour nous d'aller à l'hôpital. Aussi les aînés ont travaillé vraiment fort pour ce programme, parce qu'ils voient tous ces patients diabétiques que nous avons à Akwesasne. Ainsi, les enseignements viennent des aînés et nous les transmettons à la jeune génération quand nous faisons des ateliers. Nous les éduquons dès leur plus jeune âge, de cette façon en grandissant ils apprennent nos méthodes traditionnelles et nos caractéristiques culturelles.


Emmy a pu constater à la suite de ce programme qu'elle même devenait plus forte. Alors qu'auparavant elle cachaiit le remède traditionnel dans un sac de papier lorsqu'elle l'apportait à l'hôpital, par la suite elle a réalisé qu'elle avait le droit d'éduquer les non-Autochtones dans sa communauté.


«J'ai été capable d'y aller et de leur expliquer combien il était important pour nous, gens des Premières Nations, d'avoir le droit d'avoir tout le nécessaire comme remèdes traditionnels et guérison alternative. Et aujourd'hui de nombreux médecins me consultent, et généralement il s'agit de personnes qui se trouvent dans leur lit de mort et qui n'ont plus rien à faire que d'y croire. Ils s'en remettent à moi. Ce que je fais à ce moment-là, c'est que je prends contact avec différents guérisseurs qui viennent les voir.»


Le Programme de médecine traditionnelle et de guérison alternative regroupe un biochimiste, un iridologue, des voyants et différents guérisseurs et gens de médecine venant de partout au Canada ou aux États-Unis. Les amis, la famille et la communauté interviennent également.


«Les guérisseurs vous regardent émotionnellement, physiquement, spirituellement, ils regardent tout votre être.»


Le programme bénéficie d'un réseau regroupant des représentants en santé communautaire, des infirmières en santé communautaire, des nutritionnistes, des travailleurs traditionnels en soutien familial, un programme de toxicomanie et d'orientation, des travailleurs de soins et de soutien à domicile et des pharmaciens.

Nous devons aider nos gens du mieux que nous le pouvons.»